Cristoforo di Bindoccio e Meo di Pero, « Falaride »

Cristoforo di Bindoccio (Sienne, documenté de 1361 à 1407) et Meo di Pero (Sienne, documenté de 1370 à 1407), attr.

Falaride (Phalaris), vers 1350-1375.

Fresque

Inscriptions :

  • (au sommet, sur la bordure arrondie) : « … [TIR]ANNO. D[I S]ICILIA. » [1]
  • (sur la partie droite de la scène, difficilement lisible) : « A COSTUI PRE/SENTO. PERILLO EL. B[U]E. DE RAME / [QU]ELLI. PRIMA LUI [FE]/CE. MORIRE DENTRO./ E FU. GIUSTO. » [2]

Provenance : In situ.

Asciano, Museo Civico Archeologico e d’Arte Sacra, Palazzo Corboli, Sala di Aristotele.

Le personnage que l’on voit un genoux en terre alors qu’il est lapidé est Phalaris, tyran d’Acragas (actuelle Agrigente, en Sicile) vers 570–555 av. J.-C., et renommé pour son extrême cruauté. L’inscription sur cinq lignes qui figure dans l’image évoque de manière insolite, un épisode de son existence différent de celui représenté. La formule (« A costui presentò Perillo el bue di rame qu’elli prima lui fece morire dentro, e fu giusto ») évoque l’histoire de Pérille, artisan bronzier, qui tenta de s’attirer les grâces du tyran d’une manière particulièrement ignoble, en fabriquant pour lui une monstrueuse machine de mort ayant la forme d’un taureau. Les cris des malheureux enfermés dans le ventre de l’animal chauffé à blanc sur un feu permettaient, selon l’inventeur de cette immonde machine infernale, d’imiter le beuglement du taureau. Mais Pérille, « ce gentil ouvrier porta premier la peine du tourment qu’il voulait faire aux autres endurer [3] » : il fut choisi par Phalaris pour inaugurer la machine, ce que l’inscription, à l’instar des auteurs anciens, présente comme le seul acte de justice jamais réalisé par le tyran. Au XIVe siècle, Boccace pouvait écrire [4] : « Ma certo non è men giusta cosa che io pianga i miei amori, che fosse il pianto del crudele artefice, che a Falaris presentò il bue di rame, al quale prima convenne mostrare del suo artificio esperienza » (« Mais il n’est certainement pas moins juste chose que je pleure mes amours, que ne le furent les pleurs du cruel artisan qui offrit à Phalaris le bœuf d’airain, à qui il convint d’expérimenter le premier son œuvre ».

L’épisode de la mort par lapidation de Phalaris, tyran sanguinaire, peint sur la paroi, en face de l’inscription, trouve sa source textuelle dans différentes sources antiques.

1] L’inscription réfère à Phalaride, « tyran de Sicile ».

[2] « Pérille présenta à celui-ci [Phalaris] le taureau d’airain dans lequel lui-même le fit périr en premier, ce qui fut juste ».

[3] Maurice de La Porte, Les Épithètes, 1571.

[4] Giovanni Boccaccio, Filocolo (éd. A. E. Quaglio, in Tutte le opere di Giovanni Boccaccio, a cura di V. Branca, Milano, Mondadori, 1967, III, 34). Ce long roman en prose, probablement composé entre 1336 et 1338, à la demande de Fiammetta, comme l’affirme Boccace dans le prologue, raconte la légende de Floire et Blancheflor, de tradition française, très diffusée à travers diverses versions au cours du Moyen Âge.