Bartolo di Fredi, « Polittico della Deposizione dalla Croce »

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Bartolo di Fredi, (Sienne, documenté à partir de 1353 – mort en 1410)

Polittico della Deposizione dalla Croce (Polyptyque de la Déposition de la Croix), signé et daté de 1382.

Le musée de Montalcino conserve les cinq panneaux principaux du retable :

  • Deposizione di Cristo morto ;
    • dans les trois médaillons au dessus : Il Redentore fra Elia e Mose (Le Rédempteur entre Elie et Moïse)
  • Battesimo di Cristo (Baptême du Christ) 
  • San Giovannino condotto dall’Arcangelo Uriel nel deserto (Saint Jean enfant conduit dans le désert par l’Archange Uriel) 
  • La levitazione del Beato Filippino Ciardelli (La lévitation du Bienheureux Filippino Ciardelli)
  • Il Beato Filippino Ciardelli risana i malati (Le Bienheureux Filippino Ciardelli guérit les malades)

Tempéra sur bois (éléments d’un polyptique), 264 x 88,5 cm. ; 95 x 69,5 cm. ; 81 x 69,5 cm. ; 96 x 69,5 ; 80 x 69 cm.

Inscriptions :

  • Panneau central (sur le cadre) : «  [BARTO]LUS MAGISTRI : DE SE[NIS] [AN[NO : DOMINI : M : CCC : LXCCIII »
  • Panneau en haut à droite (sur le cadre) : « CHOME . [SAN]C[T]O FILIPP[INO] […] » 
  • Panneau en bas à droite (sur le cadre) : « CHOME . S[AN]C[T]O. FILIPPINO . ERA . PIV . VOLTE ILDI . LEVATO . INARIA. DAGLIANGELI »

Provenance : Église de San Francesco, Montalcino.

Montalcino, Museo Civico e Diocesano d’Arte Sacra.

La présentation actuelle du polyptyque est une reconstitution incomplète, réunissant des panneaux répartis auparavant entre les deux musées [1] qu’a comporté la ville de Montalcino au cours des trois premiers quarts du XXe siècle. Sans parler du décor de bois sculpté et doré que constituait l’encadrement gothique de l’oeuvre, il manque, en particulier, la prédelle dont le panneau central pourrait être le petit Christ au tombeau accroché à proximité, à gauche du polyptyque. L’actuel montage organise les quatre panneaux latéraux dans un ordre qui semble ne pas faire l’unanimité (l’historien de l’art Gaudenz Freuler, spécialiste de Bartolo, a proposé une autre organisation). L’ensemble provient de l’ancien couvent de San Francesco, l’une des deux grandes institutions religieuses situées aux antipodes de la ville dans laquelle ils ont exercé une grande influence au cours des siècles.

Le retable a été commandé par Cristofano Costanti pour l’autel dédié au bienheureux Filippo dans l’église San Francesco du couvent éponyme de Montalcino. Après le démembrement du polyptique, les deux panneaux latéraux représentant la Baptême et le Voyage de Jean-Baptiste et de l’Archange Uriel ont été découpés [1] afin de servir de portes à une armoire-reliquaire et conservent les stigmates d’une telle mutilation.

Le panneau central 

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Les quatre panneaux latéraux 

Selon une habitude propre aux pratiques en usage, les quatre panneaux latéraux ont été sans doute confiés à des membres de l’atelier. Cependant, un même sens de la narration, qui paraît inné tant il semble naturel, se retrouve dans les deux épisodes de la vie du bienheureux Filippino Ciardelli (Lévitation et Guérison des malades).

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3                                                4

  1. Baptême du Christ
  2. Saint Jean enfant conduit dans le désert par l’Archange Uriel
  3. La lévitation du Bienheureux Filippino Ciardelli
  4. Le Bienheureux Filippino Ciardelli guérit les malades

[1] Della Valle 1785.

[1] Jusqu’en 1977, date de leur réunion en une seule entité, deux musées distincts existaient à Montalcino : d’une part le Musée civique (Museo Civico), installé depuis les années 1880 dans quelques pièces de l’ancien Spedale (Hôpital) di Santa Maria della Croce, à proximité des locaux de la mairie qui, elle, s’y trouve encore de nos jours ; d’autre part, le Musée diocésain d’Art sacré (Museo Diocesiano dArte Sacra), situé depuis novembre 1930 dans le réfectoire du Séminaire épiscopal (Seminario Vescovile) de l’ancien couvent de Sant’Agostino.

[2] Le terme peut donner lieu à un malentendu s’il est pris dans le sens actuel (et péjoratif) du vocable « maniéré », qui marque le caractère affecté et quelque peu insipide de la chose qu’il qualifie. Le terme de « maniera » italien rend compte, de façon bien plus valorisante, de la manière au sens du style et a fini par qualifier une époque de la peinture, florentine en particulier mais pas seulement, où le style imprimé à l’œuvre – avec une insistance qui peut, dans sa forme ultime, devenir parfois un systématisme gratuit et vide de sens – est l’une de ses qualités les plus remarquables, jouant généralement de quelques caractéristiques formelles très spécifiques telles que l’allongement des corps, la torsion et la tension de ces mêmes corps dans l’espace, et un coloris acidulé (Pontormo, Rosso, Bronzino, Parmigianino) que même Michel-Ange a exploité dans son œuvre paradigmatique au plafond de la chapelle Sixtine.

[3] Voir : Sanhédrin

[4] Ilcinese, ou montalcinese, est le nom des habitants de la ville de Montalcino.

[5] La cellulite dont il est question ici (à ne pas confondre, ici, avec les capitons gras qui apparaissent sous la peau) est une infection bactérienne à l’origine d’une inflammation sévère des tissus conjonctifs de la couche dermique (la peau) due à une rupture de l’intégrité de cette dernière (coupure, piqûre, morsure, craquelure, etc.).

[6] Voir « iconographie des principaux saints ».

[7] Della Valle 1785.