‘Maestro di Cabestany’ ou ‘Maître de Cabestany’ (seconde moitié du XIIe s.) : personnalité artistique [1]Il importe de préciser que la figure de l’artiste, telle que nous la connaissons aujourd’hui n’apparaît qu’au cours du XVIe siècle. Au Moyen Âge, le mot « artiste » n’existe pas car il n’y a pas de distinction entre celui qui taille la pierre et celui qui la sculpte, entre celui qui broie les couleurs et celui qui peint à l’aide de ces mêmes couleurs : le terme désignant … Poursuivre constituée par les historiens de l’art à partir du milieu du XXe siècle [2]Le pseudonyme de ‘Maître de Cabestany’ a été attribué en 1944 par l’historien de l’art catalan, Josep Gudiol (Vic, Osona, 1904 – Barcelone, 1985), qui avait observé que le tympan de l’église romane de Notre-Dame de Cabestany (*) ainsi qu’une série d’œuvres disséminées entre la Navarre espagnole et le Roussillon français semblaient sculptées par la même main ; Gudiol … Poursuivre au moyen d’un rapprochement de plusieurs œuvres sculptées jugées remarquables par leur style et leur facture, au premier rang desquelles le tympan de Cabestany. Ses œuvres sont pour la plupart situées dans les actuels départements de l’Aude et des Pyrénées-Orientales ainsi que dans le nord de la Catalogne ; mais on a aussi reconnu sa main en Toscane et en Navarre.

Le tympan sculpté qui a donné son nom à notre artiste, provenant de l’église Notre-Dame de Cabestany (qui appartenait aux Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem), est tout ce qui subsiste d’un portail disparu lors d’importantes restaurations aux XIXe et XXe siècles. Mesurant un peu moins de 3 mètres de long sur près de 2 mètres de haut, ce tympan est taillé dans un bloc de marbre de remploi originaire de Toulouse, ce qui explique sa forme semi-circulaire. Il représente le cycle de l’Assomption de la Vierge Marie. On est frappé par la façon dont le sculpteur s’efforce de combler le moindre espace vide (horror vacui), créant une densité de figures qui rappelle étroitement celle de la sculpture de l’Antiquité tardive ; il serait toutefois impossible de confondre cette œuvre avec une création de cette époque, tant l’auteur rejette catégoriquement tout naturalisme, accentuant de manière presque grotesque l’expressionnisme des visages et des gestes — des traits qui évoquent les enluminures pyrénéennes contemporaines. L’ensemble se distingue par une plasticité saisissante, l’artiste tirant parti des irrégularités naturelles de la pierre pour renforcer l’effet dramatique. Détail curieux : saint Thomas apôtre est représenté à la droite du Christ, montrant la ceinture de la Vierge ; il s’agirait de la première apparition de ce motif. Ce dernier ne deviendra courant qu’à partir du XIIIe siècle et est caractéristique de la ville de Prato, où l’activité du Maître est d’ailleurs attestée.
œuvre visible dans le pays siennois
- Abbaye de Sant’Antimo : chapiteau de la nef de l’église abbatiale représentant Daniel dans la fosse aux lions
Œuvres visibles en Toscane
- Deux chapiteaux zoomorphes attribués au maître. Prato, Museo dell’Opera del duomo Cathédrale Santo Stefano.
- Colonne sculptée provenant de San Giovanni in Sugana. San Casciano in Val di Pesa, Museo d’arte sacra.
Notes
| 1↑ | Il importe de préciser que la figure de l’artiste, telle que nous la connaissons aujourd’hui n’apparaît qu’au cours du XVIe siècle. Au Moyen Âge, le mot « artiste » n’existe pas car il n’y a pas de distinction entre celui qui taille la pierre et celui qui la sculpte, entre celui qui broie les couleurs et celui qui peint à l’aide de ces mêmes couleurs : le terme désignant toutes ces différentes personnes (qui, dans certains cas, ne font qu’une) est artifex, artisan, maître d’œuvre, expert en son art, le mot « art » renvoyant ici aux modalités du faire, aux techniques du métier. Cette conception n’implique pas la discrimination qui naîtra au Cinquecento ; c’est alors qu’avec l’idolâtrie de l’Antiquité, on sépare l’artiste, objet d’un véritable culte, de l’ouvrier, voué au mépris (dans l’Antiquité, le travail manuel était l’apanage de l’esclave). À l’inverse, surtout à l’époque féodale, le travail manuel est profondément lié au sacré : la devise de saint Benoît, « ora, lege et labora » (prie, lis et travaille), étant propre à presque tous les ordres religieux, le travail manuel constitue un moyen d’ascèse et de sanctification. On s’insurge même, à la fin du XIIIe siècle, contre le fait que l’architecte, qui ne travaille pas de ses propres mains, soit mieux rémunéré que le maçon. Il en résulte que l’artisan médiéval demeure le plus souvent anonyme, en ce sens que l’individu ne se détache pas de la catégorie à laquelle il appartient. Certes, il existe des exceptions où l’artisan a laissé sa signature, ou bien dans lesquelles on peut reconnaître la même main dans des œuvres différentes. C’est le cas, par exemple, d’un sculpteur roman de la seconde moitié du XIIe siècle, conventionnellement appelé par les spécialistes le « Maître de Cabestany », dont la figure demeure entourée de mystère. Son existence même reste encore à démontrer car le corpus des œuvres qui lui sont attribuées ne possède même pas de chronologie certaine, bien qu’il existe une riche bibliographie sur le sujet. |
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| 2↑ | Le pseudonyme de ‘Maître de Cabestany’ a été attribué en 1944 par l’historien de l’art catalan, Josep Gudiol (Vic, Osona, 1904 – Barcelone, 1985), qui avait observé que le tympan de l’église romane de Notre-Dame de Cabestany (*) ainsi qu’une série d’œuvres disséminées entre la Navarre espagnole et le Roussillon français semblaient sculptées par la même main ; Gudiol pensait avoir affaire à un artiste « régional » œuvrant principalement dans la zone du Languedoc médiéval, à cheval sur la France et l’Espagne. Toutefois, à la fin des années 1950, un autre chercheur catalan, Edouard Junyent, découvrit deux chapiteaux à l’abbaye de Sant’Antimo, près de Montalcino, qui semblaient s’accorder parfaitement avec les autres exemples. Ce ne fut pas la seule surprise : une dizaine d’années plus tard, le chercheur français Louis Pressure retrouva dans l’église de San Giovanni in Sugarra, au sud de Florence, une colonne historiée entière présentant les mêmes caractéristiques ; à celle-ci s’ajoutèrent trois autres chapiteaux découverts dans le cloître des chanoines de Prato : de quoi susciter un débat passionné parmi les spécialistes, lequel se poursuit encore de nos jours.
(*) Cabestany : commune de la périphérie de Perpignan. |

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