Fulvio Corsini, « Sangue del Redentore »

Fulvio Corsini (Sienne, 1874- 1938)

Sangue del Redentore (Le sang du Rédempteur), fin du XIXe s.

Marbre,

Provenance : fronton de l’oratoire de la Madonna delle Nevi.

Torrita di Siena, Chiesa delle Sante Flora e Lucilla.

Au cours du premier tiers du XVe s., Donatello et son atelier ont laissé une dalle sculptée en bas-relief représentant Le Sang du Rédempteur [1]Donatello, Il Sangue del Redentore (v. 1430). Torrita di Siena, église des Sante Flora e Lucilla.. C’est Wilhelm von Bode qui , en mars 1925, a signalé l’existence de l’œuvre dans le Burlington Magazine [2]Wilhelm von Bode, « A newly discovered bas-relief by Donatello », dans The Burlington Magazine (XLVI), 1925, pp. 106 et 108-114.. Le savant allemand était alors resté silencieux ou ignorait l’origine de la sculpture provenant du portail d’entrée de l’oratoire de la Madonna delle Nevi à Torrita. Celle-ci avait été transférée deux années auparavant, en 1923, dans les bureaux de l’hôpital Maestri sous prétexte d’une plus grande protection. Le marbre de Donatello avait ensuite été vendu illégalement à l’antiquaire florentin Giuseppe Vitali. C’est lui qui le porta à l’attention de Bode en 1924. Entretemps, à Torrita, le relief avait fait l’objet d’une copie à l’identique réalisée par Fulvio Corsini [3]Fulvio Corsini (Sienne, 1874 – 1938) : sculpteur, il est également connu en tant que restaurateur. « D’abord formé dans l’atelier de son père, il poursuit et perfectionne ses études des matériaux et techniques liés à la tradition artisanale dans les Académies des Beaux-Arts de Rome et de Florence, arrivant à une maîtrise exemplaire de l’art sculptural du bois, de la … Poursuivre, professeur de sculpture à l’Institut des Beaux-Arts de Sienne et habile, tout comme le faussaire Alceo Dossena [4]Alceo Dossena (Crémone, 1878 – Rome, 1937) : sculpteur, faussaire d’œuvres d’art, auteur de nombreuses œuvres en marbre ou en terre cuite vendues comme antiquités entre 1918 et 1928. Il ne vendit pas volontairement ses œuvres comme des réalisations de maîtres et ne fabriqua pas de copies, mais ses revendeurs abusèrent nombre de collectionneurs et de musées grâce à la … Poursuivre, son maître, à simuler les dommages causés par le temps sur l’original. Cette copie avait dès lors remplacé l’œuvre originale à l’intérieur de l’hôpital où elle avait été déplacée pour y être protégée. Après l’intervention de la police et du Ministère, le relief fut récupéré et la réplique placée dans le tympan du portail de la Madonna delle Nevi. Depuis 2004, l’original et la copie sont exposés côte à côte dans une vitrine de l’église des Sante Flora e Lucilla (une reproduction en terre cuite a été placée au-dessus de l’entrée de l’oratoire).

Notes

Notes
1 Donatello, Il Sangue del Redentore (v. 1430). Torrita di Siena, église des Sante Flora e Lucilla.
2 Wilhelm von Bode, « A newly discovered bas-relief by Donatello », dans The Burlington Magazine (XLVI), 1925, pp. 106 et 108-114.
3 Fulvio Corsini (Sienne, 1874 – 1938) : sculpteur, il est également connu en tant que restaurateur. « D’abord formé dans l’atelier de son père, il poursuit et perfectionne ses études des matériaux et techniques liés à la tradition artisanale dans les Académies des Beaux-Arts de Rome et de Florence, arrivant à une maîtrise exemplaire de l’art sculptural du bois, de la terre cuite, du bronze et du marbre.

Il réalise d’importantes commandes dont, en 1905, les nouvelles statues des saints Barthélemy et Marc, dans le cadre du projet ministériel d’intégration de la statuaire manquante sur la façade de la cathédrale de Sienne. Parmi ses différentes œuvres, deux statues en bronze représentant L’Armonia et La Melodia sont conservées au Palais Chigi Saracini, dans la Salle de Concert. Il occupe le poste de professeur à l’Académie des Beaux-Arts et à l’Institut d’Art de Sienne, agissant comme directeur adjoint de ce dernier à partir de 1927 ; il fait également partie des exposants des « Prix Sanremo » de sculpture en 1938. Ses médailles, exposées dans des expositions nationales et internationales, font partie de la collection de la Monnaie italienne.
4 Alceo Dossena (Crémone, 1878 – Rome, 1937) : sculpteur, faussaire d’œuvres d’art, auteur de nombreuses œuvres en marbre ou en terre cuite vendues comme antiquités entre 1918 et 1928. Il ne vendit pas volontairement ses œuvres comme des réalisations de maîtres et ne fabriqua pas de copies, mais ses revendeurs abusèrent nombre de collectionneurs et de musées grâce à la qualité de son travail et une conjoncture favorable du marché de l’art. Durant cette période suivant de peu la fin de la Première Guerre mondiale, de nombreuses grandes familles italiennes connaissaient des difficultés économiques et vendaient leur patrimoine artistique, justifiant ainsi l’apparition soudaine d’œuvres de maîtres jusque-là ignorées. Une Vierge à l’Enfant fut par exemple attribuée à Nicola Pisano, une Athena fut acquise par le Musée d’Art de Cleveland et une déesse grecque par le Metropolitan Museum of Art de New York. Une de ses sculptures fut même attribuée à Simone Martini. En 1928, le musée des Beaux-arts de Boston acheta un tombeau de Mino da Fiesole pour presque six millions de lires payées au revendeur Romano Palazzi.

En 1925, la riche collectionneuse Helen Clay Frick (1888-1984) fait mener une enquête sur deux de ses sculptures de Simone Martini qui sont en fait des fausses. L’historien de l’art du musée de Cleveland, Harold Woodbury Parsons, remonte le filon jusqu’à Alceo Dossena. Ce n’est pourtant qu’en 1928 que Dossena lance une bataille légale contre Fasoli et Pallesi[1], ayant réalisé ce qui se passait et s’étant vu refuser une aide financière par le revendeur alors qu’il ne touchait que quelque 200 $ par œuvre. Il gagna son procès et reçut une compensation de 66 000 $.

La révélation occasionnée par ce procès causa un choc dans le milieu des collectionneurs et vendeurs d’antiquités. Alceo Dossena tenta de faire valoir son talent personnel, mais une exposition organisée au Metropolitan Museum of Art de New York n’eut pas le succès escompté. L’État italien vendit aux enchères 39 de ses œuvres en 1933[1]. Il mourut à Rome en 1937 dans un hospice.

En 2022, le Musée d’Art moderne et contemporain de Trente et Rovereto lui a consacré une rétrospective, Le faux dans l’art. Alceo Dossena et la sculpture dans la Renaissance italienne[1].

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