Girolamo del Pacchia (Sienne, 1477 – ap. 1533)
Cataletto della Compagnia di San Bernardino (Cataletto de la Compagnie de San Bernardino), v. 1414-1515.
Tempéra sur panneau, voir dimensions indiquées ci-dessous.
Provenance : Compagnia di San Bernardino, Sienne.
Munich, Bayerische Staatsgemäldesammlungen, Alte Pinakothek München ; Palermo, villa Chiaramonte Bordonaro ai Colli ; localisation inconnue.
Il s’agit des deux têtes de la civière funéraire de la Compagnie de San Bernardino, aujourd’hui dispersées dans divers lieux après avoir été sciées dans leur épaisseur pour former quatre tableaux autonomes :
- Girolamo del Pacchia (Sienne, 1477 – ap. 1533), Maria mit dem Kinde und vier Engeln (Vierge à l’Enfant et quatre anges), Tempéra sur panneau, 61,4 x 42,4 cm. Provenance : Compagnia di San Bernardino, Sienne. Munich, Bayerische Staatsgemäldesammlungen, Alte Pinakothek München.
- Girolamo del Pacchia (Sienne, 1477 – ap. 1533), Christ de douleurs et deux anges, v. 1514-1515. Provenance : Compagnia di San Bernardino, Sienne. Localisation actuelle inconnue.
- Girolamo del Pacchia (Sienne, 1477 – ap. 1533), San Francesco stigmatizzato (Les stigmates de Saint François), v. 1514-1515. Provenance : Compagnia di San Bernardino, Sienne. Palermo, villa Chiaramonte Bordonaro ai Colli.
- Girolamo del Pacchia (Sienne, 1477 – ap. 1533), Der hl. Bernardin von Siena mit zwei Engeln (Saint Bernardin de Sienne et deux anges), Tempéra sur panneau, 61,4 x 42,6 cm. Provenance : Compagnia di San Bernardino, Sienne. Munich, Bayerische Staatsgemäldesammlungen, Alte Pinakothek München.
Il est possible d’ajouter une autre pièce à la production de Girolamo, en ce moment de « rôle d’avant-garde bref mais intense dans l’environnement siennois entre 1510 et 1515 », à savoir les deux têtes de brancard funéraire de la Compagnia di San Bernardino de Sienne, jusqu’alors manquantes. Deux de ces panneaux ont été identifiés depuis longtemps dans la Vierge à l’Enfant et quatre anges et dans le San Bernardino de Sienne avec le monogramme et deux anges de l’Alte Pinakothek de Munich. L’attribution de ces deux peintures à Pacchia est due à Joseph Crowe et Giovan Battista Cavalcaselle dans la New History of Painting in Italy, qui corrigent une référence antérieure à Pacchiarotti. Dans un premier temps, Giovanni Morelli ne fait que confirmer l’attribution, puis il est le premier à interpréter les deux planches comme des fragments d’un cataletto, mais il ne va pas au-delà d’une référence générique aux cataletti peints par Sodoma pour la Compagnie de San Giovanni Battista della Morte et pour la Santissima Trinità. Il appartient donc aux auteurs du nouveau catalogue du musée de Munich, dirigé par Hugo von Tschudi, d’identifier exactement les panneaux, comme deux têtes du cataletti de la Compagnia di San Bernardino : information qui apparaît à partir de 1911, avec une référence à un document trouvé par Milanesi, disponible depuis soixante ans. Il vaut la peine de s’attarder sur le passage de l’historien toscan, que l’on pouvait lire dans le Commentaire sur la vie de Sodoma de l’édition Le Monnier des Vies de Vasari :
« […] en 1511 [Girolamo del Pacchia] peignit pour les hommes de la Compagnie de S. Bernardino, près de S. Francesco, la bannière qu’ils portaient dans les processions. Ils furent si satisfaits de ce travail que l’année suivante, ils lui confièrent la réalisation de leur cataletto. Où il se comporta bien mieux qu’il ne l’avait fait dans le gonfalon ; car, en plus de l’avoir très bien dessiné, il réussit encore à la colorer de façon si vive et si gracieuse, que ceux qui la voyaient ne se contentaient pas de la louer pour une chose miraculeuse, et une des plus belles qui fût alors dans la ville. C’est pourquoi les hommes de cette compagnie l’ont toujours gardée avec beaucoup de soin et de jalousie : et, malgré toutes les demandes qui leur ont faites pour la vendre, ils n’ont jamais voulu s’en séparer. Mais dans les premières années de ce siècle, ayant à restaurer leur oratoire, qui avait beaucoup souffert des tremblements de terre, et n’ayant pas de revenus pour couvrir les frais, ils furent forcés de le donner pour deux cents écus à un étranger qui l’emporta en Russie. »
Les documents découverts par Milanesi comprennent la commande du cataletto au peintre, en avril 1512, et le solde du paiement, après livraison, en décembre 1515. Selon une pratique habituelle, un petit concours eut lieu : plusieurs peintres présentèrent des dessins, et celui de Pacchia « fut apprécié plus que tous les autres par la brigade » chargée de sélectionner le meilleur projet. Comme on l’a découvert en 1981 , « Pacchia était membre de la compagnie laïque de San Bernardino, dont le siège se trouvait dans les locaux adjacents au couvent de San Francesco. »
« SAINT BERNARDIN ET DEUX ANGES »
Bernardin, reconnaissable au visage émacié que les peintres lui attribuent traditionnellement, indique de la main le monogramme christique qu’il avait pour habitude de présenter à l’issue de ses prédications. Il est entouré de deux anges, qui contrastent la sévérité du saint avec tendresse et sérénité. À droite se dessine un paysage bleu avec un ciel qui s’éclaircit, détail qui donne profondeur spatiale et souffle à la figure de Bernardin plongée dans un clair-obscur.
« LA VIERGE À L’ENFANT ENTOURÉE DE QUATRE ANGES »
Une atmosphère de jubilation règne dans la « Vierge à l’Enfant » de Munich. Assise de côté sur un parapet dont on ne voit qu’un coin à droite, la visage de la Vierge est comme hypnotisé, sillonné à gauche par une lumière qui modèle le volume. Elle n’est pas ébranlée par l’Enfant qui s’accroche à son cou, tout pétillant de bonheur. Ses mains, enserrant les jambes de son fils, amplifient les plis circulaires du manteau bleu, équilibrés par la cascade vert-rouge du revers. Des quatre anges qui l’entourent, deux regardent vers l’extérieur, un cherche le dialogue avec un autre, et le dernier regarde vers le bas. À côté du calme énigmatique de la Mère, les anges apparaissent joyeux et turbulents.
« LE CHRIST DE DOULEURS ET DEUX ANGES »
Le buste puissant du Christ occupe presque tout l’espace du panneau, sa tête penchée quasiment coincée dans l’arc de la tête de civière. Le corps laisse à peine la place à deux anges de passer la tête au-dessus des épaules du Christ et d’appuyer la main sur ses bras pour tenter de le soutenir.
« LES STIGMATES DE SAINT FRANÇOIS »
Le saint, agenouillé au premier plan et vêtu d’un habit à larges plis, a un bras peint en raccourci et la tête tournée vers le chérubin qui lui impose les stigmates. La stupeur que manifeste François est reprise par frère Léon qui se cache à l’arrière-plan. À l’opposé des trois autres panneaux tout emplis des corps des personnages principaux, le décor environnant le saint stigmatisé occupe la majeure partie de la surface disponible. Au centre de la composition, une falaise abrupte aux arbres clairsemés est traversée par un sentier où s’arrêtent deux cerfs, tandis que deux marmottes émergent au premier plan. Le paysage est noyé de traînées de violet et d’ocre clair qui s’associent au peu de vert des champs et au peu de bleu du ciel. À gauche apparaît un grand édifice sacré à double toiture avec une façade et un clocher gothiques. Le contraste est fort avec, à droite, la petite église toute simple de la Verna, sanctuaire où François reçu les stigmates.
Claudio GULLI, « Il cataletto di Girolamo del Pacchia per la Compagnia di San Bernardino a Siena », Prospettiva, 157-158, 2015, pp. 104-121.





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