Théodore Apsevdis, « Panagia Arakiotissa »

Théodore Apsevdis [1]Théodore Apsevdis (Constantinople [?] – Chypre [?], ) : peintre grec du XIIe siècle, probablement originaire de Constantinople, et l’un des rares peintres byzantins dont le nom soit connu. Actif à l’époque de la Restauration des Comnènes (*), il est contemporain d’Alberto Sotio. L’œuvre de Théodore Apsevdis a influencé la Renaissance Paléologue. Parmi les artistes … Poursuivre, ou Paul [2]Le prénom Léon, mentionné dans l’inscription principale, est parfois considéré comme celui de l’auteur de la fresque mais peut tout aussi bien être celui du commanditaire. ?

Panagia Arakiotissa (La Vierge et l’Enfant entre les Archanges Michel et Raphaël, dite « La Vierge Arakiotissa »), 1192.

Fresque.

Inscriptions :

  • (sur deux colonnes, de part et d’autre du trône de la Vierge) : « + Arakiotissa pleine de grâce.
    Celui qui a donné forme à ton icône sans tache,
    Par des couleurs corruptibles,
    Mère de Dieu très sainte,
    Avec un zèle profond et une foi très vive,
    Le pauvre Léon, ton humble serviteur,
    Le fils d’Authentos, qui tient son nom de son père,
    Ainsi que son épouse et sa compagne de servitude Marie,
    Demande(nt) avec confiance, avec des larmes infinies,
    D’être favorable au terme du reste de leur vie,
    Avec leurs compagnons de servitude et enfants tes serviteurs,
    Et d’obtenir le lot des sauvés,
    Car seule tu as la faculté de vouloir accueillir,
    Vierge des suppliants, toi qui es à même convaincue de leur fournir le salut désiré ! » [3]Voir Andréas NICOLAÏDÈS, « L’église de la Panagia Arakiotissa à Lagoudéra, Chypre : Etude iconographique des fresques de 1192 », Dumbarton Oaks Papers, Vol. 50 (1996), pp. 1-137. En ligne : http://www.jstor.org/stable/1291739
  • (de part et d’autre de l’auréole de la Vierge) : « Μ(ΗΤΗ)Ρ Θ(ΕΟ)Υ » [4] Μήτηρ (τοῦ) Θεοῦ (Métèr [toû]THéoû)) « Mère de Dieu », symbolisée sur les icônes par le monogramme ΜΡ ΘΥ (soit la première et dernière lettre de chacun des deux mots. Il s’agit de l’un des titres attribués à Marie (mère de Jésus ou Théotokos [du gr. : Θεοτόκος, « qui a enfanté … Poursuivre
  • (à gauche de l’auréole du Christ) : « I(ΗΣΟΥ)C Χ(ΡCΤO)C » [5]Iησοῦς Χριστός (Iesus Christos) : « Jésus-Christ ». Voir : І︮С︯ Х︮С︯.

Provenance : In situ.

Lagoudera (Chypre), Église de la Panagia tou Arakou [6]Le nom, peu conventionnel, de cette église est dérivé du mot arakiotissa (qui signifie « du pois sauvage »), un légume qui pousse en abondance dans la région..

Conservée dans l’église de Panagia Arakiotissa, à Lagoudéra (Chypre), cette fresque

Fondée au cours du dernier quart du XIIe siècle, l’église de la Panagia Arakiotissa, à Lagoudera, reçoit un nouveau décor peint plus d’un an et demi après la conquête de Chypre par Richard Cœur de Lion. Ces fresques, datées par inscription et commandées par un archonte local (un certain Léon), sont achevées en décembre 1192. Elles constituent l’un des décors monumentaux byzantins les plus aboutis de la fin du XIIe siècle [7]Sur cette église et ses peintures murales, voir Andréas NICOLAÏDÈS « L’église de la Panagia Arakiotissa à Lagoudéra, Chypre : études iconographiques des fresques de 1192 », Dumbarton Oaks Papers, 1996, vol. 50, pp. 1-137 ; David WINFIELD et June WINFIELD, The Church of the Panaghia tou Arakos at Lagoudhera, Cyprus: The Paintings and their Painterly Significance. … Poursuivre. L’accomplissement du cycle mural de la Panagia Arakiotissa témoigne du fait que la conquête latine de l’île ne produisit pas de véritable rupture et semble n’avoir eu aucune conséquence directe sur la production artistique locale [8]Pour cette interprétation, voir Geoffrey MEYER-FERNANDEZ, Commanditaires et peintres à Chypre sous les Lusignan (1192-1474) : images d’un royaume multiculturel. Athènes, École française d’Athènes, 2019.. L’église est intégrée à un monastère dès le début du XIVe siècle au moins. Dans les années 1330, le peintre Leontios le diacre complète son décor monumental.

Sur l’icône murale de la Theotokos Arakiotissa, peinte dans l’arcade aveugle sud-est du naos, fut apposée l’inscription dédicatoire proprement dite. C’est une supplique métrique, composée en treize vers dodécasyllabiques dont l’avant dernière syllabe accentuée. L’inscription est divisée en deux colonnes, enserrant le trône de la Vie.

Il est à noter, en premier lieu, que l’épithète assignée à la Vierge, titulaire du monument (on le retrouve également sur l’icône portative qui lui est dédiée) est d’origine phytonymique – tout comme le nom Lagoudera et celui de la Vierge Phorviotissa d’Asinou. Ainsi, Arakiotissa est un adjectif féminin provenant du mot arakas, qui signifie pois (famille de papilionacée).

C’est un phénomène courant tant à Chypre qu’à l’extérieur. En fait la configuration des lieux inspire la toponymie et, en l’occurrence, devient éponyme d’une église ou d’une icône. En second lieu, les exemples d’icônes murales représentant le saint titulaire d’une église sont aussi anciens que les portraits votifs (VIIe siècle) de Saint-Demetrios de Thessalonique et, à l’époque mesobyzantine, de celui de Sainte-Barbe de Soğanli (1006 ou 1021) où la sainte patronne occupe le pilier nord de la clôture du choeur. Au XIIe siècle, les icônes des titulaires de l’église se multiplient et parfois même elles remplacent celle du Christ (Saint-Pantéléimon de Nérézi). On trouve des icônes des saints titulaires à Saint-Nicolas-du-Toit, Saint-Nicolas-Kasnitzès, aux Anargyres de Kastoria et à Saint-Georges de Kurbinovo pour ne citer que les plus remarquables.

Ici, la Vierge Arakiotissa, bien qu’il s’agisse de la seconde image de la Vierge dans le naos, est explicitement désignée comme l’icône dédicatoire. L’icône révèle, par l’inscription qui s’y insère, l’identité et le but de la requête du donateur. Celle-ci, étant donné qu’elle flanque le Christ Antiphonètès, à droite, fait également partie de la Deèsis.

Les termes dramatiques de l’imploration du donateur Léon Authentou (évoqué plus haut) qui prie afin d’être reçu parmi les élus après sa mort, répondent, en un sens, au type iconographique de la Vierge Arakiotissa. En fait, nous sommes en présence d’un nouveau type iconographique et de l’exemple le plus ancien d’une Vierge aux symboles de la Passion. Elle est ainsi définie par l’existence de deux anges/archanges au dessus de ses épaules; en effet, ils l’accompagnent brandissant les instruments de la Passion. L’ange de droite tient la croix et l’ange de gauche la lance. Cette iconographie résulte du développement des traits d’humanisation de la peinture à l’époque. En tous cas, l’icône murale de la Vierge Arakiotissa enrichit l’interprétation aussi bien des images en vis à vis (la Présentation de Jésus et Jean Baptiste), que de la Dormition au-dessus : iconographies auxquelles elle s’associe.

En dernier lieu, deux éléments de détails doivent être notés : d’une part, la tunique courte du Christ enfant Anapéson et cette sorte de ceinture blanche clavée qui se croise sur son buste enserrant la taille ; d’autre part, le thokos de la Vierge. Les premières apparaissent à la fin du XIle siècle et on les retrouve à Monreale avant de devenir un trait typique des icônes du XIlle siècle reproduisant la Kykkotissa ou des panneaux représentant des madonnes du Duecento. Le thokos, quant à lui, rappelle également celui de la Kykkotissa du Sinaï du XIlle siècle. Dans les deux cas, D. Mouriki penche pour une origine chypriote,s avis que nous partageons.

Notes

Notes
1 Théodore Apsevdis (Constantinople [?] – Chypre [?], ) : peintre grec du XIIe siècle, probablement originaire de Constantinople, et l’un des rares peintres byzantins dont le nom soit connu. Actif à l’époque de la Restauration des Comnènes (*), il est contemporain d’Alberto Sotio. L’œuvre de Théodore Apsevdis a influencé la Renaissance Paléologue. Parmi les artistes italiens qui peignirent dans ce style, on peut citer Coppo di Marcovaldo et Guido da Siena. Théodore Apsevdis et ses contemporains ont également préparé le terrain pour les Renaissances italienne et crétoise. Certaines de ses œuvres les plus remarquables se trouvent à Chypre.

(*) Après un net recul de ses frontières en Asie Mineure et la perte de ses possessions en Italie dans la deuxième moitié du XIe siècle, l’Empire byzantin entreprit, sous la dynastie de Comnènes, une période de redressement continu bien qu’incomplet. Cinq empereurs (Alexis Ier, Jean II, Manuel Ier, Alexis II et Andronic Ier) tentèrent pendant 104 ans et par divers moyens de tenir tête aux noblesses terrienne et militaire, soit en favorisant des membres de leur propre famille (Alexis Ier), soit en faisant appel à des conseillers de l’extérieur (Jean II), soit en privilégiant l’une d’elles (Manuel Ier), soit en persécutant l’une et l’autre (Andronic Ier).

2 Le prénom Léon, mentionné dans l’inscription principale, est parfois considéré comme celui de l’auteur de la fresque mais peut tout aussi bien être celui du commanditaire.
3 Voir Andréas NICOLAÏDÈS, « L’église de la Panagia Arakiotissa à Lagoudéra, Chypre : Etude iconographique des fresques de 1192 », Dumbarton Oaks Papers, Vol. 50 (1996), pp. 1-137. En ligne : http://www.jstor.org/stable/1291739
4  Μήτηρ (τοῦ) Θεοῦ (Métèr [toû]THéoû)) « Mère de Dieu », symbolisée sur les icônes par le monogramme ΜΡ ΘΥ (soit la première et dernière lettre de chacun des deux mots. Il s’agit de l’un des titres attribués à Marie (mère de Jésus ou Théotokos [du gr. : Θεοτόκος, « qui a enfanté Dieu »]). Il apparaît sous la plume d’Alexandre d’Alexandrie en 325, année du premier concile de Nicée — qui sera suivi par celui, définitif, du concile d’Éphèse (431).
5 Iησοῦς Χριστός (Iesus Christos) : « Jésus-Christ ». Voir : І︮С︯ Х︮С︯.
6 Le nom, peu conventionnel, de cette église est dérivé du mot arakiotissa (qui signifie « du pois sauvage »), un légume qui pousse en abondance dans la région.
7 Sur cette église et ses peintures murales, voir Andréas NICOLAÏDÈS « L’église de la Panagia Arakiotissa à Lagoudéra, Chypre : études iconographiques des fresques de 1192 », Dumbarton Oaks Papers, 1996, vol. 50, pp. 1-137 ; David WINFIELD et June WINFIELD, The Church of the Panaghia tou Arakos at Lagoudhera, Cyprus: The Paintings and their Painterly Significance. Washington D.C : Dumbarton Oaks Research Library, 2003.
8 Pour cette interprétation, voir Geoffrey MEYER-FERNANDEZ, Commanditaires et peintres à Chypre sous les Lusignan (1192-1474) : images d’un royaume multiculturel. Athènes, École française d’Athènes, 2019.

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