Pélage ou Pelagius (v. 350 – v. 420) : moine théologien d’origine britannique. Dans les années 380-390, il commence à Rome une prédication auprès d’un groupe aristocratique qui forme bientôt autour de lui une « élite de la vertu ». Il enseigne alors que, grâce à son libre arbitre, tout chrétien peut atteindre la sainteté par ses propres forces et, kantien avant la lettre [1]On attribue à Kant la formule « Tu dois, donc tu peux ». Largement reprise dans les livres et sur les sites Internet, elle ne semble pas poser de problèmes d’authenticité puisqu’on la trouve dans des manuels de philosophie. Cependant, Olivier Reboul note que : « Cette formule célèbre risque de faire méconnaître la pensée exacte de Kant (*). Elle n’est vraie qu’au … Poursuivre, considère que si Dieu enjoint aux hommes d’obéir à ses commandements, c’est bien qu’il leur confère, par le don de la liberté, le moyen d’y déférer. En somme, le pêcheur ne pèche que s’il le veut bien, et l’on pourrait tout aussi bien passer une vie entière sans faillir. Le salut éternel serait finalement une affaire de bonne volonté. Quant à la Rédemption, le Christ l’a réalisée en tant que prédicateur de la loi divine, mosaïque en un premier temps, évangélique enfin.
La doctrine de Pélage se répand rapidement, notamment en Afrique du Nord où elle est fermement combattue par Augustin d’Hippone (354-430). En 418, sous son impulsion, le concile de Carthage affirme que, à cause du péché originel, la grâce divine est absolument nécessaire pour faire le bien. Il condamne Pélage et ‘quiconque dit que (…) si la grâce n’était pas donnée, nous pourrions pourtant, quoique avec moins de facilité, observer sans elle les commandements de Dieu’. Cette condamnation sera réitérée au concile œcuménique d’Éphèse (431).
Les efforts d’Augustin n’empêchent pas la diffusion des idées pélagiennes, notamment dans les milieux monastiques de la Gaule où certains craignent que le rôle trop important accordé à la grâce divine n’entraîne un relâchement des efforts humains pour parvenir à la sainteté. Autour des abbayes de Lérins et Saint-Victor de Marseille, se développe alors le semi-pélagianisme qui enseigne que l’homme peut coopérer à son salut en faisant, sans l’aide de la grâce, le premier pas vers Dieu qui, ensuite, peut achever le travail de rédemption. Augustin s’oppose fermement à cette vision. Après sa mort en 430, ses disciples, menés par Prosper d’Aquitaine (v. 390-463), un laïc destiné à être canonisé, vont longuement s’opposer aux évêques du Sud-Est de la Gaule.
« La controverse dure près d’un siècle, avec des exagérations de part et d’autre, certains disciples d’Augustin rejetant tout libre arbitre et allant jusqu’à l’idée d’une prédestination totale de l’homme. En 473, un concile local réuni à Arles rejette ces thèses, notamment ‘celle qui dit qu’il ne faut pas joindre le travail de l’obéissance humaine à la grâce de Dieu’ et ‘celle qui enseigne qu’après la chute du premier homme le libre arbitre est entièrement éteint’ » [2]Nicolas SENÈZE, « Comprendre le pélagianisme », dans La Croix (17/11/2018).
Notes
| 1↑ | On attribue à Kant la formule « Tu dois, donc tu peux ». Largement reprise dans les livres et sur les sites Internet, elle ne semble pas poser de problèmes d’authenticité puisqu’on la trouve dans des manuels de philosophie. Cependant, Olivier Reboul note que : « Cette formule célèbre risque de faire méconnaître la pensée exacte de Kant (*). Elle n’est vraie qu’au niveau de la conscience et il faudrait dire, comme le philosophe lui-même : j’ai conscience que je peux faire quelque chose parce que j’ai conscience que je dois le faire […]. Si nous persistons ici à employer la formule “tu dois donc tu peux”, c’est uniquement pour abréger. » Olivier REBOUL, Kant et le problème du mal, Montréal, Les Presses de l’Université, 1971, p. 41, n. 160. L’Ancien Testament (Siracide), déjà, mettait dans la bouche de Ben Sira le Sage les paroles suivantes : « Si tu le veux, tu garderas les commandements ; être fidèle dépend de ton bon plaisir. Il a mis devant toi le feu et l’eau, du côté que tu voudras tu peux étendre la main. Devant les hommes sont la vie et la mort ; ce qu’il aura choisi lui sera donné. Car la sagesse du Seigneur est grande ; il est fort et puissant, et il voit toutes choses. Ses yeux sont sur ceux qui le craignent, et il connaît lui-même toutes les œuvres de l’homme. Il n’a commandé à personne d’être impie, à personne il n’a donné la permission de pécher. » (Si 15, 15-20). (*) La phrase exacte est la suivante : « Er urtheilt also, daß er etwas kann, darum weil er sich bewußt ist, daß er es soll, und erkennt in sich die Freiheit, die ihm sonst ohne das moralische Gesetz unbekannt geblieben wäre. » (« Il [quelqu’un] juge donc qu’il peut faire une chose, parce qu’il a conscience qu’il doit (soll) la faire et il reconnaît ainsi en lui la liberté qui, sans la loi morale, lui serait restée inconnue. » Emmanuel KANT, Critique de la raison pratique, 1788 (trad. François PICAVET, Paris, Presses Universitaires de France, 2016, page 30). |
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| 2↑ | Nicolas SENÈZE, « Comprendre le pélagianisme », dans La Croix (17/11/2018). |
