Irénée de Lyon ou Irénée de Smyrne (Asie mineure [Smyrne ?], v. 122 – Lyon [?], v. 200) : théologien, évêque de Vienne et de Lyon en Gaule, vers 175. Originaire d’Asie Mineure, Irénée avait passé sa jeunesse à Smyrne où il fut en relations avec l’évêque de cette ville, Polycarpe [1]« Non seulement Polycarpe fut disciple des apôtres et vécut avec beaucoup de gens qui avaient vu le Seigneur, mais c’est encore par des apôtres qu’il fut établi, pour l’Asie, comme évêque de Smyrne. Nous-même l’avons vu dans notre prime jeunesse – car il vécut longtemps et c’est dans une vieillesse avancée que, après avoir rendu un glorieux et très éclatant … Poursuivre, lequel avait reçu l’enseignement de Jean « qui avait vu le Seigneur ». Devenu évêque, il fut mêlé à certaines controverses ecclésiastiques entre Églises orientales et Églises occidentales sous les papes Éleuthère et Victor (175-199). Son œuvre, dirigée en grande partie contre le gnosticisme, contient des formules qui ont trouvé beaucoup d’écho dans la pensée catholique du XXe siècle : on a parfois considéré Irénée comme le premier théologien de l’histoire, et même comme un précurseur de Teilhard de Chardin. En fait, il est avant tout un homme de tradition [2]Tradition (lat. : traditio, « acte de transmettre ») vient du verbe tradere, « faire passer à un autre, livrer, remettre ». Le terme est utilisé ici au sens qu’il prend « particulièrement, dans l’Église catholique, [de] transmission de siècle en siècle de la connaissance des choses qui concernent la religion et qui ne sont point dans … Poursuivre qui reproduit des enseignements transmis dans l’Église bien avant lui. Il est par là un précieux témoin, à la fois des systèmes gnostiques qu’il combat et des traditions chrétiennes archaïques qu’il utilise contre le gnosticisme. Désormais docteur de l’Église universelle par arrêté du pape François paru le 21 janvier 2022, il est un témoin majeur de la littérature chrétienne anti hérétique.
Dans l’Adversus haereses (Contre les hérésies), il pose ainsi quelques principes fondateurs qui ont abouti à définir ce que l’on appelle le Tétramorphe : « […] puisqu’il existe quatre régions du monde dans lequel nous sommes et quatre vents principaux, et puisque, d’autre part, […], il est naturel qu’elle ait quatre colonnes qui soufflent de toutes parts l’incorruptibilité et rendent la vie aux hommes. D’où il appert que le Verbe, Artisan de l’univers, qui siège sur les Chérubins et maintient toutes choses, lorsqu’il s’est manifesté aux hommes, nous a donné un Évangile à quadruple forme, encore que maintenu par un unique Esprit. C’est ainsi que David, implorant sa venue, disait : “Toi qui sièges sur les Chérubins, montre-toi.” Car les Chérubins ont une quadruple figure, et leurs figures sont les images de l’activité du Fils de Dieu. “Le premier de ces vivants, est-il dit, est semblable à un lion”, ce qui caractérise la puissance, la prééminence et la royauté du Fils de Dieu ; “le second est semblable à un jeune taureau”, ce qui manifeste sa fonction de sacrificateur et de prêtre ; “le troisième a un visage pareil à celui d’un homme”, ce qui évoque clairement sa venue humaine ; “le quatrième est semblable à un aigle qui vole”, ce qui indique le don de l’Esprit volant sur L’Église. Les Évangiles seront donc eux aussi en accord avec ces vivants sur lesquels siège le Christ Jésus. Ainsi l’Évangile selon Jean raconte sa génération prééminente, puissante et glorieuse, qu’il tient du Père, en disant : “Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu”, et : “Toutes choses ont été faites par son entremise et sans lui rien n’a été fait”. C’est pourquoi aussi cet Évangile est rempli de toute espèce de hardiesse : tel est en effet son aspect. L’Évangile selon Luc, étant de caractère sacerdotal, commence par le prêtre Zacharie offrant à Dieu le sacrifice de l’encens, car déjà était préparé le Veau gras qui serait immolé pour le recouvrement du fils cadet. Quant à Matthieu, il raconte sa génération humaine, en disant : “Livre de la génération de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham”, et encore : “La génération du Christ arriva ainsi”. Cet Évangile est donc bien à forme humaine, et c’est pourquoi, tout au long de celui-ci, le Seigneur demeure un homme d’humilité et de douceur. Marc enfin commence par l’Esprit prophétique survenant d’en haut sur les hommes, en disant : “Commencement de l’Évangile, selon qu’il est écrit dans le prophète Isaïe”. Il montre ainsi une image ailée de l’Évangile, et c’est pourquoi il annonce son message en raccourci et par touches rapides, car tel est le caractère prophétique. Les mêmes traits se retrouvent aussi dans le Verbe de Dieu lui-même : aux patriarches qui existèrent avant Moïse il parlait selon sa divinité et sa gloire ; aux hommes qui vécurent sous la Loi il assignait une fonction sacerdotale et ministérielle ; ensuite, pour nous, il se fit homme ; enfin, il envoya le don de l’Esprit céleste sur toute la terre, nous abritant ainsi sous ses propres ailes. En somme, telle se présente l’activité du Fils de Dieu, telle aussi la forme des vivants, et telle la forme de ces vivants, tel aussi le caractère de l’Évangile : quadruple forme des vivants, quadruple forme de l’Évangile, quadruple forme de l’activité du Seigneur. Et c’est pourquoi quatre alliances furent données à l’humanité. » [3]IRÉNÉE, Adversus haereses III, 11, 8-9.
Notes
| 1↑ | « Non seulement Polycarpe fut disciple des apôtres et vécut avec beaucoup de gens qui avaient vu le Seigneur, mais c’est encore par des apôtres qu’il fut établi, pour l’Asie, comme évêque de Smyrne. Nous-même l’avons vu dans notre prime jeunesse – car il vécut longtemps et c’est dans une vieillesse avancée que, après avoir rendu un glorieux et très éclatant témoignage, il sortit de cette vie –. Or il enseigne toujours la doctrine qu’il avait apprise des apôtres, doctrine qui est aussi celle que l’Église transmet et qui est la seule vraie. » IRÉNÉE DE LYON, Contre les hérésies (Adversus Hæreses), III, 3, 4. |
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| 2↑ | Tradition (lat. : traditio, « acte de transmettre ») vient du verbe tradere, « faire passer à un autre, livrer, remettre ». Le terme est utilisé ici au sens qu’il prend « particulièrement, dans l’Église catholique, [de] transmission de siècle en siècle de la connaissance des choses qui concernent la religion et qui ne sont point dans l’Écriture sainte ». (Emile LITTRÉ, Dictionnaire de la langue française). |
| 3↑ | IRÉNÉE, Adversus haereses III, 11, 8-9. |
