« Bien qu’il soit presque tombé en désuétude aujourd’hui, le canon eucharistique de la messe romaine fut pendant longtemps le cadre unique de la prière eucharistique du rit [1]Étymologie : XVe siècle, rit (*) ; XVIe siècle, rite. Emprunté du latin ritus, « rite, cérémonie religieuse ; usage, coutume ». Dictionnaire de l’Académie française, 9ème édition.
(*) On prononce toujours Rite. Dictionnaire de l’Académie française, 9ème édition (1878). romain. Son texte, imposé pendant des siècles à toute l’Église latine en conclusion de la louange eucharistique (c’est-à-dire de la « préface »), fut achevé au Xe siècle à l’époque ottonienne en pays rhénan à partir de la leçon en vigueur dans les sacramentaires romano-francs carolingiens. La canonica prex de ce temps a été adoptée par toute la chrétienté latine, notamment par le missel de la curie romaine à la fin du XXXe siècle. Les préfaces exceptées, cette version du canon ne varia pas jusqu’à la première édition imprimée du dit missel de la curie en 1474 [2]Robert Lippe (éd.), Missale Romanum Mediolani 1474, Londres, Henry Bradshaw Society, 1899 ; il y aura quelques additions ultérieures dans les éditions de 1482 et de 1499 mais elles sont insignifiantes. laquelle servira de base à l’édition tridentine du missale pianum, qui se garda bien de toucher au canon. Par la suite, Jean XXIII ajoutera Joseph à la litanie du Communicantes pour satisfaire à sa dévotion. Aujourd’hui, dans le Missel de Paul VI, le canon survit comme “Prière eucharistique I.” [3]Matthieu Smyth, « L’antique prière eucharistique romaine et les autres témoins de cette tradition », Revue des sciences religieuses [En ligne], 88/1 | 2014, mis en ligne le 01 janvier 2016, consulté le 22 mars 2024. URL : http://journals.openedition.org/rsr/1102 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rsr.1102».
Le Canon romain est probablement la prière la plus ancienne de celles en usage dans l’Église de Rome. Adaptée entre les IVe et VIe siècles, peut-être plus tôt encore, avec des références à la tradition précédente, probablement apostolique, elle est parvenue à sa forme finale avant le XIIIe s. [4]Adrien Nocent, La celebrazione dell’Eucaristia secondo il « Canone Romano », in Anàmnesis. Introduzione storico teologica alla liturgia, Genova, Marietti, 1983, p. 236.
Historiquement, la prière eucharistique était appelée « canon » et dans l’église catholique de rite romain « canon romain ». Celui-ci renvoyait à la prière prononcée par Jésus-Christ lors de la Cène [5]En fait, l’essentiel du texte consiste dans la narration de ce que Jésus a dit et fait à cette occasion. et rapportée par les Évangiles synoptiques : Matthieu [6]« Au cours du repas, Jésus prit du pain puis, après avoir prononcé la prière de reconnaissance, il le partagea en morceaux, puis il les donna à ses disciples, en disant : Prenez, mangez, ceci est mon corps. Ensuite il prit une coupe et, après avoir remercié Dieu, il la leur donna en disant : Buvez-en tous ; ceci est mon sang, par lequel est scellée l’alliance. Il va être … Poursuivre, Marc [7]« Pendant qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain ; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le leur donna, en disant : Prenez, ceci est mon corps. Il prit ensuite une coupe ; et, après avoir rendu grâces, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui est répandu pour plusieurs. Je vous le dis en vérité, je ne … Poursuivre, Luc [8]« Il leur dit : J’ai vivement désiré célébrer cette Pâque avec vous avant de souffrir. En effet, je vous le déclare, je ne la mangerai plus jusqu’au jour où tout ce qu’elle signifie sera accompli dans le royaume de Dieu. Puis il prit une coupe, prononça la prière de reconnaissance et dit : Prenez cette coupe et partagez-la entre vous, car, je vous le déclare : … Poursuivre et par la Première Épître aux Corinthiens [9]« Car j’ai reçu du Seigneur ce que je vous ai enseigné ; c’est que le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain, et, après avoir rendu grâces, le rompit, et dit : Ceci est mon corps, qui est rompu pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. De même, après avoir soupé, il prit la coupe, et dit : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ; faites ceci … Poursuivre.
Selon la foi des catholiques, la prière réalise la transsubstantiation, c’est-à-dire la transformation du pain en corps du Christ et du vin en sang du Christ.
Notes
| 1↑ | Étymologie : XVe siècle, rit (*) ; XVIe siècle, rite. Emprunté du latin ritus, « rite, cérémonie religieuse ; usage, coutume ». Dictionnaire de l’Académie française, 9ème édition.
(*) On prononce toujours Rite. Dictionnaire de l’Académie française, 9ème édition (1878). |
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| 2↑ | Robert Lippe (éd.), Missale Romanum Mediolani 1474, Londres, Henry Bradshaw Society, 1899 ; il y aura quelques additions ultérieures dans les éditions de 1482 et de 1499 mais elles sont insignifiantes. |
| 3↑ | Matthieu Smyth, « L’antique prière eucharistique romaine et les autres témoins de cette tradition », Revue des sciences religieuses [En ligne], 88/1 | 2014, mis en ligne le 01 janvier 2016, consulté le 22 mars 2024. URL : http://journals.openedition.org/rsr/1102 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rsr.1102 |
| 4↑ | Adrien Nocent, La celebrazione dell’Eucaristia secondo il « Canone Romano », in Anàmnesis. Introduzione storico teologica alla liturgia, Genova, Marietti, 1983, p. 236. |
| 5↑ | En fait, l’essentiel du texte consiste dans la narration de ce que Jésus a dit et fait à cette occasion. |
| 6↑ | « Au cours du repas, Jésus prit du pain puis, après avoir prononcé la prière de reconnaissance, il le partagea en morceaux, puis il les donna à ses disciples, en disant : Prenez, mangez, ceci est mon corps. Ensuite il prit une coupe et, après avoir remercié Dieu, il la leur donna en disant : Buvez-en tous ; ceci est mon sang, par lequel est scellée l’alliance. Il va être versé pour beaucoup d’hommes, afin que leurs péchés soient pardonnés. Je vous le déclare : désormais, je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu’au jour où je boirai le vin nouveau avec vous dans le royaume de mon Père. » (Mt 26, 26-29). |
| 7↑ | « Pendant qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain ; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le leur donna, en disant : Prenez, ceci est mon corps. Il prit ensuite une coupe ; et, après avoir rendu grâces, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui est répandu pour plusieurs. Je vous le dis en vérité, je ne boirai plus jamais du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai nouveau dans le royaume de Dieu. Après avoir chanté les cantiques, ils se rendirent à la montagne des oliviers. » (Mc 14, 22-26). |
| 8↑ | « Il leur dit : J’ai vivement désiré célébrer cette Pâque avec vous avant de souffrir. En effet, je vous le déclare, je ne la mangerai plus jusqu’au jour où tout ce qu’elle signifie sera accompli dans le royaume de Dieu. Puis il prit une coupe, prononça la prière de reconnaissance et dit : Prenez cette coupe et partagez-la entre vous, car, je vous le déclare : dorénavant, je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu’à ce que le royaume de Dieu vienne. Ensuite il prit du pain, remercia Dieu, le partagea en morceaux qu’il leur donna en disant : Ceci est mon corps [qui est donné pour vous. Faites cela en souvenir de moi. Après le repas, il fit de même pour la coupe, en disant : Ceci est la coupe de la nouvelle alliance conclue par mon sang qui va être versé pour vous …] » (Lc 22, 15-20). |
| 9↑ | « Car j’ai reçu du Seigneur ce que je vous ai enseigné ; c’est que le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain, et, après avoir rendu grâces, le rompit, et dit : Ceci est mon corps, qui est rompu pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. De même, après avoir soupé, il prit la coupe, et dit : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ; faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez. Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. » (1C 11, 23-26). |
