Hruotland (Hruodland en francique) ou Roland, dit « Roland le Preux », préfet des Marches de Bretagne, en charge de l’arrière-garde de l’armée de Charles Ier, futur Charlemagne (dont il est aussi le neveu), lors du retour de l’expédition en Espagne. On sait peu de choses de la bataille elle-même, et la véracité des faits, de même que l’identité de Roland, restent incertaines. Une chose est sûre : la Chanson de Roland, poème composé trois siècles plus tard deviendra l’emblème d’une nation et de son imaginaire collectif.
Selon la Vita Karoli Magni écrite entre les années 829 et 836 par Éginhard, moine et chroniqueur, ils passent les Pyrénées, la troupe est attaquée par les Vascons [1]Vascons : peuple de la péninsule Ibérique dont le territoire s’étend au Ier siècle av. J.-C. entre le cours supérieur du fleuve Èbre et sur le versant péninsulaire des Pyrénées occidentales, région qui correspond grosso modo à la quasi-totalité de la Navarre actuelle au col de Roncevaux. :
Cum enim adsiduo ac pene continuo cum Saxonibus bello certaretur, dispositis per congrua confiniorum loca praesidiis, Hispaniam quam maximo poterat belli apparatu adgreditur ; saltuque Pyrinei superato, omnibus quae adierat oppidis atque castellis in deditionem acceptis, salvo et incolomi exercitu revertitur, praeter quod in ipso Pyrinei jugo Wasconicam perfidiam parumper in redeundo contigit experiri. Nam cum agmine longo, ut loci et angustiarum situs permittebat, porrectus iret exercitus, Wascones in summi montis vertice positis insidiis — est enim locus ex opacitate silvarum, quarum ibi maxima est copia, insidiis ponendis oportunus — extremam inpedimentorum partem et eos qui, novissimi agminis incedentes subsidio, praecedentes tuebantur desuper incursantes in subjectam vallem deiciunt consertoque cum eis proelio usque ad unum omnes interficiunt ac, direptis inpedimentis, noctis beneficio quae jam instabat protecti, summa cum celeritate in diversa disperguntur. Adjuvabat in hoc facto Wascones et levitas armorum et loci in quo res gerebatur situs ; econtra Francos et armorum gravitas et loci iniquitas per omnia Wasconibus reddidit inpares. In quo proelio Eggihardus regiae mensae praepositus, Anshelmus cornes palatii [ et Hruodlandus Brittannici limitis praefectus ] cum aliis conpluribus interficiuntur. Neque hoc factum ad praesens vindicari poterat, quia hostis, re perpetrata, ita dispersus est ut ne fama quidem remaneret ubinam gentium quaeri potuisset.
Tandis que l’on se battait assidûment et presque sans interruption contre les Saxons, Charles, ayant placé aux endroits convenables des garnisons le long des frontières, attaqua l’Espagne avec toutes les forces dont il disposait. Il franchit les Pyrénées, reçut la soumission de toutes les places et de tous les châteaux qu’il rencontra sur sa route et rentra sans que son armée eût subi aucune perte, à ceci près que, dans la traversée même des Pyrénées, il eut, au retour, l’occasion d’éprouver quelque peu la perfidie basque : comme son armée cheminait étirée en longues files, ainsi que l’exigeait l’étroitesse du passage, des Basques, placés en embuscade — car les bois épais qui abondent en cet endroit sont favorables aux embuscades — dévalèrent du haut des montagnes et jetèrent dans le ravin les convois de l’arrière ainsi que les troupes qui couvraient la marche du gros de l’armée ; puis, engageant la lutte, ils les massacrèrent jusqu’au dernier homme, firent main basse sur les bagages et finalement se dispersèrent avec une extrême rapidité à la faveur de la nuit qui tombait. Les Basques avaient pour eux, en cette circonstance, la légèreté de leur armement et la configuration du terrain, tandis que les Francs étaient desservis par la lourdeur de leurs armes et leur position en contrebas. Dans ce combat furent tués le sénéchal Eggihard, le comte du palais Anselme [et Roland, duc de la marche de Bretagne ], ainsi que plusieurs autres. Et ce revers ne put être vengé sur-le-champ parce que les ennemis, le coup fait, se dispersèrent si bien que nul ne put savoir en quel coin du monde il eût fallu les chercher. [2]Louis Halphen, Éginhard : Vie de Charlemagne, Paris, Honoré Champion, 1923, pp. 29-31. »
Notes
| 1↑ | Vascons : peuple de la péninsule Ibérique dont le territoire s’étend au Ier siècle av. J.-C. entre le cours supérieur du fleuve Èbre et sur le versant péninsulaire des Pyrénées occidentales, région qui correspond grosso modo à la quasi-totalité de la Navarre actuelle |
|---|---|
| 2↑ | Louis Halphen, Éginhard : Vie de Charlemagne, Paris, Honoré Champion, 1923, pp. 29-31. |
