Charles Ier dit « le Grand » (Carolus Magnus) ou Charlemagne (…, 742, 747 ou 748 – Aix-la-Chapelle 814) : fils de Pépin le Bref et de Bertrade de Laon, il est roi des Francs à partir de 768, devient par conquête roi des Lombards en 774, avant d’être couronné empereur à Rome par le pape Léon III en décembre 800, relevant une dignité disparue en Occident depuis la déposition, trois siècles auparavant, de Romulus Augustule en 476.
« Le personnage de Charlemagne, roi des Francs, puis empereur d’Occident, resté dans les mémoires tant pour son action historique que pour sa personnalité singulière, ne pouvait manquer de retenir l’attention des écrivains romantiques. En effet, comment échapper à la fascination exercée par l’”empereur à la barbe fleurie”, père de la nation germanique, à l’origine du développement politique, économique et culturel du monde occidental des VIIIe et IXe siècles ? Ce personnage haut en couleurs, à la stature et à la force exceptionnelles, exubérant et violent, mais aussi cultivé, autoritaire mais magnanime, ardent défenseur du christianisme sans pour autant en appliquer les maximes dans sa vie privée, ne pouvait qu’entrer très tôt dans la légende et s’inscrire dans toutes les mémoires. Charlemagne prend rapidement plus de place dans l’imaginaire et dans la littérature, notamment à travers les chansons de Geste, que dans l’histoire elle-même. Dans La Chanson de Roland, la figure de Charlemagne domine tout le poème. Il y incarne la défense de la chrétienté contre un Islam menaçant, et y fait figure de souverain à la fois conscient de sa grandeur et proche de ses vassaux qu’il n’hésite pas à venger après leur mort. La légende s’empare du personnage dès le Moyen Âge, grâce aux œuvres qui s’attachent à reconstruire la biographie de l’empereur, à des fins d’édification. On pense notamment à la Vie de Charlemagne, rédigée par son secrétaire Éginhard, qui propose déjà une représentation mythifiée du personnage. Charlemagne y apparaît à la fois comme un grand guerrier et un défenseur de la paix ; il est également bon père de famille, législateur, justicier, et protecteur de la foi. Plus tard, la chronique du pseudo Turpin (rédigée aux XIe-XIIe siècles, mais longtemps tenue pour contemporaine du règne de Charlemagne), contribue à constituer l’empereur en défenseur de l’Église, en modèle du roi croisé. Ainsi reconstruite par la légende, la vie de Charlemagne prend très vite la forme de l’hagiographie ; l’empereur fut d’ailleurs canonisé le 29 décembre 1165 à l’instigation de Frédéric Barberousse [1]Par tolérance du pape Benoît XIV, Charlemagne est considéré comme un bienheureux catholique fêté localement le 28 janvier. En effet, en 1165, l’empereur Frédéric Ier Barberousse obtient la canonisation de Charlemagne par l’antipape Pascal III (*). De nombreux diocèses du nord de la France inscrivent alors celui-ci à leur calendrier et, en 1661, l’université de … Poursuivre, et devint objet de culte dans de nombreuses églises d’Allemagne et de France. Charlemagne se trouve alors porteur de multiples valeurs : le pouvoir impérial, la chrétienté triomphante, le développement du système féodal. » [2]Isabelle Durand-Le-Guern, Le Moyen Âge des Romantiques, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2001, p. 149.
Notes
| 1↑ | Par tolérance du pape Benoît XIV, Charlemagne est considéré comme un bienheureux catholique fêté localement le 28 janvier. En effet, en 1165, l’empereur Frédéric Ier Barberousse obtient la canonisation de Charlemagne par l’antipape Pascal III (*). De nombreux diocèses du nord de la France inscrivent alors celui-ci à leur calendrier et, en 1661, l’université de Paris le choisit pour saint patron. Aujourd’hui encore, ses reliques et sa châsse, le Karlsschrein, sont vénérées dans la cathédrale d’Aix-la-Chapelle. Pourtant, l’Église catholique a retiré de son calendrier « l’empereur qui convertit les Saxons par l’épée plutôt que par la prédication pacifique de l’Évangile ».
(*) M. Cecilia Gaposchkin, « Charlemagne », dans Phyllis G. Jestice (dir.), Holy people of the world: a cross-cultural encyclopedia, Santa Barbara, Denver et Oxford, 2004, vol. 1 : Entries A to G. |
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| 2↑ | Isabelle Durand-Le-Guern, Le Moyen Âge des Romantiques, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2001, p. 149. |
