Cristoforo di Bindoccio e Meo di Pero, « Nerone »

Cristoforo di Bindoccio (Sienne, documenté de 1361 à 1407) et Meo di Pero (Sienne, documenté de 1370 à 1407), attr.

Nerone (Néron), vers 1350-1375.

Fresque

Inscriptions :

  • (à l’emplacement habituellement prévu pour identifier le personnage principal, dans la bordure arrondie, au sommet de l’image) : « . NERO … »

Provenance : In situ.

Asciano, Museo Civico Archeologico e d’Arte Sacra, Palazzo Corboli, Sala di Aristotele.

Selon Suétone [1], le despotique empereur romain Néron se suicide en se jetant sur une épée pointée vers lui. De nombreuses autres versions de ce suicide célèbre ont été données. Ici, après de nombreuses tergiversations énumérées par Suétone, Néron enfonce dans son corps une épée dont il a posé la garde au sol. Il met fin ainsi, en même temps qu’à ses jours, à la série des crimes qu’il a perpétrés, et par la même occasion, à la dynastie julio-claudienne.

[1] « Cependant on le pressait de tous côtés de se soustraire le plus tôt possible aux outrages qui le menaçaient. Il fit donc creuser devant lui une fosse à la mesure de son corps, voulut qu’on l’entourât de quelques morceaux de marbre, si l’on en trouvait, et qu’on apportât de l’eau et du bois pour rendre les derniers devoirs à ses restes. Chacun de ces préparatifs lui arrachait des larmes, et il répétait de temps en temps : « Quel artiste va périr ! » (« Qualis artifex pereo ! »). Au milieu de tous ces délais, un coureur remit un billet à Phaon. Néron s’en saisit, et y lut que le sénat l’avait déclaré ennemi public, et qu’on le cherchait pour le punir selon les lois des anciens. Il demanda quel était ce supplice. On lui dit qu’on dépouillait le coupable, qu’on lui passait le cou dans une fourche, et qu’on le battait de verges jusqu’à la mort. Épouvanté, il saisit deux poignards qu’il avait sur lui, en essaya la pointe, et les remit dans leur gaine en disant que son heure fatale n’était pas encore venue. Tantôt il engageait Sporus à entonner les lamentations et à commencer les pleurs, tantôt il demandait que quelqu’un lui donnât l’exemple de se tuer ; quelquefois enfin il se reprochait sa lâcheté en ces termes : « Ma vie est honteuse et infâme. Cela ne sied pas à Néron, non. Il faut être sage dans de pareils moments. Allons, réveillons-nous. » Déjà approchaient les cavaliers qui avaient ordre de l’amener vivant. Dès qu’il les entendit, il prononça en tremblant ce vers grec : « Le galop des coursiers résonne à mes oreilles. » ; puis il s’enfonça le fer dans la gorge, aidé par son secrétaire, Épaphrodite. Il respirait encore lorsqu’un centurion entra. Feignant d’être venu à son secours, il appliqua sa casaque sur la blessure. Néron ne lui dit que ces mots: « Il est trop tard », et ceux-ci : « Voilà donc la fidélité! ». Il mourut en les prononçant. Ses yeux étaient hors de sa tête, et leur fixité saisissait d’horreur et d’effroi tous les spectateurs. Il avait surtout expressément recommandé à ses compagnons qu’on n’abandonnât sa tête à personne, mais qu’on le brûlât tout entier, de quelque manière que ce fût. Ils obtinrent cette grâce d’Icelus, affranchi de Galba, qui venait d’être délivré de la prison où on l’avait jeté au commencement de l’insurrection. » Suétone, Nero, 49.