Premier concile de Nicée

Le Concile de Nicée, de 325, seul Concile oecuménique reconnu sans contestation par tous les chrétiens, s’est réuni en l’an 325 sur un ordre impératif adressé aux évêques par l’empereur Constantin. « Durant trois mois, […] des centaines d’évêques des quatre coins de l’Empire se réunirent à Nicée, sur le littoral septentrional de ce qui est aujourd’hui la Turquie.

La tâche du concile était immense : établir la bonne doctrine chrétienne, fixer la date de Pâques, définir des juridictions épiscopales et élaborer des protocoles pour faire face aux schismes et dissidences qui menaçaient çà et là. Mais la question la plus pressante concernait les enseignements d’Arius, éminent prêtre d’Alexandrie entré en conflit avec son évêque, Alexandre d’Alexandrie [1]Alexandre d’Alexandrie ou saint Alexandre (v. 250 – 326 ou 328) : patriarche d’Alexandrie de 313 à sa mort. Il est connu pour son combat contre la doctrine d’Arius, l’un des prêtres de son diocèse, et pour avoir été le mentor de son successeur, Athanase d’Alexandrie..

Contrairement à certaines idées reçues, Arius et Alexandre affirmaient tous deux que Jésus était le fils de Dieu et qu’il était divin. Tous deux s’accordaient à dire – conformément au début de l’Évangile selon Jean – que Jésus était présent à la création de l’Univers. Leur désaccord n’avait pas trait au caractère divin de Jésus mais à la modalité de ce caractère divin et à sa relation à Dieu le Père [2]« Arius prône la transcendance et l’unique divinité de Dieu […]. Pour lui, Dieu seul est sans commencement, inengendré et éternel. Dans le langage de la théologie négative, Arius insiste sur le monothéisme et ses tentatives sans cesse renouvelées. Dieu ne peut être compris que comme créateur. Il nie la coéternité du Logos avec Dieu, car cela reviendrait à dépouiller … Poursuivre.

Arius soutenait qu’il […] fut un bref instant primordial où le Fils n’existait pas encore. Cette position impliquait que Jésus était subordonné au Père ou du moins que la divinité du Fils était contingente par rapport à celle du Père. Alexandre, en revanche, affirmait que Jésus avait de toute éternité coexisté avec Dieu le Père et qu’il lui était pleinement égal.

Finalement, le concile se prononça contre Arius et produisit une déclaration théologique formelle : le Credo de Nicée. Le vote fut massivement favorable au Credo. Seuls une vingtaine d’évêques s’abstinrent, et seuls trois d’entre eux (Arius et ses deux alliés les plus proches) refusèrent de le signer. Les derniers dissidents furent par la suite contraints d’y adhérer sous la pression de l’empereur Constantin. Bien que ce dernier ne le votât pas lui-même, il intervint dans sa rédaction et insista sur l’inclusion du terme homoousios (« d’une même substance ») dans le texte final [3]Arius et ses partisans soutenaient l’homoiousios, mot signifiant « de substance similaire », tandis que le camp d’Alexandre exigeait l’homoousios, mot signifiant « de la même substance » selon le Livre de la Prière Commune (***). Il est frappant de constater que la controverse reposa dans son intégralité sur l’inclusion ou non d’une seule lettre … Poursuivre.

Candida MOSS, « How the Council of Nicaea changed Christianity forever », National Geographic (mai 2025).

Notes

Notes
1 Alexandre d’Alexandrie ou saint Alexandre (v. 250 – 326 ou 328) : patriarche d’Alexandrie de 313 à sa mort. Il est connu pour son combat contre la doctrine d’Arius, l’un des prêtres de son diocèse, et pour avoir été le mentor de son successeur, Athanase d’Alexandrie.
2 « Arius prône la transcendance et l’unique divinité de Dieu […]. Pour lui, Dieu seul est sans commencement, inengendré et éternel. Dans le langage de la théologie négative, Arius insiste sur le monothéisme et ses tentatives sans cesse renouvelées. Dieu ne peut être compris que comme créateur. Il nie la coéternité du Logos avec Dieu, car cela reviendrait à dépouiller Dieu de son unicité absolue. Dieu seul est, et par conséquent, il n’a pas toujours été Père. […] S’appuyant sur Proverbes 8, 22-25 (*), Arius soutient que le Fils a été créé. Pour lui, le Logos appartient entièrement au divin, mais il lui est nettement subordonné. » Guido M. BERNDT et Roland STEINACHER (éds.), Arianism: Roman Heresy and Barbarian Creed, Routledge, 2014, p.

(*) « L’Eternel me possédait (possedit me) au commencement de son activité, avant ses œuvres les plus anciennes. J’ai été établie depuis l’éternité, dès le début, avant même que la terre existe. J’ai été mise au monde quand il n’y avait pas de mer, pas de source chargée d’eau. Avant que les montagnes ne soient formées, avant que les collines n’existent, j’ai été mise au monde. » (Pr 8, 22-25).

3 Arius et ses partisans soutenaient l’homoiousios, mot signifiant « de substance similaire », tandis que le camp d’Alexandre exigeait l’homoousios, mot signifiant « de la même substance » selon le Livre de la Prière Commune (***). Il est frappant de constater que la controverse reposa dans son intégralité sur l’inclusion ou non d’une seule lettre grecque : la lettre iota. Cela donna notamment naissance à l’expression « ne pas changer d’un iota ».

(*) Homoiousios : « Ce terme provient du grec homoi, « semblable », et ousia, « être », signifiant « d’être semblable ». Il est associé à la conception arienne de la relation entre le Père et le Fils (ou Verbe). Arius concevait le Père et le Fils comme étant d’une essence semblable, mais non identique. Bien que le Père et le Fils fussent considérés comme semblables à certains égards, ils étaient également considérés comme différents à d’autres égards. Arius considérait le Fils ou Verbe comme un être créé, à l’instar d’un bateau créé par un charpentier naval. Pour Arius, on ne pouvait dire que le Père et le Fils soient de même substance. Le concile de Nicée, en 325, déclara qu’une telle conception de la relation entre le Père et le Fils était insuffisante pour expliquer le salut divin du monde par le Fils. Il insista sur le fait que le Père et le Fils ne sont pas seulement semblables, mais sont d’une seule substance, d’un seul être, homoousios. » (Don S. ARMENTROUT et Robert BOAK SLOCUM (éds.), An Episcopal Dictionary of the Church, A User Friendly Reference for Episcopalians. Mise en ligne : https://www.episcopalchurch.org/glossary/
(**) Homoousios : « Ce terme vient du grec homo (« même » ou « identique ») et ousia (« être » ou « essence »). Il est traduit dans la version française du Credo de Nicée par « être d’une seule substance » (LPC, p. 327, Rite 1) ou « d’un seul Être » (LPC, p. 358, Rite 2). Après de longs débats au concile de Nicée en 325, homoousios est devenu la manière orthodoxe et approuvée d’exprimer la relation entre la première et la deuxième personne de la Trinité. Cette conception contredisait celle d’Arius, qui concevait le Verbe comme une créature de Dieu, semblable mais différent à certains égards de la première personne de la Divinité (homoousios). Cependant, le dogme orthodoxe insistait sur le fait que le Père et le Fils étaient de même substance ou d’un même être (homoousios), et que le Fils avait été « engendré, non créé » (LPC, pp. 327, 358). »
(***) Conçu par Thomas Cranmer, archevêque de Canterbury, pour imposer « une identité liturgique commune » dans le royaume anglais, le Livre de la Prière Commune ou LPC (en anglais, Book of Common Prayer ou BCP) « s’est vu reconnaître au fil du temps une postérité unique au sein des instruments liturgiques de la chrétienté, sans rapport avec les intentions initiales de son créateur qui l’avait conçu en vue d’une utilisation locale ». Natacha-Ingrid TINTEROFF, « Du Livre de la Prière Commune à Common Worship. La tradition de la prière commune dans l’Église d’Angleterre, 1549-2014 », dans Revue d’histoire et de philosophie religieuses, 94e année, n. 4 (Octobre-Décembre 2014). pp. 407-408. Mise en ligne : www.persee.fr/doc/rhpr_0035-2403_2014_num_94_4_1932

En savoir plus sur Guide artistique de la Province de Sienne

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture