Dans la Genèse, le chapitre 3 est en partie consacré à la narration des causes de la chute de l’homme :
« Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs, que l’Eternel Dieu avait faits. Il dit à la femme : Dieu a-t-il réellement dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ?
La femme répondit au serpent : Nous mangeons du fruit des arbres du jardin.
Mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez point et vous n’y toucherez point, de peur que vous ne mouriez.
Alors le serpent dit à la femme : Vous ne mourrez point ;
mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal.
La femme vit que l’arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu’il était précieux pour ouvrir l’intelligence ; elle prit de son fruit, et en mangea ; elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d’elle, et il en mangea.
Les yeux de l’un et de l’autre s’ouvrirent, ils connurent qu’ils étaient nus, et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des ceintures. » [1]Gn 3, 1-7
L’historien Flavius Josèphe évoque à son tour le péché originel :
« Dieu donc invita Adam et la femme à goûter de tous les végétaux, mais à s’abstenir de la plante de l’entendement, les prévenant que, s’ils y touchaient, ils s’attireraient la mort. A cette époque où tous les animaux parlaient une même langue [2]On lit dans le Livre des Jubilés (*), ch. III, que les animaux parlaient à l’origine une seule et même langue, et que Dieu leur ferma la bouche après que le serpent eut séduit Eve. (*) Le Livre des Jubilés, également appelé en grec « leptogenèse », c’est-à-dire Genèse mineure, est un pseudépigraphe attribué à Moïse. Ce texte présente l’histoire des … Poursuivre, le serpent, vivant en compagnie d’Adam et de la femme, se montrait jaloux des félicités qu’il leur croyait promises [3]Dans le Talmud (Sanhédrin, 59 b), Juda ben Têma (Tanna [*] du IIe siècle) dit : « Adam était allongé dans le jardin d’Eden, tandis que les anges rôtissaient sa viande et lui servaient du vin. Le serpent le vit et s’en montra jaloux. » Un autre Tanna de la même époque, Josué ben Korha, dit (Gen. R., XVIII) : le serpent avait vu Adam et Eve s’unir et avait … Poursuivre, s’ils se conformaient aux prescriptions de Dieu, et, espérant qu’ils tomberaient dans le malheur en désobéissant, il engage perfidement la femme à goûter de la plante de l’entendement ; « on y trouve, disait-il, le moyen de discerner le bien et le mal » ; dès qu’ils le posséderaient, ils mèneraient une vie bienheureuse qui ne le céderait en rien à la vie divine. Il ébranle par ses mensonges la femme au point de lui faire négliger la recommandation de Dieu ; elle goûta de la plante, en apprécia la saveur et persuada à Adam d’en manger aussi. Alors ils se rendirent compte qu’ils étaient nus et que leur sexe était à découvert, et ils songèrent à se couvrir ; la plante, en effet, aiguisait l’intelligence. Aussi se couvrirent-ils de feuilles de figuier, et, après s’en être fait une ceinture, ils crurent leur félicité plus grande puisqu’ils avaient trouvé ce qui leur manquait auparavant. Mais, comme Dieu entrait dans le jardin, Adam, qui jusqu’alors venait souvent converser avec lui, eut conscience de sa faute et se déroba. Dieu trouva son attitude étrange et lui demanda pourquoi, tandis que naguère il se plaisait à converser avec lui, il fuyait maintenant l’entretien et se détournait. Comme Adam ne disait mot, se sentant coupable d’avoir contrevenu à l’ordre divin, Dieu lui dit : « J’avais décidé que vous mèneriez une vie heureuse, à l’abri de tout mal, sans qu’aucun souci vous torturât l’âme ; tout ce qui contribue à la jouissance et au plaisir devait s’offrir spontanément à vous, de par une providence, sans labeur, sans souffrances pour vous ; avec ces avantages, la vieillesse ne vous aurait pas atteints rapidement, et une longue vie eût été votre partage. Mais voici que tu as outragé mon dessein en méprisant mes ordres ; ce n’est pas par vertu que tu gardes le silence, c’est parce que ta conscience est troublée ». Adam cherchait à se disculper et priait Dieu de ne pas s’irriter contre lui ; il rejetait sa faute sur la femme, et disait qu’elle l’avait, par sa ruse, induit à pécher ; à son tour, la femme accusait le serpent. Dieu jugea Adam digne de punition pour avoir succombé à un conseil de femme ; il déclara que désormais pour eux la terre ne produirait plus rien d’elle-même et que, en retour d’un labeur acharné, parfois elle donnerait des fruits, parfois elle les refuserait. Quant à Eve, il la punit en lui infligeant l’enfantement et les souffrances qui l’accompagnent, parce que, s’étant laissée prendre aux tromperies du serpent, elle avait entraîné Adam dans le malheur. Il priva aussi le serpent de la parole, irrité de sa malice à l’égard d’Adam ; il lui mit du venin sous la langue, le désigna comme un ennemi des hommes et ordonna qu’on le frappât à la tête, parce que c’est là que gît l’origine du mal qui a atteint les hommes et que c’est là aussi que ses adversaires lui porteront le plus aisément le coup mortel ; enfin il le condamna à n’avoir plus de pieds et à se traîner en se tordant sur la terre. Dieu, leur ayant infligé ces châtiments, fit sortir Adam et Eve du jardin et les transporta dans un autre lieu. » [4]Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, Livre I, chap. 4, dans Œuvres complètes, par J. A. C. BUCHON, Paris, Auguste Desrez, 1838.
Notes
| 1↑ | Gn 3, 1-7 |
|---|---|
| 2↑ | On lit dans le Livre des Jubilés (*), ch. III, que les animaux parlaient à l’origine une seule et même langue, et que Dieu leur ferma la bouche après que le serpent eut séduit Eve.
(*) Le Livre des Jubilés, également appelé en grec « leptogenèse », c’est-à-dire Genèse mineure, est un pseudépigraphe attribué à Moïse. Ce texte présente l’histoire des patriarches depuis la Création jusqu’à l’instauration de la fête de Pâque. |
| 3↑ | Dans le Talmud (Sanhédrin, 59 b), Juda ben Têma (Tanna [*] du IIe siècle) dit : « Adam était allongé dans le jardin d’Eden, tandis que les anges rôtissaient sa viande et lui servaient du vin. Le serpent le vit et s’en montra jaloux. » Un autre Tanna de la même époque, Josué ben Korha, dit (Gen. R., XVIII) : le serpent avait vu Adam et Eve s’unir et avait désiré celle-ci. D’après la Tosefta, Sôta, IV, p. 301, le serpent voulait tuer Adam pour épouser la femme.
(*) Tanna « répétiteur » : au sens large, le Tanna est un Sage dont les opinions sont rapportées dans la Mishna (premier recueil de la loi juive orale et par conséquent de la littérature rabbinique) et, au sens restreint l’un de ceux qui l’ont codifiée. |
| 4↑ | Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, Livre I, chap. 4, dans Œuvres complètes, par J. A. C. BUCHON, Paris, Auguste Desrez, 1838. |
