Bartolo di Fredi, « Il demonio ottiene da Dio di poter tentare Giobbe »

Bartolo di Fredi (Sienne, 1330 – 1410)

Il demonio ottiene da Dio di poter tentare Giobbe (Le démon obtient de Dieu de pouvoir tenter Job), 1367.

Détail des Storie del Vecchio Testamento (Épisodes de l’Ancien Testament).

Fresque

Inscriptions :

  • (en bas, dans l’encadrement de la fresque) : « COME . EL . DEMONIO . CHIESE . A . DIO . DI TENT/ARE . IOB . QUANDO . ERA . IN . PROSPERITÀ » [1]

Provenance : In situ.

San Gimignano, Collegiata.

Avec le thème représenté ici, nous quittons le Livre de l’Exode pour ouvrir, tout en restant dans l’Ancien Testament, le Livre de Job. Le texte raconte une curieuse conversation entre Dieu et son adversaire appelé “le Satan”. Alors que ce dernier revient d’une promenade sur la Terre, l’Éternel lui demande s’il a remarqué la foi de son serviteur Job. Satan, faisant allusion aux nombreux bienfaits dont ce dernier est couvert, lui répond qu’il n’est pas très difficile pour Job d’avoir la foi compte tenu de la façon dont Dieu l’a béni. Il s’ensuit un étrange pari entre Dieu et Satan : sous réserve que l’intégrité physique du patriarche soit respectée, le premier accepte de laisser le second éprouver Job. Il s’agit de lui faire perdre tout ce qu’il a et, ainsi, de mettre à l’épreuve sa dévotion avec l’espoir de l’ébranler.

Le sujet de l’œuvre est donc double. Ou plutôt, il constitue la réunion de deux moments distincts dans la contemporanéité d’un même instant. En haut à gauche, l’Éternel, assis dans une mandorle, et entouré d’anges qui portent sur lui un regard céleste, empli d’amour, Dieu, donc, débat avec Satan. Celui-ci, comme tous les anges, fussent-ils déchus, flotte dans les airs face à lui. Bien entendu, il est très vilain à voir avec ses deux ailes de chauves-souris, un corps velu et des sabots de bouc faisant écho aux cornes du même animal qui ornent son crâne. De surcroît, un serpent s’enroule depuis le col du démon jusqu’au bas de son corps, en guise d’écharpe. Du doigt, Dieu pointe la scène qui va maintenant nous occuper, en même temps que l’infortunée victime de son étrange pari.

Cette scène est, littéralement, à l’image de la « prospérité » de Job, l’homme « le plus riche de tous les fils de l’Orient » (Jb 1, 3), dont les fils ont « coutume d’aller festoyer les uns chez les autres à tour de rôle » (Jb 1, 4). Selon les apparences, à tout le moins, Bartolo plante un décor spécialement imaginé pour évoquer le contexte qui précède l’annonce des catastrophes qui vont l’abattre. Voici donc à la fois l’image de la prospérité de Job et l’évocation d’une coutume familiale à travers ses fils, connus pour festoyer régulièrement les uns chez les autres. L’argent coulant à flot dans la demeure, les boissons font de même et c’est, en bonne logique, à un banquet que nous sommes conviés. A peine un serviteur dessert-il le plat où l’on devine quelques restes d’un met précédent, qu’un second entre par la droite, portant haut une volaille protégée par un linge prévu pour lui conserver une température convenable après la sortie du four (comme dans toute demeure seigneuriale, les cuisines sont distantes de la salle). Et comme dans toute demeure seigneuriale, le repas se prend en musique, ce qui nous donne l’occasion d’un inventaire des profils des musiciens et de leurs instruments. Sous la table, les animaux domestiques ne donnent pas leur part au chat. Enfin, dans la partie gauche de la scène, légèrement à l’écart, les pauvres reçoivent l’aumône de quelques pains que leur distribue un homme à la barbe et aux cheveux gris. On remarquera, pour finir, l’absence, sur la table, d’assiettes et de couverts autres que les couteaux. Job et son épouse devisent actuellement avec l’élégance qui sied à leur rang. Dans un instant, ils dévoreront la volaille rôtie avec les doigts. Ce festin prend bien toutes les apparences d’une scène médiévale

Pendant ce temps, quelque part au firmament, Satan vient d’obtenir l’autorisation de mettre cruellement à l’épreuve le pauvre Job.

[1] Comment le démon demanda à Dieu de [pouvoir] tenter Job à l’époque de sa prospérité. »