
Lorenzo Lotto (Venise, v. 1480 – Lorette, 1556)
Venus and Cupid (Vénus et Cupidon), v. 1520.
Huile sur toile, 92,4 x 111,4 cm.
Provenance :
New York, The Metropolitan Museum of Art.
Deux personnages se détachent à l’avant d’une tenture rouge artistement nouée à un arbre. Un lierre grimpe le long de son tronc. La scène se passe dans un cadre extérieur, bien que ce dernier soit presque entièrement occulté. Comme on le devine d’emblée, le stratagème de cette composition à la fois étonnante et énigmatique a pour but de construire une allégorie plus sûrement qu’une simple scène de genre dans un paysage naturel. Ce constat doit inviter le spectateur à détailler l’ensemble des éléments rassemblés au premier plan afin de reconstituer ce qui apparaît d’abord comme un rébus, et tenter ainsi de résoudre l’énigme.
Étendue entièrement nue sur l’herbe, dont elle est cependant protégée par une précieuse soierie bleue, Vénus, appuyée sur un coude, maintient entre le pouce et l’index de sa main droite un ruban auquel sont suspendues une couronne de laurier de myrte et, plus bas, une cassolette d’encens brûlant, comme l’indique la fumerole qui en émane. Debout à ses pieds et portant ses attributs habituels (un arc et un carquois empli de flèches), Cupidon présente la mine rieuse d’un enfant sur le point de faire une bêtise. De fait, tout en guidant le jet, voici qu’il est en train d’uriner sur le ventre de sa mère, à travers la couronne de laurier que celle-ci maintient délicatement. Le geste étonnant du bambin en pareille posture, s’il provoque son rire, possède également une valeur significative empreinte de fortes connotations, ce qui n’a pas lieu de surprendre chez un rejeton divin que les Grecs prénommaient Éros : ce jet d’urine exprime symboliquement, et sur un mode ouvertement érotique, le principe de la fertilité.
Autour des deux protagonistes de cette scène décidément allégorique, sont dispersés divers objets qui constituent autant d’attributs symboliques du mariage (la guirlande de myrte), de la féminité (une rose, un coquillage, des pétales de fleurs), de l’amour éternel (le lierre). La coiffure de Vénus, le diadème qu’elle a placé dans ses cheveux, son voile et sa boucle d’oreille où l’on voit une perle (symbole de pureté) sont aussi constitutives de la tenue vestimentaire des jeunes et riches mariées vénitiennes au XVIe siècle. Tous ces détails indiquent que l’œuvre a probablement été peinte pour commémorer un mariage. Les traits singuliers de Vénus, loin d’être idéalisés – ses pommettes trop roses forment un contraste avec la carnation nacrée que dévoile son corps nu -, suggèrent qu’il s’agit peut-être d’un portrait de la mariée peint d’après le modèle. Le ton provocateur de l’image témoigne de la popularité croissante de l’érotisme dans l’art européen de l’époque, en partie due à la redécouverte de textes anciens. Lotto s’est probablement inspiré d’une poésie romaine antique sur le thème de Cupidon éveillant Vénus afin qu’elle puisse présider un mariage.

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