Cristoforo di Bindoccio e Meo di Pero, « Priamo »

Cristoforo di Bindoccio (Sienne, documenté de 1361 à 1407) et Meo di Pero (Sienne, documenté de 1370 à 1407), attr.

Priamo (Priam), vers 1350-1375.

Fresque

Inscriptions :

  • (à l’emplacement dorénavant habituel, sur le haut de la corniche arrondie) : « PRIAMO. RE DI TROIA. PADRE D E[TTORE] » [1]
  • (dans l’image, au-dessus des personnages concernés) : « [?] » ; « ENEA » ; « PIRRO » [2]

Provenance : In situ.

Asciano, Museo Civico Archeologico e d’Arte Sacra, Palazzo Corboli, Sala di Aristotele.

Le roi Priam, est sur le point d’être frappé par Néoptolème. Surnommé Pyrrhus (le roux) en raison de la couleur de sa chevelure, le fils d’Achille lève son épée sur le roi portant couronne, que l’on voit debout face à l’autel de Zeus auprès duquel il est venu chercher protection. Derrière Pyrrhus, Anténor et Énée se précipitent inutilement pour le protéger. Dans la splendeur d’un présent intemporel, Virgile raconte l’épisode fatal (Enéide 2, 531-558) sans mentionner les deux témoins que l’on voit ici :

« Quand enfin Politès [l’un des fils de Priam et d’Hécube] arrive en présence de ses parents, il tombe sous leurs yeux et rend l’âme dans une mare de sang. Alors Priam, bien qu’il soit déjà à demi mort, ne peut se contenir ni s’empêcher de crier sa colère : ‘Pour ce crime, pour ces forfaits si audacieux, si il y a au ciel quelque justice qui se soucie de ces choses, que les dieux t’infligent un digne châtiment, récompense méritée, toi qui  as perpétré sous mes yeux le meurtre de mon enfant, et qui  par ce massacre as souillé les regards d’un père. Non, l’illustre Achille, dont tu as tort de te prétendre issu, ne traita pas ainsi son ennemi Priam ; il eût rougi de violer les droits et la confiance d’un suppliant et il me rendit le corps exsangue d’Hector pour l’inhumer, puis me renvoya dans mon royaume ʼ. Sur ces paroles, le vieillard, sans force, lança un trait impuissant, qui aussitôt, rendant un son rauque, rebondit sur le bronze, puis resta accroché, inutile, à la bosse du bouclier de Pyrrhus, qui lui répondit : ʻEh bien, tu seras  mon messager et iras rapporter cela à mon père le Péléide [3]. Souviens-toi de lui raconter mes tristes exploits et l’absence de noblesse de Néoptolème. Et maintenant, meurs !ʼ Disant cela, il entraîne vers les autels Priam tout tremblant et glissant dans la mare du sang de son fils ; Pyrrhus de la main gauche lui saisit les cheveux, et de la droite dégaine son épée étincelante, qu’il lui enfonce dans le flanc jusqu’à la garde. Ainsi s’acheva la destinée de Priam. Cette fin que lui réservait le destin l’emporta tandis qu’il voyait Troie en flammes, et Pergame écroulée, lui qui naguère en Asie régnait fièrement sur tant de peuples, sur tant de terres ! Tronc immense, il gît sur le rivage, la tête arrachée de ses épaules, cadavre sans nom. [4] »

[1] « Priam, roi de Troie, père d’Hector ».

[2] « Illisible » ; « Énée » ; « Pyrrhus ».

[3] Achille est le fils de Pélée.

[4] Cette formule n’est pas sans évoquer une autre mort, celle de Pompée qui figurait dans le tondo précédent.