Arbre de Jessé

Matteo di Pietro di ser Bernardo, dit Matteo da Gualdo (1435 – 1507), « Albero di Iesse », 1497. Perugia, Museo Civico di Rocca Flea.

L’Arbre de Jessé, image de la parenté du Christ et de la Vierge, est l’illustration, schématisée sous la forme d’un arbre généalogique, de la prophétie d’Isaïe : « Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur » [1]« Egredietur virga de radice Jesse et flos de radice eius ascendet / et requieset super eum spiritus Domini. » Livre d’Isaïe (Es 11, 1-2)..

Il faut se tourner vers les premiers versets de l’Évangile de Matthieu (Mt 1, 17) pour connaître, avec l’exactitude caractérisée de la légende, la généalogie du Christ. On y lit qu’à l’origine, se trouve Abraham, puis le roi David. Jésus serait donc, selon l’apôtre, le descendant des deux prophètes de l’Ancien Testament : « Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob, Jacob engendra Juda et ses frères, Juda, de son union avec Thamar, engendra Pharès et Zara, Pharès engendra Esrom, Esrom engendra Aram,  Aram engendra Aminadab, Aminadab engendra Naassone, Naassone engendra Salmone, Salmone, de son union avec Rahab, engendra Booz, Booz, de son union avec Ruth, engendra Jobed, Jobed engendra Jessé, Jessé engendra le roi David. David, de son union avec la femme d’Ourias, engendra Salomon, Salomon engendra Roboam, Roboam engendra Abia, Abia engendra Asa,  Asa engendra Josaphat, Josaphat engendra Joram, Joram engendra Ozias, Ozias engendra Joatham, Joatham engendra Acaz, Acaz engendra Ézékias, Ézékias engendra Manassé, Manassé engendra Amone, Amone engendra Josias, Josias engendra Jékonias et ses frères à l’époque de l’exil à Babylone. Après l’exil à Babylone, Jékonias engendra Salathiel, Salathiel engendra Zorobabel, Zorobabel engendra Abioud, Abioud engendra Éliakim, Éliakim engendra Azor, Azor engendra Sadok, Sadok engendra Akim, Akim engendra Élioud,  Élioud engendra Éléazar, Éléazar engendra Mattane, Mattane engendra Jacob, Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ. Le nombre total des générations est donc : depuis Abraham jusqu’à David, quatorze générations ; depuis David jusqu’à l’exil à Babylone, quatorze générations ; depuis l’exil à Babylone jusqu’au Christ, quatorze générations. »

L’exactitude parfaite de cette généalogie subit cependant de nombreuses variations dans les représentations qui en sont faites dans les arts plastiques (fresques, vitraux, bas-reliefs, enluminures) au Moyen âge.

ICONOGRAPHIE DE L’ARBRE DE JESSÉ

Le première œuvre d’art représentant l’Arbre de Jessé, celle qui en a créé le prototype, est un vitrail de Suger à la basilique de Saint-Denis (1144). Jessé y est représenté allongé, surmonté d’un alignement ascendant partant de son fils le roi David, puis de deux autres rois, vers la Vierge et le Christ entourés de sept colombes de l’Esprit. De chaque côté, six prophètes se chargent de faire comprendre que l’Incarnation (Nouveau Testament) est annoncée et préparée par les prophéties de l’Ancien Testament et par le déroulement historique du Royaume de Juda. Cet arbre met en image l’affirmation que Jésus appartient, par la Vierge, à la maison de David, et qu’il réalise les prophéties d’Isaïe [2]Es 11,1, Egredietur virga de radice Jessee flos de radice eius ascendet (« Puis un rameau sortira du tronc d’Isaïe, et un rejeton naîtra de ses racines »), et Es 7,14, Ecce virgo concipiet et pariet filium (« Voici que la Vierge a conçu, et elle enfante un fils »)..  Ce vitrail, qui éclaire la chapelle axiale de Saint-Denis, occupe la place de choix dans la basilique royale (nécropole des rois de France qui détient les régalia) établit un lien entre les rois de Juda et la dynastie carolingienne et capétienne pour souligner que ces royautés obéissent à un dessein divin; il attribue un rôle capital à la Vierge comme médiatrice et porte à croire que celle-ci est une descendante de Jessé et de David. En résumé, l’abbé Suger y exposait l’importance de la démarche typologique ( le Nouveau Testament s’enracine dans l’Ancien) ; l’importance du culte de Marie ; l’importance de la lignée royale de David dans l’ascendance du Christ.

L’iconographie de l’Arbre de Jessé est fixée dès cet instant. La tradition figurative a ajouté au texte d’Isaïe (Es 11,1) la représentation des rois de Juda qui interviennent entre Jessé et le Christ, tirée de la généalogie du Christ que l’on trouve au début de l’Évangile selon Matthieu. L’écrit mentionne vingt-six ancêtres mais, généralement, le nombre de ces derniers, reproduits dans les œuvres, est inférieur et peut varier. Dans la tradition iconographique, la référence mariologique est progressivement mise en évidence, en vertu d’une légende selon laquelle Jessé, père de David, aurait vu s’élever de sa poitrine un arbre qui présentait sa descendance, c’est-à-dire les géniteurs du Christ, sur les branches. Cette légende présente des similitudes avec l’Adam endormi du mythe biblique, de la côte duquel Eve a été tirée. Selon cette interprétation, Marie peut être comparée à la nouvelle Eve, qui répare l’erreur de la première [3]Alessandra Anselmi (a cura di), L’immacolata nei rapporti tra l’Italia e la Spagna. Roma, De Luca Editori d’Arte, 2008, p. 305..

Notes

Notes
1 « Egredietur virga de radice Jesse et flos de radice eius ascendet / et requieset super eum spiritus Domini. » Livre d’Isaïe (Es 11, 1-2).
2 Es 11,1, Egredietur virga de radice Jessee flos de radice eius ascendet (« Puis un rameau sortira du tronc d’Isaïe, et un rejeton naîtra de ses racines »), et Es 7,14, Ecce virgo concipiet et pariet filium (« Voici que la Vierge a conçu, et elle enfante un fils »).
3 Alessandra Anselmi (a cura di), L’immacolata nei rapporti tra l’Italia e la Spagna. Roma, De Luca Editori d’Arte, 2008, p. 305.
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