Stefano di Giovanni dit ‘Il Sassetta’, « Ultima Cena »

Stefano di Giovanni dit ‘Il Sassetta’ (Sienne ou Cortone, 1392 [?], documenté à Sienne à partir de 1426 – 1450 ou 1451)

Ultima Cena (La Cène), 1423-1426.

Compartiment central de la prédelle du Polyptyque de l’Arte della Lana [1]Le Polittico dell’Arte della Lana a été démembré, et ses compartiments dispersés, en 1777, après la suppression des guildes. ; tempéra sur bois, 24 x 38 cm.

Inscriptions : /

Provenance : chapelle de l’Arte della Lana (détruite), Sienne.

Sienne, Pinacothèque Nationale.

Les douze apôtres sont réunis autour du Christ pour la Cène au soir qui précède son arrestation au Jardin des oliviers. L’un d’eux, au premier plan, ne porte pas d’auréole. C’est normal : d’ici quelques heures, il aura trahi le Christ [2]Il s’agit, bien entendu, de Judas Iscariote..

Pourtant, ce dîner (c’est le sens littéral du mot cena) semble présenter plusieurs indices qui orientent le spectateur vers le sujet exact de la scène représentée : l’intérieur où se situe la réunion évoque davantage l’architecture d’une nef ecclésiale flanquée de l’un de ses collatéraux que la salle du logis mis à la disposition du Christ pour l’occasion [3]« Le premier jour des pains sans levain, les disciples s’adressèrent à Jésus, pour lui dire : Où veux-tu que nous te préparions le repas de la Pâque ? Il répondit : Allez à la ville chez un tel, et vous lui direz : Le maître dit : Mon temps est proche ; je ferai chez toi la Pâque avec mes disciples. Les disciples firent ce que Jésus leur avait ordonné, et ils préparèrent la … Poursuivre ; la vaisselle et la nourriture que l’on devrait voir sur la table ont disparu. Seul le Christ dispose d’un gobelet devant lui, comme si les autres convives devaient se contenter de le regarder boire et manger. A y voir de plus près, ce gobelet a toutes les allures d’un calice, et les nourritures blanches qui l’accompagnent ressemblent elles-mêmes beaucoup à des hosties. Là est le coup de génie de Sassetta : il donne à voir non pas le dernier repas avant la Passion dans son quotidienneté un peu triviale, mais bien, sous la forme que lui donne le Christ dans le long discours qu’il prononce à l’attention de ses disciples à la fin de ce repas, et avant de se séparer d’eux pour se rendre au Jardin des oliviers, la représentation de l’institution de l’Eucharistie. En d’autres termes, l’instant représenté est celui où le Christ demande à ses apôtres réunis autour de la table qui préfigure l’autel, de célébrer perpétuellement le mystère de l’Eucharistie en le reproduisant à chaque rituel observé durant les offices sacrés. Pour éviter tout malentendu, il serait plus approprié d’utiliser la formule : l’Institution de l’Eucharistie pour intituler ce petit panneau de prédelle.

Le second coup de génie de Sassetta consiste à enfermer la scène dans un espace ouvert au regard du spectateur mais apte à la délimiter strictement, comme pour insister sur le caractère du Mystère qu’elle incarne sous nos yeux.

Le troisième coup de génie, qu’il faut imaginer puisqu’il ne peut être vu ici, a été de placer cette scène au centre de la prédelle afin de marquer son importance particulière au sein du grand polyptyque entièrement dédié au mystère de l’Eucharistie. À cet emplacement sur l’axe de symétrie du retable, sa composition reproduit en plus petit l’ordonnance générale du polyptyque. Dans cet espace fortement géométrique, aux réminiscences médiévales, les figures, dorénavant dotées d’une volumétrie inhabituelle, sont disposée selon une subtile symétrie qui n’entrave plus leurs mouvements, et dans lequel sont parfaitement visibles les nouveautés révolutionnaires reprises des grands inventeurs des premières années du XVe siècle, en particulier le rendu des architectures en perspective et le naturalisme des figures récemment réinventés par Brunelleschi et Masaccio. La scène « condense avec érudition le récit des synoptiques (Matthieu 26, 26-30 ; Marc 14, 17-26 ; Luc 22, 19-21) et celui de l’Évangile selon Jean (13, 12-30). Construite autour de la figure de Jésus, qui occupe le centre de la composition, elle saisit la moment le plus dramatique, souligné par le geste solennel du Christ et le trouble des apôtres : la révélation de la trahison de Judas […]. [4]Mario SCALINI et Anna Maria GUIDUCCI (dir.), Peinture de Sienne, Ars narrandi dans l’Europe gothique. Catalogue d’exposition, Cinisella Balsamo, Silvana Editoriale, 2014, p. 130. », celui-là même que nous avons vu d’emblée privé d’auréole.

Notes

Notes
1 Le Polittico dell’Arte della Lana a été démembré, et ses compartiments dispersés, en 1777, après la suppression des guildes.
2 Il s’agit, bien entendu, de Judas Iscariote.
3 « Le premier jour des pains sans levain, les disciples s’adressèrent à Jésus, pour lui dire : Où veux-tu que nous te préparions le repas de la Pâque ? Il répondit : Allez à la ville chez un tel, et vous lui direz : Le maître dit : Mon temps est proche ; je ferai chez toi la Pâque avec mes disciples. Les disciples firent ce que Jésus leur avait ordonné, et ils préparèrent la Pâque. Le soir étant venu, il se mit à table avec les douze. » Mt 26, 17-20.
4 Mario SCALINI et Anna Maria GUIDUCCI (dir.), Peinture de Sienne, Ars narrandi dans l’Europe gothique. Catalogue d’exposition, Cinisella Balsamo, Silvana Editoriale, 2014, p. 130.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Guide artistique de la Province de Sienne

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture