Iconoclasme

Historiquement, l’iconoclasme [1]Iconoclasme, du gr. :  eikôn, image et klasma, brisé, cassé. L’iconoclasme doit être différencié de l’aniconisme (de an, sans et eikôn, image), qui refuse la représentation du vivant. « Certes, l’iconoclasme et l’aniconisme ne sont pas sans lien, mais la violence est propre à l’iconoclasme. Ainsi, l’on dira que l’islam est une religion aniconique, … Poursuivre est un mouvement hostile à la vénération des images saintes propre à chacune des trois religions monothéistes, qui se caractérise par la destruction massive des icônes, accompagnée de persécutions envers ceux, dits iconodoules ou iconodules [2]Littéralement : « serviteurs des images », également appelés par dérision « iconolâtres », qui s’y référaient pour le culte.

Dans l’Empire byzantin, entre les VIIIe et IXe siècles, les querelles sur les images [3]Premier iconoclasme, 726-780 ; second iconoclasme : 813-843. « L’iconoclasme byzantin ne remet pas en cause les images en elles-mêmes, mais la dévotion qui leur est rendue de façon ostensible. La proskynèse, prosternation devant une icône, est considérée comme de l’idolâtrie. » Séverine Boullay, « Querelle iconoclaste, querelle des images dans l’Empire byzantin (VIIIe-IXe … Poursuivre atteignirent un tel paroxysme que l’on qualifie cette période d’« iconoclaste ». Dès les premières années de son règne, l’empereur Léon III met fin au dernier grand siège de Constantinople par les Arabes (717-718). L’Empire, qui n’est plus menacé gravement par un ennemi extérieur, connaît dorénavant une stabilité du pouvoir qui lui avait fait défaut jusque là. Entre 726 et 730, Léon III « semble prendre des positions hostiles aux images religieuses, interdisant de les fabriquer et de les adorer. Il essaie, en vain, d’imposer ses vues au patriarche Germain [4]Germain Ier ou Germain de Constantinople : patriarche de Constantinople du 11 août 715 au 17 janvier 730. Il est fêté en tant que saint dans l’Église byzantine. en 730. Cette politique, prolongée et accentuée par Constantin V, son fils et successeur (741-775), culmine avec un concile [5]Convoqué du 10 février au 8 août 754 dans le palais suburbain de Hiéreia sur la rive asiatique du Bosphore, il s’agit du premier concile iconoclaste  ; l’empereur Constantin V y fait entériner la condamnation de la production et de la vénération des images. Il est également connu comme « Concile de Constantinople V », ou par ses opposants comme le « Conciliabule ». que ce dernier réunit en 754 et dans les années qui ont suivi celui-ci. Ce règne est marqué par des affrontements entre le pouvoir impérial et les moines. La politique impériale change d’orientation lorsque Irène, veuve de Léon IV, lui-même successeur de Constantin V, détrône son propre fils et veut s’appuyer sur des éléments hostiles à la dynastie iconoclaste. Le deuxième concile de Nicée, en 787, rétablit les images religieuses et justifie leur utilisation. Les iconoclastes reviennent encore une fois au pouvoir quand Léon V l’Arménien (813-820) s’empare du trône. Peu à peu la querelle perd de sa virulence ; de nouvelles défaites enlèvent à l’iconoclasme sa légitimation militaire. En 843, peu après la mort de l’empereur Théophile, l’entourage impérial, en accord avec le patriarcat, fait rétablir sans difficulté le culte des images.
Ces différentes politiques et prises de position, en faveur des images sacrées ou contre elles, sont soutenues par une réflexion théologique sur l’image » [6]Anthony CUTLER, Jean-Michel SPIESER, Byzance médiévale. 700 – 1204, Paris. Gallimard (coll. « L’Univers des formes »), 1996, pp. 32-33.

Chaque camp développa et affina ses arguments. Les iconoclastes, hostiles aux images, « considéraient qu’elles sont de même nature que ce qu’elles représentent et s’attachaient à leur matérialité. Ils en concluaient qu’adorer une image c’était adorer de la matière et, pis encore, croire que Dieu est matière. Pour les autres, dont l’argumentation reposait sur une définition plus subtile et plus philosophique de l’image, où des notions empruntées à Aristote étaient au moins aussi importantes que celles qui tiraient leur origine de Platon, l’image est justifiée parce qu’il existe un lien entre différents niveaux de réalité et d’existence ; elle est l’expression de ce lien. L’Incarnation, Dieu qui s’est fait chair, est le modèle de toute image ; les images miraculeuses, non faites de main d’homme […], deviennent dès lors un équivalent symbolique de l’Incarnation et une preuve de la possibilité de la représentation, puisque Dieu lui-même se rend visible sous la forme d’une image. Le Christ est ainsi lui-même une image de Dieu. La relation entre l’image peinte d’un saint et le saint est homologue de la relation qui existe entre le Christ et Dieu. Aussi, pour les partisans des images, douter de la légitimité des images revient à mettre en doute l’Incarnation. » [7]Anthony CUTLER, Jean-Michel SPIESER, op. cit., pp. 32-33.

Notes

Notes
1 Iconoclasme, du gr. :  eikôn, image et klasma, brisé, cassé. L’iconoclasme doit être différencié de l’aniconisme (de an, sans et eikôn, image), qui refuse la représentation du vivant. « Certes, l’iconoclasme et l’aniconisme ne sont pas sans lien, mais la violence est propre à l’iconoclasme. Ainsi, l’on dira que l’islam est une religion aniconique, c’est-à-dire qui n’admet pas la représentation de Dieu, ni celle des êtres animés, et que les talibans afghans sont iconoclastes, parce qu’ils ont détruit de nombreuses images, dont les très célèbres Bouddhas de Bâmyân. » Marie-France AuzépyL’iconoclasme, Paris, Presses universitaires de France, 2006.
2 Littéralement : « serviteurs des images », également appelés par dérision « iconolâtres »
3 Premier iconoclasme, 726-780 ; second iconoclasme : 813-843. « L’iconoclasme byzantin ne remet pas en cause les images en elles-mêmes, mais la dévotion qui leur est rendue de façon ostensible. La proskynèse, prosternation devant une icône, est considérée comme de l’idolâtrie. » Séverine Boullay, « Querelle iconoclaste, querelle des images dans l’Empire byzantin (VIIIe-IXe siècle) », dans L’Histoire à la BnF, 23/01/2019, https://histoirebnf.hypotheses.org/5642, [consulté le 11/02/2024].
4 Germain Ier ou Germain de Constantinople : patriarche de Constantinople du 11 août 715 au 17 janvier 730. Il est fêté en tant que saint dans l’Église byzantine.
5 Convoqué du 10 février au 8 août 754 dans le palais suburbain de Hiéreia sur la rive asiatique du Bosphore, il s’agit du premier concile iconoclaste  ; l’empereur Constantin V y fait entériner la condamnation de la production et de la vénération des images. Il est également connu comme « Concile de Constantinople V », ou par ses opposants comme le « Conciliabule ».
6 Anthony CUTLER, Jean-Michel SPIESER, Byzance médiévale. 700 – 1204, Paris. Gallimard (coll. « L’Univers des formes »), 1996, pp. 32-33.
7 Anthony CUTLER, Jean-Michel SPIESER, op. cit., pp. 32-33.

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