Les « Vite de’ più eccellenti architetti, pittori, et scultori italiani » (« Vies des plus illustres architectes, peintres et sculpteurs italiens »)

Les Vite de’ più eccellenti architetti, pittori, et scultori italiani (« Vies des plus illustres architectes, peintres et sculpteurs italiens ») de Giorgio Vasari ont fait l’objet de deux éditions du vivant de leur auteur : la première en 1550, la seconde en 1568.

La première version (1550), dite édition « torrentiniana », qui puise une part de ses informations dans l’Anonimo Magliabechiano, est publiée en deux tomes, sous le titre Le Vite de’ più eccellenti architetti, pittori et scultori italiani, da Cimabue insino a’ tempi nostri: descritte in lingua Toscana, da Giorgio Vasari, pittore aretino. Con una sua utile & necessaria introduzione a le arti loro [1].

Vasari fait paraître une seconde version (1568), dite édition « giuntina », mise à jour et augmentée de nouvelles biographies et de portraits des artistes, dont beaucoup ont été exécutés par « Maestro Coriolano », Cristoforo Coriolano [2] ; elle est désormais intitulée Le Vite de’ più eccellenti Pittori, Scultori, e Architettori, Scritte, e di nuovo Ampliate da M. Giorgio Vasari Pit. e Archit. Aretin [3].

« Les hommes de lettres de la cour de Florence avec lesquels [Giorgio Vasari] vivait, Annibal Caro, Paul Jove, d’autres encore et parmi eux le cardinal Farnèse, l’engagèrent à rassembler des notes sur tous les artistes connus alors, en commençant par Cimabue. Le projet était qu’il donnerait tous les faits relatifs aux peintres et tous les jugements sur leurs ouvrages à Paul Jove, qui les mettrait en ordre, et leur donnerait les grâces du style. Mais quand il lut son travail à ses amis ils furent plus satisfaits de son style qu’ils ne s’y attendaient et trouvèrent que puisqu’il savait rendre sa pensée, il était plus à même que Paul Jove d’employer les termes de l’art d’une manière judicieuse. Il resta donc chargé de tout ce travail. En 1547, il le porta tout terminé à Rimini et pendant qu’il y peignait dans le couvent des Olivetains, le père Factani, abbé du monastère, corrigeait le manuscrit et le faisait transcrire par ses moines. Peu après l’ouvrage fut envoyé à Annibal Caro qui le trouva fort bien et qui seulement désira un peu plus de naturel dans le style. Ce défaut fut corrigé et ce livre célèbre parut enfin en 1550 à Florence en 2 vol. in-4°, sous le titre de Vies des Peintres, Sculpteurs et Architectes les plus illustres.

Mais Vasari, malgré les flots de louanges dont il inonda son livre, sentit le danger d’écrire une histoire presque contemporaine. Ce qui fait maintenant le mérite de son ouvrage, les anecdotes qu’on y trouve sur quelques peintres, blessèrent beaucoup d’amours-propres. Il entreprit une seconde édition de son histoire, adoucit tout ce qui pouvait offenser, entreprit un nouveau voyage en Italie, pour revoir les ouvrages qu’il jugeait, et enfin fit paraître cette seconde édition en 1568. On y trouve de très beaux morceaux de philosophie et de morale chrétienne que lui avaient fournis ses amis, mais aussi beaucoup d’erreurs de noms et de dates. Erreurs très excusables aux yeux de ceux qui connaissent par expérience, le vague de ce qu’on appelle la tradition, qui savent que le même nom en Italie change de prononciation et d’orthographe à chaque porte, mais qui ont produit des commentaires inexcusables, pleins d’un bavardage, d’une minutie et d’une partialité énormes. »

STENDHAL, Écoles de peinture italiennes (tome II). Paris, Le Divan, 1932.

[1] Le premier tome s’ouvre sur une introduction contenant de longues considérations sur l’architecture, la sculpture et la peinture ; la partie 1 comprend les Vies de Cimabue à Lorenzo di Bicci et la partie 2 les Vies de Jacopo della Quercia au Pérugin ; dans le second tome, la partie 3 contient les Vies de Léonard de Vinci à Michel-Ange ainsi qu’une table des matières et des lieux.

[2] Cristoforo Coriolano (Lederer, 1540 – ?, début du XVIIe siècle) : graveur allemand actif à Venise.

[3] Les Vies sont réparties en trois parties avec les mêmes limites chronologiques que dans la première édition ; toutefois la troisième partie occupe deux volumes. La Vie de Michel-Ange occupe 82 pages à elle seule.