Augustin d’Hippone (Agostino)

Jacopo di Mino del Pelliciaio, « Sant’Agostino ». Détail du polyptyque de la Madonna col Bambino e santi ». Sienne, Pinacoteca Nazionale.

Augustin, évêque d’Hippone (Thagaste [Souk Ahras, en Algérie], 354 – Hippone [actuelle Annaba, Algérie]), Il se convertit lors d’un séjour qu’il fait en Italie. En 395, sept ans après son retour en Afrique, Augustin est nommé évêque d’Hippone et le restera jusqu’à sa mort. Il est canonisé en 1298 et reconnu Docteur de l’Église la même année par le pape Boniface VIII.

Augustin est le fils de sainte Monique et le frère de sainte Perpétue, l’une des premières martyres chrétiennes d’Afrique romaine dont la mort soit documentée. Il est traditionnellement considéré comme le fondateur de l’ordre des Frères augustiniens. Auteur des Confessions et du De consensu evangelistarum. [1]De consensu evangelistarum ou De consensu evangeliorum, parfois De concordia evangeliorum, ouvrage écrit vers l’an 400. Son titre signifie « De l’accord des Évangiles ». Formé de quatre parties (quatre « livres »), l’ouvrage reprend et commente l’ordre traditionnel des quatre Évangiles canoniques (Matthieu, Marc, Luc, Jean). Pour … Poursuivre

Dans les Confessions, en particulier dans les chapitres 9 et 20 du livre VII, Augustin relate sa conversion intellectuelle décisive survenue à Milan grâce à sa rencontre avec Ambroise et à l’écoute des sermons de ce dernier après sa propre découverte préalable des écrits néoplatoniciens [2]Ce biais lui avait permis de surmonter le matérialisme manichéen en concevant Dieu comme une Lumière immuable et purement spirituelle, et de comprendre que le mal n’est pas une substance, mais une privation du bien (privatio boni)., comme ceux de Plotin [3]Plotin (Lycopolis, 205 – Naples, 270) : philosophe gréco-romain de l’Antiquité tardive, est le représentant principal du courant philosophique appelé « néoplatonisme ». Sa relecture des dialogues de Platon fut une source d’inspiration importante pour la pensée chrétienne alors en pleine formation, notamment pour Augustin d’Hippone, et elle influença de … Poursuivre et de Porphyre [4]Porphyre de Tyr (Batanée ou Tyr [Syrie-Phénicie, alors Empire romain], 234 – Rome, 305) : philosophe néoplatonicien d’origine phénicienne. Disciple de Plotin, il a édité les écrits de ce dernier (les Ennéades) et rédigé après sa mort une biographie (Vie de Plotin). Célèbre pour son Introduction aux Catégories d’Aristote (Isagogè), il contribue, encore … Poursuivre, traduits en latin par Marius Victorinus [5]Gaius Marius Victorinus, dit Afer, parfois aussi simplement désigné par Victorinus (Thagaste, 290 – Rome, 364) : grammairien berbère et citoyen romain. Il fut professeur de rhétorique et philosophe néoplatonicien, africain de naissance (probablement à Thagaste puisque saint Augustin se vantait d’être son jeune compatriote, d’où son … Poursuivre sous le nom de libri Platonicorum (« livres des Platoniciens »). Si la lecture des néoplatoniciens a été éclairante, elle l’a aussi rendu orgueilleux (« gonflé de science »). Cette philosophie lui montre le but à atteindre, mais ne lui donne pas les forces morales pour y parvenir. Dès lors, faisant le constat des limites d’une pensée qui offrirait la vérité sans donner le chemin de l’humilité [6]« Mais alors, après ma lecture des ouvrages platoniciens, quand j’eus appris à chercher la vérité par delà le monde des corps, j’aperçus vos perfections invisibles devenues intelligibles à travers les choses créées, et, quoique refoulé dans ma tentative, je compris ce qu’était cette vérité que les ténèbres de mon âme ne me permettaient pas de contempler. J’étais certain … Poursuivre [7]C’est le cœur de sa critique. Les platoniciens ont conçu la grandeur de Dieu, mais ils n’ont pas pu concevoir son abaissement. Pour Augustin, le seul remède à l’orgueil humain (la superbia) est l’humilité divine : le fait que le Verbe se soit fait chair, acceptant la faiblesse et la mort. Dans sa Lettre 118, il formule cette maxime demeurée célèbre … Poursuivre, Augustin se tourne vers les Écritures, en particulier les épîtres de saint Paul, et y trouve la réponse émotionnelle et existentielle qu’il cherchait : la certitude de la miséricorde de Dieu et la nécessité de la Grâce pour guérir la faiblesse humaine. La conversion intellectuelle est complète, mais la volonté reste divisée.

Iconographie

Augustin a généralement l’apparence

  • d’un évêque d’âge moyen
    • imberbe ou doté d’une courte barbe grisonnante
    • coiffé de la mitre et portant
      • la crosse épiscopale ou le bâton pastoral
      • un livre 
      • un habit de moine sous sa cape
  • d’un moine

Sa tête est parfois transpercée de trois flèches.

Épisodes de la vie du saint :

  • Augustin, enfant, est conduit à l’école, à Tagaste, par ses parents.
  • Il est diplômé de l’Université de Carthage.
  • Monique, sa mère, prie pour sa conversion avant son départ pour l’Italie.
  • Elle le bénit.
  • Il enseigne à l’académie grecque de Rome.
  • Il part pour Milan.
  • Il y rencontre saint Ambroise.
  • Rejoint par sa mère arrivée d’Afrique, ils écoutent ensemble Ambroise prêcher.
  • Sa conversion : alors qu’il médite dans un jardin, sous un arbre, avec son jeune fils et Alypius,  l’un de ses plus proches amis présent à ses côtés, et les Épitres de saint Paul à la main, le Christ lui répète à plusieurs reprises : Tolle, tolle et lege (« Prends, prends et lis »). Alors qu’il se met à lire, ses derniers doutes s’évanouissent.
  • Il est baptisé en présence de Monique et d’Alysius.
  • En route vers Ostie, il visite des moines et fonde l’ordre des ermites augustiniens.
  • Tandis qu’il médite le mystère de la Trinité sur une jetée près de Civitavecchia, il voit un enfant essayant de vider la mer dans un trou qu’il a creusé dans le sable à l’aide d’un coquillage : « Mais c’est impossible », lui dit Augustin. L’enfant lui répond que ce n’est pas plus impossible, pour l’intelligence humaine, que de comprendre le mystère sur lequel il était en train de méditer l’instant auparavant.
  • Le Christ enfant apparaît à Monique sur son lit de mort, en présence d’Augustin et de Perpétue.
  • Il vogue vers l’Afrique.
  • Il bénit les foules en  tant qu’évêque d’Hippone.
  • Il triomphe sur l’hérétique Fortunatus au cours d’une dispute publique.
  • En présence de Perpétue, la Trinité lui apparaît au-dessus de l’autel.
  • Tandis qu’il écrit dans son bureau, son cœur est transpercé de trois flèches émanant de l’apparition de la Sainte Trinité sous la forme d’une triple tête de chérubin.
  • Alors qu’il écrit à Jérôme dont il ignore la mort, celui-ci lui apparaît.
  • Saint Jérôme et saint Jean Baptiste lui apparaissent lors de l’une de ses méditations.
  • Ses funérailles.
  • Son âme est emportée au ciel par des anges.

Notes

Notes
1↑ De consensu evangelistarum ou De consensu evangeliorum, parfois De concordia evangeliorum, ouvrage écrit vers l’an 400. Son titre signifie « De l’accord des Évangiles ».
Formé de quatre parties (quatre « livres »), l’ouvrage reprend et commente l’ordre traditionnel des quatre Évangiles canoniques (Matthieu, Marc, Luc, Jean). Pour Augustin, cet ordre canonique correspond à l’ordre chronologique dans lequel ces quatre textes ont été rédigés. Il déclare : « Ces quatre évangélistes, bien connus à travers le monde entier (et peut-être sont-ils quatre parce que le monde a quatre parties) […], ont écrit dans cet ordre : d’abord Matthieu, puis Marc, troisièmement Luc, et en dernier Jean. » En particulier, Augustin considère le texte de Matthieu comme le plus ancien des quatre parce qu’il est l’œuvre d’un apôtre direct de Jésus-Christ, Matthieu, alors que les évangélistes Marc et Luc appartiennent à la génération suivante, Marc étant le disciple de Pierre, et Luc celui de Paul. En ce sens, si Marc offre nombre de points communs avec Matthieu, c’est parce qu’il en est l’abreviator (celui qui l’a résumé).
L’objet de cette étude est de dégager une harmonie d’ensemble à partir des quatre évangiles, qui présentent chacun une approche distincte de la figure du Christ : Matthieu insiste sur la royauté de celui-ci, Marc sur son humanité, Luc sur son sacerdoce et Jean sur sa divinité.
2↑ Ce biais lui avait permis de surmonter le matérialisme manichéen en concevant Dieu comme une Lumière immuable et purement spirituelle, et de comprendre que le mal n’est pas une substance, mais une privation du bien (privatio boni).
3↑ Plotin (Lycopolis, 205 – Naples, 270) : philosophe gréco-romain de l’Antiquité tardive, est le représentant principal du courant philosophique appelé « néoplatonisme ». Sa relecture des dialogues de Platon fut une source d’inspiration importante pour la pensée chrétienne alors en pleine formation, notamment pour Augustin d’Hippone, et elle influença de manière profonde la philosophie occidentale. L’intégralité de ses écrits a été publiée par son disciple Porphyre de Tyr, qui les a réunis sous la forme d’Ennéades, en groupes de neuf traités.
4↑ Porphyre de Tyr (Batanée ou Tyr [Syrie-Phénicie, alors Empire romain], 234 – Rome, 305) : philosophe néoplatonicien d’origine phénicienne. Disciple de Plotin, il a édité les écrits de ce dernier (les Ennéades) et rédigé après sa mort une biographie (Vie de Plotin). Célèbre pour son Introduction aux Catégories d’Aristote (Isagogè), il contribue, encore qu’involontairement, à faire passer le néoplatonisme en milieu chrétien, via Marius Victorinus, jusque chez saint Augustin et Claudien Mamert (*).

(*) Claudianus Mamertus, Claudien Mamert : philosophe et théologien gallo-romain de la fin du Ve siècle. Contemporain et ami de Sidoine Apollinaire (a), qui le décrit comme un disciple de Platon qui ne se distinguerait en rien des autres platoniciens, sinon par sa foi de chrétien.
(a) Caius Sollius Apollinaris Sidonius ou Sidoine Apollinaire (Lyon, 430 – Clermont, v. 486 ou 489) : homme politique, évêque et écrivain gallo-romain..

5↑ Gaius Marius Victorinus, dit Afer, parfois aussi simplement désigné par Victorinus (Thagaste, 290 – Rome, 364) : grammairien berbère et citoyen romain. Il fut professeur de rhétorique et philosophe néoplatonicien, africain de naissance (probablement à Thagaste puisque saint Augustin se vantait d’être son jeune compatriote, d’où son surnom Afer, l’africain).
6↑ « Mais alors, après ma lecture des ouvrages platoniciens, quand j’eus appris à chercher la vérité par delà le monde des corps, j’aperçus vos perfections invisibles devenues intelligibles à travers les choses créées, et, quoique refoulé dans ma tentative, je compris ce qu’était cette vérité que les ténèbres de mon âme ne me permettaient pas de contempler. J’étais certain que vous existiez ; que vous êtes infini sans cependant vous répandre par les espaces finis ou infinis que vous êtes véritablement Celui qui est toujours le même lui-même sans devenir autre ni autrement en aucune de ses parties ni de ses mouvements ; que les autres choses procèdent de vous, par cette seule preuve décisive qu’elles sont. De tout cela, oui j’étais certain, mais je demeurais trop faible encore pour jouir de vous ; je bavardais avec les airs d’un homme qui sait, mais si je n’eusse cherché la voie dans le Christ, notre Sauveur, j’étais voué non à savoir mais à périr. Car je prétendais dès lors passer pour un sage, plein que j’étais de mon châtiment et je ne pleurais pas et, par surcroît, je m’enorgueillissais de ma science. Où était cette charité qui édifie sur le fondement de l’humilité, c’est-à-dire sur Jésus-Christ ? Ces livres pouvaient-ils me l’enseigner ? Si vous avez voulu qu’ils me tombassent sous la main, avant que j’eusse médité vos Écritures, c’est je crois, pour que ma mémoire gardât l’empreinte de l’impression que j’en aurais recueillie. Ainsi, plus tard quand j’aurais trouvé l’apaisement dans vos livres, mes blessures une fois pansées de vos doigts guérisseurs, je saurai discerner, repérer la différence entre la présomption et l’aveu, entre ceux qui voient où il faut aller sans savoir par où et la Voie qui conduit à la patrie bienheureuse, non pas seulement pour la contempler mais aussi pour l’habiter. (*) » Gérard Mathon ajoute que « c’est l’échec qui […] a fait prendre conscience [à saint Augustin] de son erreur et l’a désormais incité à l’humilité, à commencer par celle de l’esprit. Il ne l’avait jamais connue et ne pouvait donc être que difficilement accessible à la Foi. Croire implique en effet qu’on fait confiance à autrui. Jusqu’alors Augustin n’a eu confiance qu’en lui-même. Et si les libri platonicorum ont provoqué cet incendie dont il a fait état avec tant de force, c’est précisément parce qu’ils satisfaisaient cette tendance. Qu’elle existât si fort après les sermons d’Ambroise prouve qu’à cette date Augustin n’avait pas recouvré vraiment la foi, même s’il avait connu davantage la doctrine chrétienne en lui donnant désormais une certaine préférence. Puisqu’en l’occurrence, seul compte le témoignage d’Augustin, rappelons ces textes où, par deux fois, après l’échec de ses tentatives, il nous avoue qu’il était passablement orgueilleux. « Garrieiam quasi peritus… inflabar scieniia, Uli erat ilia œdificans carilas a fundamento humilitatis ? ». Gérard MATHON, « Quand faut-il placer le retour d’Augustin à la foi catholique ? », Revue des Études augustiniennes, Vol. I-2 (1955), pp. 125-126.

(*) SAINT AUGUSTIN, Les Confessions. VII, 20-26.
(**) « Je bavardais comme si j’étais un expert […] j’étais gonflé de savoir. Mais où était cette charité qui édifie sur le fondement de l’humilité ? »

7↑ C’est le cœur de sa critique. Les platoniciens ont conçu la grandeur de Dieu, mais ils n’ont pas pu concevoir son abaissement. Pour Augustin, le seul remède à l’orgueil humain (la superbia) est l’humilité divine : le fait que le Verbe se soit fait chair, acceptant la faiblesse et la mort. Dans sa Lettre 118, il formule cette maxime demeurée célèbre sur la structure de la vie spirituelle et morale : « Si vous me demandez quelle est la première règle de la religion, je vous répondrai que c’est l’humilité ; la seconde, l’humilité ; la troisième, encore l’humilité. »

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