Taddeo di Bartolo, « Madonna Belvedere »

Taddeo di Bartolo (Sienne, v. 1362 – 1422)

Madonna Belvedere, vers 1405.

Détrempe sur panneau, 150,7 x 65,7 cm.

Inscriptions : (en bas à droite) : « [TAD]EUS »

Provenance : In situ.

Sienne, église de Santa Maria dei Servi, chapelle Petroni.

La Madone Belvedere [1], comme tant d’autres, constituait le panneau central d’un polyptyque destiné à orner un autel de famille situé dans la chapelle Petroni de l’église de Santa Maria dei Servi. Le modèle de base, ou carton, est le même que celui de la Madone de Colle di Val d’Elsa, qui est contemporaine de celle qui nous intéresse ici, avec quelques variantes.

Les vêtements de la Vierge sont les plus luxueux jamais peints par Taddeo, si l’on excepte l’Assunta de la cathédrale de Montepulciano qui, elle aussi, porte un manteau dont le motif décoratif principal est constitué du mot «  AVE ». Gail Elisabeth Solberg [2] émet l’hypothèse que le commanditaire aurait pu voir le triptyque de Montepulciano dans l’atelier du peintre avant son installation dans la Pieve di Santa Maria, église qui occupait à l’origine l’emplacement de l’actuelle cathédrale construite au XVIIe s., et demander à Taddeo de reproduire dans cette œuvre la même somptuosité.

La manière dont le voile de Marie retombe sur ses épaules et s’enroule autour de son cou, et son exceptionnelle richesse ornementale aux fines rayures dorées, sont très surprenantes également par leur rareté dans l’œuvre du peintre. Tout, d’ailleurs, semble rare ici. Le décor a sgraffito qui orne le manteau de la Vierge et la tunique de l’enfant, les couleurs mordorées des bruns, des verts et des ocres, et, d’une manière générale, la splendeur du traitement de la surface picturale font de ce panneau un splendide unicum dans l’œuvre de Taddeo di Bartolo.

[1] Le nom de Belvedere (it. bel vedere : la belle vision) est lié au rôle thaumaturgique attribué à l’image lors de la peste de 1529, lorsque, grâce à un financement public, la chapelle qui l’abritait fut recouverte d’un drap vert, symbole de l’espérance de l’intercession de la Vierge. L’œuvre devint à cette occasion l’une des images les plus vénérées de la ville, ce qui explique les nombreuses interventions qui en ont peu à peu modifié l’apparence d’origine, laquelle a été retrouvée lors de la dernière restauration datée de 2017-2018. C’est à cette occasion qu’ont été redécouvertes les dernières lettres du nom du peintre : « [TAD]EUS ». Voir Gail Elisabeth Solberg, Taddeo di Bartolo (cat. exp.), Perugia, Pinacoteca Nazionale dell’Umbria, 2020, p. 188.

[2]Gail Elisabeth Solberg, idem, p. 188.