Aruns

Aruns : haruspice étrusque. Selon Lucain [1]« On crut devoir, selon l’antique usage, recourir aux devins d’Étrurie (45). Arruns, le plus âgé d’entre eux, retiré dans les murs solitaires de Luca, lisait l’avenir dans les directions de la foudre, dans le vol des oiseaux, dans les entrailles des victimes. D’abord, il demande qu’on jette dans les flammes le fruit monstrueux que la nature égarée forme … Poursuivre, Aruns était un puissant devin spécialisé dans la divination par les entrailles des animaux, le vol des oiseaux et autres phénomènes naturels. Il a probablement vécu à Lucques (Lucae) et a été convoqué à Rome peu avant les Guerres civiles romaines entre Jules César et Pompée pour interpréter certains événements divinatoires : il a prophétisé à la fois la guerre et la victoire glorieuse de César.

Dante reprend la figure de l’haruspice Aruns et la place dans l’Enfer parmi les devins de la quatrième fosse (bolge) du huitième cercle des fraudeurs (Enf. XX, 46-51). Le poète florentin s’est probablement appuyé sur un codex portant une citation incorrecte du texte de Lucain, où il est indiqué que l’haruspice habite une ville étrangement déserte, Luni (en latin Lunae au lieu de Lucae) : Arruns incoluit desertae moenia Lunae. Toutefois, étant donné qu’à l’époque d’Aruns (Ier siècle av. J.-C.) ou de Lucain (Ier siècle), la glorieuse cité romaine devait certainement apparaître dans sa plus grande splendeur, Dante Alighieri choisit de placer le devin dans une caverne parmi le marbre blanc au-dessus de Carrare, d’où il pouvait contempler à la fois la mer et les étoiles.

Notes

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1 « On crut devoir, selon l’antique usage, recourir aux devins d’Étrurie (45). Arruns, le plus âgé d’entre eux, retiré dans les murs solitaires de Luca, lisait l’avenir dans les directions de la foudre, dans le vol des oiseaux, dans les entrailles des victimes. D’abord, il demande qu’on jette dans les flammes le fruit monstrueux que la nature égarée forme dans un sein qu’elle condamne à la stérilité. Il ordonne aux citoyens tremblants d’environner les murs de Rome, et de les purifier par des lustrations. Tandis que les sacrificateurs en parcourent les dehors, accompagnés de la troupe inférieure des prêtres vêtus de la robe gabienne. Après eux, marche à la tête des vestales, le front ceint des bandelettes sacrées, la prêtresse qui seule a droit de voir Minerve troyenne. Sur leurs pas s’avancent les dépositaires des oracles (46) et des livres des Sibylles qui, tous les ans, vont laver la statue de Cybèle dans les faibles eaux de l’Almon (47). Ensuite venaient les augures, gardiens des oiseaux sacrés, et les chefs qui président dans les fêtes aux sacrifices des festins, et les prêtres d’Apollon et ceux de Mars, qui portaient à leur cou les boucliers mystérieux, et le grand prêtre de Jupiter qu’on distinguait au voile attaché sur sa tête majestueuse.
Tandis qu’ils suivent à pas lents les vastes détours de l’enceinte de Rome, Arruns ramassa les feux de la foudre (48), et la terre les reçoit dans son sein avec un triste et profond murmure. Il consacre le lieu où il les a cachés ; il fait amener au pied des autels un taureau superbe et commence les libations. La victime, impatiente, se débat longtemps pour se dérober au sacrifice ; mais les prêtres se jetant sur ses cornes menaçantes, lui font plier le genou et présentent sa gorge au couteau. Cependant, au lieu d’un sang vermeil, un noir poison coule de sa plaie ; Arruns lui-même en pâlit d’horreur ; il observe la colère des dieux dans les entrailles de la victime, et la couleur l’en épouvante ; il les voit couvertes de taches livides et souillées d’un sang corrompu. Le foie nage dans cette liqueur impure, le poumon est flétri, le cœur  abattu, l’enveloppe des intestins déchirée et sanglante, et, ce qu’on ne vit jamais en vain dans les flancs des animaux, du côté funeste, les fibres enflées palpitent, du côté propice elles sont lâches et sans vigueur. Dès qu’Arruns a reconnu à ces marques les présages de nos calamités, il s’écrie : « O dieux ! Dois-je révéler au monde tout ce que vous me laissez voir ? Non, Jupiter, ce n’est pas à toi que je viens de sacrifier, j’ai trouvé l’enfer dans les flancs de ce taureau. Nous craignons d’horribles malheurs, mais nos malheurs passeront nos craintes. Fasse le ciel que ces signes nous soient favorables, que l’art de lire au sein des victimes soit trompeur, et que Tagès qui l’inventa nous en ait imposé lui-même. »
C’est ainsi que le vieillard étrusque enveloppa ses prédictions d’un nuage mystérieux. » Lucian, Pharsale, livre I.

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