Mantô

Prophétesse grecque mythique, fille de Tirésias et mère du voyant Mopsus, né d’Apollon ou du crétois Racio, dont le principal rival était Calchas.

On la rencontre en même temps que Tirésias dans la quatrième fosse (bolgia) du huitième cercle infernal : « E quella che ricuopre le mammelle, / che tu non vedi, con le trecce sciolte, / e ha di là ogne pilosa pelle, / Manto fu, che cerco per terre molte ; / poscia si puose là dove nacqu’io ; / onde un poco mi piace che m’ascolte. / Poiscia che ‘l padre suo di vita uscio / e venne serva la città di Baco, / questa gran tempo per lo mondo gio. » (« Et celle-ci, qui couvre ses mamelles, / que tu ne vois pas, de ses cheveux flottants, / et tient du même côté toute sa peau poilue, / c’est Mantô, qui erra par les terres, / puis s’arrêta au lieu où je naquis ; / je veux te parler un peu d’elle. / Lorsque son père quitta la vie / et que la ville de Bacchus devint esclave, / elle erra longtemps par le monde. » [1]Enfer XX, 52-60. où la placée Dante.

Selon la tradition, elle fonde Mantoue après son arrivée en Italie. Cependant, Virgile, par la voix de Dante, évoque la naissance de la ville dans une longue et belle digression poétique où le lien de Mantoue avec Mantô est réduit à un fait dû au hasard :

« Suso in Italia bella giace un laco,
a piè de l’Alpe che serra Lamagna
sovra Tiralli, c’ha nome Benaco.
Per mille fonti, credo, e più si bagna.
tra Garda e Val Camonica e Pennino
de l’acqua che nel detto laco stagna.
Loco è nel mezzo là dove ‘l trentino
pastore e quel di Brescia e ‘l veronese segnar poria, s’e’ fesse quel cammino.
Siede Peschiera, bello e forte arnese
da fronteggiar Bresciani e Bergamaschi,
ove la riva ‘ntorno più discese.
Ivi convien che tutto quanto caschi
ciò che ‘n grembo a Benaco star non può,
e fassi fiume giù per verdi paschi.
Tosto che l’acqua a correr mette co,
non più Benaco, ma Mencio si chiama
fino a Governol, dove cade in Po.
Non molto ha corso, ch’el trova una lama,
ne la qual si distende e la ‘mpaluda ;
e suol di state talor essere grama.
Quindi passando la vergine cruda
vide terra, nel mezzo del pantano,
sanza coltura e d’abitanti nuda.
Lì, per fuggire ogne consorzio umano,
ristette con suoi servi a far sue arti,
e visse, e vi lasciò suo corpo vano.
Li uomini poi che ‘ntorno erano sparti
s’accolsero a quel loco, ch’era forte
per lo pantan ch’avea da tutte parti.
Fer la città sovra quell’ossa morte ;
e per colei che ‘l loco prima elesse,
Mantüa l’appellar sanz’altra sorte.
Già fuor le genti sue dentro più spesse ; /
prima che la mattia da Casalodi
da Pinamonte inganno ricevesse.
Però t’assenno che, se tu mai odi
originar la mia terra altrimenti,
la verità nulla menzogna frodi. »

« Là-haut dans la belle Italie,
il est un lac au pied de l’Alpe qui ferme l’Allemagne
à hauteur du Tyrol ; son nom est Benaco [2]Benaco est le nom latin du lac de garde..
Mille ruisseaux, et plus, je crois, arrosent
les Apennins, de Garde au val Camonica,
avec l’eau qui se tient dans ce lac.
Là est un point, au milieu, où l’évêque de Trente
et celui de Brescia et celui de Vérone
pourraient bénir, s’ils faisaient ce chemin [3]Les lignes des frontières des diocèses de Trente, Brescia et Vérone se croisent en un point situé au milieu du lac..
Peschiera s’y élève, beau et puissant rempart,
capable d’affronter Brescians et Bergamasques,
là où la rive est la plus basse.
Il faut que par là s’écoule toute l’eau
qui ne peut séjourner dans le Benaco,
et prenne son cours dans les verts pâturages.
Dès que l’eau commence à couler,
elle n’a plus nom Benaco, mais Mincio
jusqu’à Governal (Governolo est le nom d’une tour de garde située au bord du Mincio.)), où le Pô la reçoit.
Elle n’a pas coulé loin qu’elle trouve une plaine
où elle s’étend, et forme un marécage ;
et parfois l’été elle y devient malsaine.
Passant par ces lieux la vierge sauvage [4]Il s’agit de Mantô.
vit une terre au milieu du marais,
inculte et privée d’habitants.
Là pour fuir tout commerce humain elle se fixa,
afin d’exercer son art avec ses serviteurs ;
elle y vécut, et y laissa son corps inanimé [5]Elle y mourut..
Plus tard les hommes épars aux environs
se rassemblèrent en ce lieu protégé
par le marais, qui s’étendait de toutes parts.
Ils firent la ville sur les os de la morte,
et pour celle qui la première l’avait élue,
l’appelèrent Mantoue sans consulter les sorts.
Ses habitants jadis furent plus nombreux,
avant que la folie de Casalodi [6]Puissante et ancienne maison féodale de Mantoue. se laissât tromper par Pinamonte [7]Pinamonte dei Bonacolsi se servit de l’appui des Casalodi pour chasser les Zannicali et les Gaffari..
Je t’avise donc pour que, si tu entends
qu’on décrit autrement la naissance de ma ville,
aucun mensonge n’altère la vérité. » [8]Dante ALIGHIERI, La divine comédie [v. 1304-1321] (éd. sous la direction de Carlo Ossola, traduction de Jacqueline Risset), Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 2021, Enfer XX, 61-99, pp. 154-157.

Notes

Notes
1 Enfer XX, 52-60.
2 Benaco est le nom latin du lac de garde.
3 Les lignes des frontières des diocèses de Trente, Brescia et Vérone se croisent en un point situé au milieu du lac.
4 Il s’agit de Mantô.
5 Elle y mourut.
6 Puissante et ancienne maison féodale de Mantoue.
7 Pinamonte dei Bonacolsi se servit de l’appui des Casalodi pour chasser les Zannicali et les Gaffari.
8 Dante ALIGHIERI, La divine comédie [v. 1304-1321] (éd. sous la direction de Carlo Ossola, traduction de Jacqueline Risset), Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 2021, Enfer XX, 61-99, pp. 154-157.

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