
Giovanni di Paolo (Sienne, entre 1398 et 1403 – 1482)
Santi Padri eremiti del deserto (Saints Pères ermites du désert), 1440.
Fresque.
Inscriptions :
- (au dessus des cinq figures, respectivement) :
- « S(ANCTUS). IOS. MAGVS » [1]« Sanctus Iosephus Magus » : Saint Joseph de Panephysis (?).
- « S(ANCTUS). P(ATE)R. / YSAC » [2]« Sanctus Pater Ysac » : Le saint père Isaac le Thébain.
- « S(ANCTUS). ONO/FRIVS » [3]« Sanctus Onophrius » : Saint Onuphre l’Anachorète.
- « S(ANCTUS). PAPH(NUTIUS) / HEREMITA » [4]« Sanctus Paphnutius Heremita » : Saint Paphnuce ermite.
- « S(ANCTUS). P(ATE)R. PACO/MIVS » [5]« Sanctus Pater Pachomius » Le saint père Pacôme le Grand.
Provenance : In situ
Abbazia di Monte Oliveto Maggiore, salle du « De profundis ».
La composition présente un caractère particulièrement original puisqu’elle se développe en frise sur deux parois perpendiculaires de la salle du « De profundis ». Cinq figures d’ermites y sont alignées horizontalement sur un fond architecturé défini par une série de colonnes blanches aux fûts lisses, ornées d’un chapiteau et d’une base de couleur lie-de-vin, et supportant un entablement de même couleur. Cette architecture feinte se prolonge sur le retour de la paroi de gauche où il est probable que la série des figures se soit prolongée à l’origine. [6]Il n’est pas exclu que cette série se soit également développée sur la droite afin de former un ensemble cohérent et particulièrement signifiant.
Chaque entrecolonnement est occupé par la figure chevelue et barbue d’un anachorète [7]« Rappelons que l’anachorète est celui qui pratique l’anachôrèsis, l’arrachement au monde, que les Pères de l’Église appellent xeniteia, expatriation. La spiritualité de l’exil offre une perspective inversée du rapport à la ville : tandis que l’exilé politique subit le déracinement de sa città ou terra natìa, l’anachorète recherche au contraire ce … Poursuivre ou d’un ermite du désert [8]Pierre Damien « distingue les anachorètes, itinérants et solitaires, des ermites, vivant en cellule et en petites communautés. Le point commun à tous est la pratique de l’ascèse, de sorte qu’on peut les regrouper sous le terme de pénitents ou d’eremi cultores, amants du désert. De ces pénitents, les images les plus connues sont les Thébaïdes, fresques qui ont commencé à se … Poursuivre [9]Damien, De suae congregationis institutis…, 338 : Caput III De duplici eremitarum genere. Quapropter et ex ipsa nascentis hujus institutionis origine, et posterorum deinde succedente processu manifeste colligitur, quod eremitarum ordo bipartitus est : quorum videlicet alii cellulas incolunt, alii passim per eremi deserta gradientes, certas aedes habere contemnunt. Sed qui per eremum … Poursuivre. Toutes ces figures – à l’exception de l’une d’elles [10]L’un des ermites, il s’agit d’Onuphre, est figuré nu en signe de son renoncement entier aux biens matériels. – sont vêtues de longues bures d’une couleur tendant vers le blanc, comme s’il s’agissait d’évoquer celle de l’habit des moines bénédictins amenés à circuler quotidiennement dans ce lieu pour se rendre à l’église depuis le cloître, pour mieux souligner ainsi le lien qui unit les Pères du désert de l’Antiquité [11]Les Moines du Désert étaient des ermites et des ascètes paléochrétiens appelés Abbas (Pères), qui vivaient principalement dans le désert de Scetes, dans la province romaine d’Égypte, à partir du troisième siècle environ après J.-C. L’Apophthegmata Patrum (« Paroles des Pères ») est un ensemble de préceptes, d’anecdotes et de paroles, attribués aux premiers … Poursuivre aux moines des temps modernes amenés à les côtoyer quotidiennement dans la pénombre mystérieuse du De Profundis. [12]De Profundis : nom de la salle du monastère où ces fresques sont peintes.
Les saints Pères Joseph de Panephysis, Isaac le Thébain, Onuphre, Paphnuce l’ascète, et Pacôme le Grand sont tous dotés d’un long bâton en tau [13]Tau est le nom grec de la lettre T. qui leur sert parfois de béquille, soulignant ainsi leur grand âge et leur caractère vénérable.
Notes
| 1↑ | « Sanctus Iosephus Magus » : Saint Joseph de Panephysis (?). |
|---|---|
| 2↑ | « Sanctus Pater Ysac » : Le saint père Isaac le Thébain. |
| 3↑ | « Sanctus Onophrius » : Saint Onuphre l’Anachorète. |
| 4↑ | « Sanctus Paphnutius Heremita » : Saint Paphnuce ermite. |
| 5↑ | « Sanctus Pater Pachomius » Le saint père Pacôme le Grand. |
| 6↑ | Il n’est pas exclu que cette série se soit également développée sur la droite afin de former un ensemble cohérent et particulièrement signifiant. |
| 7↑ | « Rappelons que l’anachorète est celui qui pratique l’anachôrèsis, l’arrachement au monde, que les Pères de l’Église appellent xeniteia, expatriation. La spiritualité de l’exil offre une perspective inversée du rapport à la ville : tandis que l’exilé politique subit le déracinement de sa città ou terra natìa, l’anachorète recherche au contraire ce détachement. » Giulia PUMA, « Le désert des anachorètes dans la forêt des ermites. Trois Adorations de Filippo Lippi (1450-1465), Arzanà, Bd. 16/17 (2013), pp. 157-178. |
| 8↑ | Pierre Damien « distingue les anachorètes, itinérants et solitaires, des ermites, vivant en cellule et en petites communautés. Le point commun à tous est la pratique de l’ascèse, de sorte qu’on peut les regrouper sous le terme de pénitents ou d’eremi cultores, amants du désert. De ces pénitents, les images les plus connues sont les Thébaïdes, fresques qui ont commencé à se répandre à partir du Trecento et qui les montrent vêtus de leurs robes amples en toile brute dans les déserts rocheux où ils se rendent visite les uns les autres (Paul et Antoine sont les plus célèbres). » Giulia PUMA, « Le désert des anachorètes dans la forêt des ermites. Trois Adorations de Filippo Lippi (1450-1465), Arzanà, Bd. 16/17 (2013), pp. 157-178. |
| 9↑ | Damien, De suae congregationis institutis…, 338 : Caput III De duplici eremitarum genere. Quapropter et ex ipsa nascentis hujus institutionis origine, et posterorum deinde succedente processu manifeste colligitur, quod eremitarum ordo bipartitus est : quorum videlicet alii cellulas incolunt, alii passim per eremi deserta gradientes, certas aedes habere contemnunt. Sed qui per eremum spatiando discurrunt, anachoretae ; qui vero cellulis contenti sunt, usitato vocabulo eremitae dicuntur : quibus nimirum nomen commune factum est speciale. Quanquam hujus temporis fratres superbum ducant hoc sibimet arrogare vocabulum, sed humilitatis causa poenitentes se potius gaudeant appellari. (« 3. Deux espèces d’ermites. C’est pourquoi, dès l’origine de cette institution et tout au long de son histoire, on s’aperçoit que l’ordre des ermites comporte deux branches : les uns vivent en cellule, les autres, errant ici et là dans les déserts, n’ont point de demeure fixe. Ceux qui vivent en se déplaçant dans le désert sont appelés communément anachorètes ; ceux qui choisissent la cellule se nomment ermites : le nom commun à tous les solitaires leur est devenu propre. Cependant, aujourd’hui, les frères considèrent comme de l’orgueil de porter un tel nom et, par amour de l’humilité, préfèrent être appelés « pénitents ») », Louis-Albert LASSUS, Pierre Damien, l’homme des déserts de Dieu, Paris, ŒIL, 1986, pp. 65-66. À propos de poenitentes, « nous savons que les frères aimaient se donner ce nom. Il sera repris par François d’Assise. » Louis-Albert LASSUS, ibid., p. 65, note 11. |
| 10↑ | L’un des ermites, il s’agit d’Onuphre, est figuré nu en signe de son renoncement entier aux biens matériels. |
| 11↑ | Les Moines du Désert étaient des ermites et des ascètes paléochrétiens appelés Abbas (Pères), qui vivaient principalement dans le désert de Scetes, dans la province romaine d’Égypte, à partir du troisième siècle environ après J.-C. L’Apophthegmata Patrum (« Paroles des Pères ») est un ensemble de préceptes, d’anecdotes et de paroles, attribués aux premiers moines et nonnes du désert. Le premier Père du désert fut Paul de Thèbes, et le plus connu, Antoine le Grand, qui a déménagé dans le désert en 270-271 après J.-C. et est connu à la fois comme le père et le fondateur du monachisme du désert. En 356 après J.-C., au moment où Antoine mourut, des milliers de moines et de nonnes avaient été attirés par la vie dans le désert en suivant son exemple, amenant son biographe, Athanase d’Alexandrie, à écrire que « le désert était devenu une ville » (John CHRYSSAVGIS, In the Heart of the Desert : The Spirituality of the Desert Fathers and Mothers, Bloomington, Indiana : World Wisdom, 2008.). Les Pères du désert ont eu une influence majeure sur le développement du christianisme. |
| 12↑ | De Profundis : nom de la salle du monastère où ces fresques sont peintes. |
| 13↑ | Tau est le nom grec de la lettre T. |







