‘Maestro delle storie d’Isacco’, « Benedizione di Isacco a Giacobbe »

‘Maestro delle storie d’Isacco’, fin du XIIIe s.

Benedizione di Isacco a Giacobbe (Isaac bénit Jacob), v. 1291-1295.

Fresque, 300 x 300 cm.

Provenance : In situ.

Assise, Basilique supérieure de San Francesco.

La scène [1]Celle-ci est située dans la troisième travée de la nef supérieure., attribuée soit au ‘Maestro delle storie d’Isacco’, soit à Giotto lui-même (?), et datée des environs de 1291-1295, illustre un passage de l’Ancien Testament concernant l’histoire d’Isaac [2]« « Isaac devenait vieux, et ses yeux s’étaient affaiblis au point qu’il ne voyait plus. Alors il appela Ésaü, son fils aîné, et lui dit : Mon fils ! Et il lui répondit : Me voici ! Isaac dit : Voici donc, je suis vieux, je ne connais pas le jour de ma mort. Maintenant donc, je te prie, prends tes armes, ton carquois et ton arc, va dans les champs, et chasse-moi du gibier. … Poursuivre. Elle se déroule dans un bâtiment sans façade, sorte de « boîte d’espace [3]Erwin PANOFSKY, Die Perspektive als symbolische Form [1927] (trad. de l’allemand par , La perspective comme forme symbolique, Paris, Éd. de Minuit, 1975, p. 121. » permettant d’apercevoir l’intérieur depuis l’extérieur. L’architecture, définie par une perspective intuitive ou empirique, et une attention méticuleuse aux détails (la lunette ajourée, les petites colonnes, les frises cosmatesques, le tympan, les petites fenêtres circulaires en oculus), demeure disproportionnée par rapport à la taille des personnages. L’épaisseur des parois latérales est visible dans leur traitement en raccourci. Les deux côtés parallèles au plan de l’image peuvent être obturés grâce à deux épais rideaux pendus sur des tringles. Malgré quelques incohérences, la volonté de représenter un espace convaincant et réaliste est manifeste, notamment dans la description de la pièce et de ses occupants, marquant clairement le point de départ des futures explorations tridimensionnelles de Giotto.

Nous sommes dans la chambre d’Isaac : le patriarche âgé, désormais aveugle, reçoit un bol de nourriture de son fils cadet Jacob en présence de Rebecca, son épouse [4]Gn 27., qui observe la scène à demi dissimulée derrière un rideau. Jacob, portant les vêtements d’Esaü et une peau de chèvre autour du cou pour simuler la pilosité de son frère. Isaac, en effet, se laisse tromper et lui donne sa bénédiction, et rejètera plus tard (dans la fresque suivante) le véritable Ésaü.

Le lit du patriarche, soutenu par des pieds en forme de balustre et cerné d’une sorte de parapet, crée un second espace (représenté par une sorte de projection axonométrique [5]La projection axonométrique diffère de la perspective a un point de fuite en ce qu’elle ne représente pas ce que l’œil voit réellement : en particulier, les lignes parallèles restent parallèles et les objets éloignés ne rapetissent pas. On peut la considérer comme une perspective conique dont le centre est situé à l’infini.), séparé de son environnement par de larges tentures de rideaux rouges ornés d’or, maintenus par deux fines tringles suspendues. Les personnages aux traits classiques, d’inspiration romaine, vêtus de tuniques et de toges aux drapés impeccables, sont figés dans des poses que souligne un clair-obscur saisissant. La lumière tombe uniformément de la gauche et laisse dans l’ombre les zones qu’elle ne pourrait atteindre dans la réalité. La figure d’Isaac se détache, particulièrement monumentale.

Notes

Notes
1 Celle-ci est située dans la troisième travée de la nef supérieure.
2 « « Isaac devenait vieux, et ses yeux s’étaient affaiblis au point qu’il ne voyait plus. Alors il appela Ésaü, son fils aîné, et lui dit : Mon fils ! Et il lui répondit : Me voici ! Isaac dit : Voici donc, je suis vieux, je ne connais pas le jour de ma mort. Maintenant donc, je te prie, prends tes armes, ton carquois et ton arc, va dans les champs, et chasse-moi du gibier. Fais-moi un mets comme j’aime, et apporte-le-moi à manger, afin que mon âme te bénisse avant que je meure. Rebecca écouta ce qu’Isaac disait à Ésaü, son fils. Et Ésaü s’en alla dans les champs, pour chasser du gibier et pour le rapporter. Puis Rebecca dit à Jacob, son fils : Voici, j’ai entendu ton père qui parlait ainsi à Ésaü, ton frère : Apporte-moi du gibier et fais-moi un mets que je mangerai ; et je te bénirai devant l’Éternel avant ma mort. Maintenant, mon fils, écoute ma voix à l’égard de ce que je te commande. Va me prendre au troupeau deux bons chevreaux ; j’en ferai pour ton père un mets comme il aime ; et tu le porteras à manger à ton père, afin qu’il te bénisse avant sa mort. Jacob répondit à sa mère : Voici, Ésaü, mon frère, est velu, et je n’ai point de poil. Peut-être mon père me touchera-t-il, et je passerai à ses yeux pour un menteur, et je ferai venir sur moi la malédiction, et non la bénédiction. Sa mère lui dit : Que cette malédiction, mon fils, retombe sur moi ! Écoute seulement ma voix, et va me les prendre. Jacob alla les prendre, et les apporta à sa mère, qui fit un mets comme son père aimait. Ensuite, Rebecca prit les vêtements d’Ésaü, son fils aîné, les plus beaux qui se trouvaient à la maison, et elle les fit mettre à Jacob, son fils cadet. Elle couvrit ses mains de la peau des chevreaux, et son cou qui était sans poil. Et elle plaça dans la main de Jacob, son fils, le mets et le pain qu’elle avait préparés. Il vint vers son père, et dit : Mon père ! Et Isaac dit : Me voici ! qui es-tu, mon fils ? Jacob répondit à son père : Je suis Ésaü, ton fils aîné ; j’ai fait ce que tu m’as dit. Lève-toi, je te prie, assieds-toi, et mange de mon gibier, afin que ton âme me bénisse. Isaac dit à son fils : Eh quoi ! tu en as déjà trouvé, mon fils ! Et Jacob répondit : C’est que l’Éternel, ton Dieu, l’a fait venir devant moi. Isaac dit à Jacob : Approche donc, et que je te touche, mon fils, pour savoir si tu es mon fils Ésaü, ou non. Jacob s’approcha d’Isaac, son père, qui le toucha, et dit : La voix est la voix de Jacob, mais les mains sont les mains d’Ésaü. Il ne le reconnut pas, parce que ses mains étaient velues, comme les mains d’Ésaü, son frère ; et il le bénit. Il dit : C’est toi qui es mon fils Ésaü? Et Jacob répondit : C’est moi. Isaac dit : Sers-moi, et que je mange du gibier de mon fils, afin que mon âme te bénisse. Jacob le servit, et il mangea; il lui apporta aussi du vin, et il but. Alors Isaac, son père, lui dit : Approche donc, et baise-moi, mon fils. Jacob s’approcha, et le baisa. Isaac sentit l’odeur de ses vêtements ; puis il le bénit, et dit : Voici, l’odeur de mon fils est comme l’odeur d’un champ que l’Éternel a béni. Que Dieu te donne de la rosée du ciel Et de la graisse de la terre, Du blé et du vin en abondance ! Que des peuples te soient soumis, Et que des nations se prosternent devant toi ! Sois le maître de tes frères, Et que les fils de ta mère se prosternent devant toi ! Maudit soit quiconque te maudira, Et béni soit quiconque te bénira. » (Gn 27, 1-29).
3 Erwin PANOFSKY, Die Perspektive als symbolische Form [1927] (trad. de l’allemand par , La perspective comme forme symbolique, Paris, Éd. de Minuit, 1975, p. 121.
4 Gn 27.
5 La projection axonométrique diffère de la perspective a un point de fuite en ce qu’elle ne représente pas ce que l’œil voit réellement : en particulier, les lignes parallèles restent parallèles et les objets éloignés ne rapetissent pas. On peut la considérer comme une perspective conique dont le centre est situé à l’infini.

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