Bartolo di Fredi, “Battesimo di Cristo”

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Bartolo di Fredi, (Sienne, documenté à partir de 1353 – mort en 1410)

Battesimo di Cristo (Baptême du Christ) 

Tempéra sur bois, élément du Polittico della Deposizione dalla Croce (Polyptyque de la Déposition de la Croix), 95 x 69,5 cm.

Inscriptions :

Provenance : Église de San Francesco, Montalcino.

Montalcino, Museo Civico e Diocesano d’Arte Sacra.

Le Baptême du Christ montre Jean (le Baptiste) versant à l’aide d’un vase précieux l’eau de l’onction sur la tête du Christ. Celui-ci est immergé jusqu’au bassin dans les eaux du Jourdain, comme il se doit. Sur la rive gauche, le détail ravissant des deux anges attendant, pleins de concentration, la fin de la cérémonie pour essuyer et revêtir le corps mouillé du Fils de Dieu, ravive une fois encore le charme ineffable de la poésie propre à la peinture de Bartolo. Comme toujours au XIV siècle et parfois encore au XVe, ce type de représentation crée cependant une difficulté technique à laquelle  le peintre doit se confronter : comment, en effet, montrer le corps immergé du Christ dans les eaux du fleuve alors que celles-ci risquent de cacher la figure même du Christ. Et, surtout, comment voir à la fois le Christ et le Baptiste alors qu’ils sont situés l’un au milieu de l’eau et l’autre sur la rive, à deux niveaux différents et selon deux points de vue qui sont tous deux incompatibles avec la planéité, affirmée notamment par les fonds dorés, dont la peinture du Trecento commence à tenter de s’extraire. La solution, d’une lumineuse simplicité, consiste une fois encore à représenter ces différents points de vue assemblés dans une même image [1], sans se soucier de vraisemblance ou, pour mieux dire, de réalisme, l’important étant que le spectateur soit en mesure de tout voir, selon une exactitude qui renvoie au principe constitutif de la scène telle que la décrivent les Evangiles et non pas en fonction d’une réalité qui, ici, serait triviale. On notera cependant que cette parfaite visibilité du corps du Christ crée un nouveau paradoxe, celui de la nudité du corps sexué du Christ que les interdits religieux de l’époque empêchent de montrer.

[1] On sait de quelle manière la peinture cubiste (Picasso, Braque, Gris, …) s’est emparée de ce principe au début du XXe siècle.