La Chanson de Roland est un poème possiblement écrit par Turold [1]Turoldus ou Turold : trouvère normand, auteur possible de la Chanson de Roland (XIe siècle – XIIe siècle). Plusieurs tentatives ont été faites pour identifier ce personnage, mais il ne peut l’être avec certitude. Parmi les personnes considérées, on cite Turold, abbé de Peterborough († 1098) et Turold d’Envermeu, évêque de Bayeux de 1097 à 1104. dans la seconde moitié du XIe siècle, qui appartient au cycle carolingien et raconte le sacrifice de Roland à la Bataille de Roncevaux. L’œuvre est considérée comme plus ancienne et la plus belle des chansons de Geste de la littérature médiévale française. Comme tout texte à caractère épique, elle s’inspire d’un événement historique, l’expédition militaire de Charlemagne contre les Arabes d’Espagne, qui se termina par la bataille de Roncevaux le 15 août 778.
Selon la Vita Karoli Magni, écrite entre les années 829 et 836 par Éginhard, moine et chroniqueur, l’armée des Francs, alors qu’elle traversait les Pyrénées au retour de l’expédition de Charlemagne en Espagne, fut prise en embuscade par les Basques, ou Vascons [2]Vascons : peuple de la péninsule Ibérique dont le territoire s’étendait au Ier siècle av. J.-C. entre le cours supérieur du fleuve Èbre et sur le versant péninsulaire des Pyrénées occidentales, région qui correspond grosso modo à la quasi-totalité de la Navarre actuelle., au col de Roncevaux :
Cum enim adsiduo ac pene continuo cum Saxonibus bello certaretur, dispositis per congrua confiniorum loca praesidiis, Hispaniam quam maximo poterat belli apparatu adgreditur ; saltuque Pyrinei superato, omnibus quae adierat oppidis atque castellis in deditionem acceptis, salvo et incolomi exercitu revertitur, praeter quod in ipso Pyrinei jugo Wasconicam perfidiam parumper in redeundo contigit experiri. Nam cum agmine longo, ut loci et angustiarum situs permittebat, porrectus iret exercitus, Wascones in summi montis vertice positis insidiis — est enim locus ex opacitate silvarum, quarum ibi maxima est copia, insidiis ponendis oportunus — extremam inpedimentorum partem et eos qui, novissimi agminis incedentes subsidio, praecedentes tuebantur desuper incursantes in subjectam vallem deiciunt consertoque cum eis proelio usque ad unum omnes interficiunt ac, direptis inpedimentis, noctis beneficio quae jam instabat protecti, summa cum celeritate in diversa disperguntur. Adjuvabat in hoc facto Wascones et levitas armorum et loci in quo res gerebatur situs ; econtra Francos et armorum gravitas et loci iniquitas per omnia Wasconibus reddidit inpares. In quo proelio Eggihardus regiae mensae praepositus, Anshelmus cornes palatii [ et Hruodlandus Brittannici limitis praefectus ] cum aliis conpluribus interficiuntur. Neque hoc factum ad praesens vindicari poterat, quia hostis, re perpetrata, ita dispersus est ut ne fama quidem remaneret ubinam gentium quaeri potuisset.
Tandis que l’on se battait assidûment et presque sans interruption contre les Saxons, Charles, ayant placé aux endroits convenables des garnisons le long des frontières, attaqua l’Espagne avec toutes les forces dont il disposait. Il franchit les Pyrénées, reçut la soumission de toutes les places et de tous les châteaux qu’il rencontra sur sa route et rentra sans que son armée eût subi aucune perte, à ceci près que, dans la traversée même des Pyrénées, il eut, au retour, l’occasion d’éprouver quelque peu la perfidie basque : comme son armée cheminait étirée en longues files, ainsi que l’exigeait l’étroitesse du passage, des Basques, placés en embuscade — car les bois épais qui abondent en cet endroit sont favorables aux embuscades — dévalèrent du haut des montagnes et jetèrent dans le ravin les convois de l’arrière ainsi que les troupes qui couvraient la marche du gros de l’armée ; puis, engageant la lutte, ils les massacrèrent jusqu’au dernier homme, firent main basse sur les bagages et finalement se dispersèrent avec une extrême rapidité à la faveur de la nuit qui tombait. Les Basques avaient pour eux, en cette circonstance, la légèreté de leur armement et la configuration du terrain, tandis que les Francs étaient desservis par la lourdeur de leurs armes et leur position en contrebas. Dans ce combat furent tués le sénéchal Eggihard, le comte du palais Anselme [et Roland, duc de la marche de Bretagne ], ainsi que plusieurs autres. Et ce revers ne put être vengé sur-le-champ parce que les ennemis, le coup fait, se dispersèrent si bien que nul ne put savoir en quel coin du monde il eût fallu les chercher. [3]Louis Halphen, Éginhard : Vie de Charlemagne, Paris, Honoré Champion, 1923, pp. 29-31. »
Le récit du poème épique diffère sensiblement de la relation historique. Ainsi, apprenant que Charlemagne prévoit d’attaquer ses États, Marsile, roi musulman légendaire de Saragosse lui députe Blancandrin, l’un de ses conseillers, dans l’espoir que des présents et une promesse de se convertir arrêteront l’invasion. Charlemagne assemble ses barons et ne paraît pas éloigné d’accepter les propositions de Marsile ; Roland, qui en suspecte la sincérité, demande à se rendre lui-même auprès du chef sarrasin ; Charlemagne répugnant à envoyer un de ses proches, c’est Ganelon, son ennemi, qui est chargé de cette mission. Celui-ci, entraîné par la haine qu’il porte à Roland, s’entend avec les Musulmans pour le perdre. De retour de Saragosse, il persuade Charlemagne que Marsile va se rendre à Aix-la-Chapelle pour y recevoir le baptême. La retraite militaire est alors résolue et, sur le conseil funeste de Ganelon, le commandement de l’arrière-garde donné à Roland. Le gros de l’armée est déjà loin quand les Sarrasins fondent sur les Francs au col de Roncevaux. Roland, Olivier [4]Olivier, ou Olivier le sage par opposition à Roland, dit le Preux, est un chevalier fictif des chansons de geste du Cycle carolingien, particulièrement présent dans La Chanson de Roland. Il est traditionnellement représenté comme l’ami intime de Roland, son confident et conseiller ainsi qu’un des douze chevaliers compagnons de Charlemagne, ou Douze … Poursuivre, l’archevêque Turpin [5]Turpin est un personnage légendaire, archevêque, compagnon de Charlemagne et de Roland de Roncevaux dans plusieurs textes médiévaux. Dans la Chanson de Roland, il est davantage dépeint comme un baron que comme un archevêque, et prend notamment part aux combats. La Chanson d’Aspremont (XIIe s.) donne un portrait flatteur de son physique : Droite ot la … Poursuivre, et les autres paladins de Charlemagne se défendent courageusement mais le nombre de l’ennemi l’emporte après cinq chocs furieux des deux partis. Armé de Durandal, son épée, il ne peut contenir l’assaut et perd ses soldats. Couvert de blessures, il sonne de son olifant [6]L’olifant est un instrument de musique à vent de la famille des cuivres, bien qu’il ne soit généralement pas de métal mais d’ivoire. pour appeler du secours : Charlemagne, toujours trompé par Ganelon, ne tient pas compte de cet appel, et continue sa route mais le cor se fait entendre de nouveau : Charlemagne, désabusé par le duc Naime, fait arrêter le traître et décide de revenir sur ses pas. Il arrive cependant trop tard et ne retrouve sur place aucun survivant. Pour venger les morts, il se lance à la poursuite des ennemis. Ce n’est qu’après les avoir taillés en pièces qu’il recueille les corps de ses paladins. Alors qu’il s’apprête à rentrer dans son royaume, l’amiral Baligant, venu de Babylonie sur la nouvelle de la défaite de Marsile, lui offre une seconde bataille : il est vaincu et tué. Les mosquées de Saragosse sont détruites et plus de cent mille habitants sont faits chrétiens. Charlemagne retourne dans ses États, dépose l’olifant de Roland dans l’église Saint-Séverin à Bordeaux, son corps à Blaye et, arrivé dans sa capitale, Aix-la-Chapelle, où la belle Aude [7]Aude, fille de Rénier, duc de Gennes, et sœur d’Olivier est aussi la fiancée de Roland. meurt de chagrin, il livre Ganelon au supplice.
