
‘Maître de Cabestany’ (seconde moitié du XIIe s.)
Scene della Natività di Cristo (Scènes de la Nativité du Christ), 1250-1300.
Pilier ou fût de colonne, albâtre calcaire (marbre) sculpté, hauteur : 70 cm ; diamètre à la base : 17 cm env. ; diamètre au sommet : 26 cm env.
Provenance : église de San Giovanni in Sugana, Cerbaia Val di Pesà (San Casciano in Val di Pesa).
San Casciano in Val di Pesa, Museo Giuliano Ghelli (anciennement Museo d’Arte sacra).
« C’est un curieux objet, de structure inusitée : un fût de marbre grossièrement tronconique, plus épais au sommet qu’à la base et entièrement sculpté de sujets en haut-relief répartis sur deux registres. Les scènes sont aisément identifiables : en bas, l’Annonciation voisine avec l’Annonce aux bergers, ou plus exactement à un unique berger ; au-dessus, on reconnaît la Nativité tandis que le Bain de l’Enfant par les deux sages-femmes surmonte l’archange et la Vierge de l’Annonciation. Le sens de la lecture s’impose donc, en bas, de gauche à droite, puis, au registre supérieur, de droite à gauche, en sorte que le spectateur est invité à tourner autour de cette composition tourbillonnante. Tout s’ordonne en effet selon une spirale qui tour à tour comprime et dilate les figures, étroitement dépendantes de cette génératrice primordiale : partant du berger, tassé et comme rabougri dans son sommeil, les personnages du registre inférieur, l’ange, la Vierge, puisl’archange Gabriel sont de taille croissante.
A la limite des deux registres, la Vierge gisante de la Nativité matérialise un segment de l’oblique ascendante. Auprès de l’Enfant, le bœuf et l’âne, pliés selon l’inéluctable torsion de la composition et projetés de force sur cette dure convexité, resserrent mufles, pattes, oreilles, échines, avec une touchante efficacité. Cette composition « en vis » semble instituer une hiérarchie entre les scènes : l’Annonciation et la Nativité sont traitées à plus grande échelle que l’Annonce au berger et le Bain de l’Enfant, épisodes mineurs. Toutefois, le mouvement hélicoïdal aboutit à un équilibre plus serein avec la superposition des scènes symétriques de l’Annonciation et du Bain de l’Enfant, où notre sensibilité, nourrie de classicisme, nous entraînerait à reconnaître une face « principale ». Promesse de l’Annonciation et préfigure du Bain de l’Enfant, formeraient- elles la base attendue de la cuve pour les eaux de la régénération ? On notera cependant que la composition chaotique et en lignes brisées des autres flancs du fût est bien plus caractéristique de l’esthétique du ‘maître de Cabestany’. D’autre part, rien n’indique que ce fût ait été originellement sculpté pour porter un bénitier et la destination de cet objet paraît à vrai dire problématique [1]« On doit exclure absolument l’hypothèse d’un support d’arcature extérieure du type de ceux que l’atelier de Guidetto multiplia à la façade de Saint Martin de Lucques au début du XIIIe siècle : les dimensions sont trop faibles pour ce rôle et, surtout, aucune trace d’usure par les intempéries ne peut être relevée. Notre fût a certainement été dès … Poursuivre. […] L’examen du lit supérieur, dressé sur ses bords, mais retouché, creusé d’un trou mal formé et rebouché au ciment, ne renseigne en rien sur l’élément qui dut être posé ou scellé à l’origine sur ce beau support sculpté. De bénitier de ce type, on n’en connaît guère [2]« S’il existe au XIIe siècle de nombreux bénitiers dont la cuve est décorée sur tout le pourtour, les piles qui les supportent sont généralement conçues pour être vues sous un angle privilégié. » (Note de l’auteur).. Et ce fût aminci vers la base serait assez inattendu comme élément portant d’une cuve baptismale, à moins d’imaginer la présence de trois autres colonnettes analogues dont le rapprochement rendrait illisibles les histoires sculptées autour. On penserait peut-être avec plus de vraisemblance à un support sculpté de table d’autel, bien que les exemples en soient rares ; les dimensions cependant sont proches de celles de la statue-colonne de l’autel majeur à San Giorgio de Brancoli, en Toscane [3]« La statue-colonne, qui avait été remployée à l’époque moderne comme support d’un autel secondaire (cf. Mario SALMI, L’architettura romanica in Toscana, Milan, Casa Editrice d’Arte Bestetti e Tumminelli, 1930, pl. CCLXIII), a récemment retrouvé son emplacement d’origine : cf. Clara BARACCHINI, « Problemi di scultura medievale nel contado lucchese : la pieve … Poursuivre. Mais le décor intégral du pilier de Sugana n’est guère adapté non plus à ce type de support qui implique une vision frontale exclusive [4]« Georges GAILLARD, « Les statues-colonnes d’Antealtares à Saint-Jacques-de-Compostelle », Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France (1957), p. 171-179, a démontré de façon convaincante que les trois statues-colonnes subsistantes et la quatrième, perdue, décorées chacune de trois figures d’apôtres en haut relief, n’avaient pas été conçues à … Poursuivre.
« Une autre possibilité demeure : la prétendue “acquasantiera” [bénitier] de San Giovanni in Sugana peut n’être qu’un fragment d’un monument plus important, d’une colonne dont ce serait là un tambour. Si la terminaison inférieure est bien indiquée par un bandeau mouluré, le sommet ne paraît pas aussi nettement arrêté : le relief de la Nativité s’amortit sur une saillie légère, mais qui se perd au-dessus du Bain de l’Enfant ; le corps du bœuf est incomplet : son échine, sectionnée dans le sens horizontal, paraîtrait devoir être complétée sur un autre élément de marbre sculpté. Un assemblage de petits tambours travaillés de cette sorte évoque une pièce particulière du mobilier liturgique : le candélabre du cierge pascal. Le programme iconographique ne fait pas obstacle à cette hypothèse et, surtout, la structure de ces candélabres, composés de tronçons d’inégale importance, expliquerait mieux la forme particulière du marbre de San Giovanni in Sugana. Mais aucune preuve absolue ne peut être avancée. » [5]Léon PRESSOUYRE, « Une nouvelle œuvre du ‘maître de Cabestany’ en Toscane : le pilier sculpté de San Giovanni in Sugana », Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France (1969, 1971), pp. 30-55. En ligne : www.persee.fr/doc/bsnaf_0081-1181_1971_num_1969_1_2155
Notes
| 1↑ | « On doit exclure absolument l’hypothèse d’un support d’arcature extérieure du type de ceux que l’atelier de Guidetto multiplia à la façade de Saint Martin de Lucques au début du XIIIe siècle : les dimensions sont trop faibles pour ce rôle et, surtout, aucune trace d’usure par les intempéries ne peut être relevée. Notre fût a certainement été dès l’origine abrité à l’intérieur d’un édifice. Son décor intégral permet d’écarter la possibilité d’un support d’arcature aveugle, comme on en voit, par exemple, à Santa Maria de Siones (*). La structure, les dimensions, le soin apporté à l’exécution font pencher pour une pièce du mobilier liturgique. » (Note de l’auteur).
(*) Église de la fin du XIIe siècle et du début du XIIIe située à Casadilla (Burgos, Espagne). |
|---|---|
| 2↑ | « S’il existe au XIIe siècle de nombreux bénitiers dont la cuve est décorée sur tout le pourtour, les piles qui les supportent sont généralement conçues pour être vues sous un angle privilégié. » (Note de l’auteur). |
| 3↑ | « La statue-colonne, qui avait été remployée à l’époque moderne comme support d’un autel secondaire (cf. Mario SALMI, L’architettura romanica in Toscana, Milan, Casa Editrice d’Arte Bestetti e Tumminelli, 1930, pl. CCLXIII), a récemment retrouvé son emplacement d’origine : cf. Clara BARACCHINI, « Problemi di scultura medievale nel contado lucchese : la pieve di San Giorgio a Brancoli », dans Momenti del Marmo. Scritti per i duecento anni dell’Accademia di Carrara, Pise, 1969, pp. 11-26. » (Note de l’auteur). |
| 4↑ | « Georges GAILLARD, « Les statues-colonnes d’Antealtares à Saint-Jacques-de-Compostelle », Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France (1957), p. 171-179, a démontré de façon convaincante que les trois statues-colonnes subsistantes et la quatrième, perdue, décorées chacune de trois figures d’apôtres en haut relief, n’avaient pas été conçues à l’origine comme des supports de table d’autel. » (Note de l’auteur). |
| 5↑ | Léon PRESSOUYRE, « Une nouvelle œuvre du ‘maître de Cabestany’ en Toscane : le pilier sculpté de San Giovanni in Sugana », Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France (1969, 1971), pp. 30-55. En ligne : www.persee.fr/doc/bsnaf_0081-1181_1971_num_1969_1_2155 |






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