Horti Leonini

Jardins Leonini

San Quirico d’Orcia.

Ouverture : tous les jours, de 08:00 à 19:30. Depuis l’entrée sud des Horti Leonini, on accède au giardino delle rose, réalisé dans les années 1990 par les architectes Montuori et Di Noto.

fullsizeoutput_2c49.jpeg

En 1581, le « Jardin de San Quirico » [1]Selon la dénomination utilisée dans les documents d’époque. avec son casino [2]Au XVIIe siècle, essentiellement en Vénétie, en Lombardie ou en Toscane, le casino (« petite maison ») était un lieu retiré et tranquille, loin du centre-ville, propice à la retraite et au repos, et réservé aux notables. attenant, qui appartenait jusque là à Francesco I de’ Medici, fut offert à Diomede Leoni, dont il prit alors le nom. Celui-ci commença à y faire travailler entre 1567 et 1568, époque à laquelle il avait quitté Rome pour revenir à San Quirico. Une certaine ressemblance, qu’il est possible d’observer d’un point de vue strictement conceptuel, entre la Piazza del Campidoglio, à Rome, et les Horti Leonini (ressemblance essentiellement liée aux murs d’enceinte qui, depuis l’entrée, s’ouvrent en s’élargissant vers le fond), a pu conduire à émettre l’hypothèse que la conception du chef-d’œuvre de l’art des jardins que constituent les Horti Leonini, ou du moins leur première esquisse, pourrait être attribuée à Michel-Ange lui-même [3]L’étroite amitié qui liait Leoni et Michel-Ange peut, en effet, inciter à se demander dans quelle mesure l’artiste a pu participer au projet. À cette époque, les relations entre les deux hommes étaient assidues, Diomede Leoni procurant alors à l’artiste une aide à la rédaction de lettres ou d’autres types de documents, de même qu’à l’entretien de ses relations avec le … Poursuivre.

Après la mort sans héritiers de Diomede Leoni, survenue en 1589 ou 1590, le parc fut réintégré dans le patrimoine grand-ducal, avant de faire une nouvelle fois l’objet d’une donation pour revenir à Mario Amerighi. Le 25 avril 1591 [4]Danilo Barsanti, Le Commende dell’Ordine di Santo Stefano attraverso la cartografia antica, Pise, ETS Editrice, 1991, p. 85, n. 183 (copie de l’acte de Zenobi Paccalli, notaire à Florence et chancelier de l’Ordre 1591., celui-ci établit une commanderie de l’Ordre de Santo Stefano, au sein de laquelle furent insérés le jardin ainsi que divers autres biens, fermes et bâtiments. Le revenu de 700 ducats provenant de ces biens, dans la législation de l’époque, auraient dû garantir à perpétuité le maintien et l’aspect monumental des Horti Leonini tels qu’ils ont survécu. Les Horti Leonini sont restés au sein de la famille Amerighi pendant 270 ans, pendant lesquels ses membres, tous chevaliers de l’ordre, qui se sont succédé dans la commende [5]Le régime de la commende (du latin in commendam, provisoire) s’applique depuis les premiers siècles de l’Église aux abbayes et évêchés vacants à la tête desquels le pape nommait à titre provisoire un évêque ou un abbé privé de son siège par des envahisseurs barbares. Avec le temps, la commende est devenue le mode d’administration temporaire d’un bénéfice … Poursuivre, ont veillé à sa conservation et à son enrichissement, permettant son usage public. Avec l’avènement de l’État italien, en 1859, l’Ordre de Saint-Étienne fut aboli et le jardin de San Quirico fut également confisqué, tombant ainsi dans le domaine public, sans opposition d’une famille dont les intérêts prédominants se trouvaient dorénavant dans la ville de Florence.

L’empreinte de ce lieu extraordinaire est exceptionnellement forte sur l’urbanisme de la ville. Elle l’est également dans la mémoire de ceux qui, naguère – l’époque, alors, n’était pas à l’accueil touristique, et nombre de trésors artistiques demeuraient jalousement protégés des regards -, on pu le percevoir comme une mystérieuse « île interdite » [6]« […] era « un’isola proibita », tabù per tutti perché « il Giardino » era chiuso, sempre, per tutti ! Solo per la festa di Settembre […] (« [C’]était une « île interdite », taboue pour tous parce que le « jardin » était fermé, toujours, pour tous ! Sauf à la fête de Septembre […] » Carlo SANI, C’era una volta San Quirico, … Poursuivre enfoncée comme un coin entre la cité et les anciennes murailles destinées à la protéger.

Le jardin est divisé en deux parties distinctes, l’inférieure et la supérieure. Dans la partie basse, dont la structure est caractéristique des jardins à l’italienne, le dessin du parterre formé par les haies de buis taillées et les chênes verts s’intègre admirablement dans l’espace disponible, dont le format est étroit et allongé. Ce dessin évoque une gigantesque croix de Malte dont la présence n’est pas fortuite. En son centre de symétrie, s’élève une statue en marbre du grand-duc Côme III de Médicis, sculptée en 1688 par Giuseppe Mazzuoli à la demande de Marc Antonio Chigi Zondadari, membre d’une illustre famille siennoise.

Au pied de l’escalier qui conduit au niveau supérieur, se trouve une statue romaine en travertin et marbre représentant Janus. La terrasse supérieure constitue un petit bois dit à l’anglaise, avec d’imposants chênes verts. Les vestiges de la tour du Cassero, un donjon médiéval typique qui fut bombardé et rasé pendant la retraite des troupes nazies à la fin de la Seconde Guerre mondiale (le 14 juin 1944), sont toujours présents.

Réparties en différents endroits de ce jardin où tout concourt à la délectation et au plaisir des sens, plusieurs inscriptions issues de la littérature classique célèbrent les beautés d’une forme d’art de vivre auquel les latins donnaient le nom d’otium et, plus généralement, du bonheur de vivre à la campagne [7]Ces inscriptions, transcrites par Ugo Sani sont rapportées par Patricia Mc Cobb (Patricia Mc Cobb, Un giardino rinascimentale a San Quirico d’Orcia, San Quirico d’Orcia, edizioni DonChisciotte, 2010. :

  • « HIC EVITABIS AESTUS » [8]« hic in reducta valle Canicula evitabis aestus et fide « Ici, dans le réduit de la vallée, tu éviteras l’ardeur de la Canicule (*). » HORACE, Odes, 1, 1, 17.(*) La Canicule (lat. Canicula : « petite chienne »), est l’autre nom de Sirius (« l’Ardente », en grec), l’étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien. Cette étoile, qui se … Poursuivre
  • « PEREGRINO LABORE FESSI VENIMUS LAREM AD NOSTRUM » [9]« o quid solutis est beatius curis, / cum mens onus reponit, ac peregrino / labore fessi venimus larem ad nostrum, / desideratoque acquiescimus lecto ? » (« Ô existe-t-il un plus grand bonheur, / quand l’esprit dépose son fardeau, et qu’épuisés / des fatigues du voyage nous rentrons / dans nos foyers pour nous reposer dans un lit tant désiré ? »). CATULLE, Ad … Poursuivre
  • « HIC VER ASSIDUUM » [10]« Hic ver adsiduum atque alienis mensibus aestas bis gravidae pecudes » (« Ici règne un printemps continuel, et l’été en des mois qui lui sont étrangers. »). VIRGILE, Géorgiques, II, 149.
  • « HIC SECURA QUIES ET NESCIA FALLERE VITA » [11]« Il y a ici un calme sûr et une vie sans tromperies. » Libre adaptation de Virgile (Géorgiques, II, 467, « Éloge de la vie champêtre ») : « at secura quies et nescia fallere vita » « du moins un repos assuré, une vie qui ne sait point les tromper [tromper les paysans] ».
  • « HAUD VILES PULLI NATI FELICIBUS OVIS » [12]« Pas de vils poussins nés d’œufs malsains. » Libre adaptation d’après Juvénal (Satires) : « Te nunc, delicias, extra communia censes / Ponendum, quia tu galline filius albe, / Nos viles pulli nati in felicibus ovis. » (« On t’épargnerait seul ? Ne vas-tu point te croire / Fils de la poule blanche (*), et nous de vils poussins, / Nés d’un germe … Poursuivre

    Cliquer pour accéder à 469-PP-AP-GG-RST-002-A-RELAZIONE-STORICA.pdf

    Outre la statue de Cosimo III, plusieurs sculptures sont présentes dans le jardin. Caractérisées par une connotation symbolique, on note deux Têtes de lion placées sur les piliers du portail d’entrée, et la tête de Janus à deux visages placée à la frontière exacte entre le jardin sauvage et le jardin formel. Les premiers font allusion à la fois au nom [13]Leoni : lions. et au pouvoir du premier propriétaire, tandis que le Janus souligne la diversité des deux lieux dont il marque la limite :

    Notes

    Notes
    1 Selon la dénomination utilisée dans les documents d’époque.
    2 Au XVIIe siècle, essentiellement en Vénétie, en Lombardie ou en Toscane, le casino (« petite maison ») était un lieu retiré et tranquille, loin du centre-ville, propice à la retraite et au repos, et réservé aux notables.
    3 L’étroite amitié qui liait Leoni et Michel-Ange peut, en effet, inciter à se demander dans quelle mesure l’artiste a pu participer au projet. À cette époque, les relations entre les deux hommes étaient assidues, Diomede Leoni procurant alors à l’artiste une aide à la rédaction de lettres ou d’autres types de documents, de même qu’à l’entretien de ses relations avec le Saint-Siège. En échange de cette aide, Michel-Ange, généreux avec ses amis et accoutumé à ce type de geste, pourrait très bien avoir réalisé un premier dessin du jardin.
    4 Danilo Barsanti, Le Commende dell’Ordine di Santo Stefano attraverso la cartografia antica, Pise, ETS Editrice, 1991, p. 85, n. 183 (copie de l’acte de Zenobi Paccalli, notaire à Florence et chancelier de l’Ordre 1591.
    5 Le régime de la commende (du latin in commendam, provisoire) s’applique depuis les premiers siècles de l’Église aux abbayes et évêchés vacants à la tête desquels le pape nommait à titre provisoire un évêque ou un abbé privé de son siège par des envahisseurs barbares. Avec le temps, la commende est devenue le mode d’administration temporaire d’un bénéfice ecclésiastique confiée à un séculier jusqu’à la nomination d’un titulaire. Les abus auxquels a donné lieu la mise en œuvre de ce régime de la commende ont porté un tort considérable à l’Église.
    6 « […] era « un’isola proibita », tabù per tutti perché « il Giardino » era chiuso, sempre, per tutti ! Solo per la festa di Settembre […] (« [C’]était une « île interdite », taboue pour tous parce que le « jardin » était fermé, toujours, pour tous ! Sauf à la fête de Septembre […] » Carlo SANI, C’era una volta San Quirico, San Quirico d’Orcia, Editrice DonChisciotte, 1997, p. 80.
    7 Ces inscriptions, transcrites par Ugo Sani sont rapportées par Patricia Mc Cobb (Patricia Mc Cobb, Un giardino rinascimentale a San Quirico d’Orcia, San Quirico d’Orcia, edizioni DonChisciotte, 2010.
    8 « hic in reducta valle Canicula evitabis aestus et fide « Ici, dans le réduit de la vallée, tu éviteras l’ardeur de la Canicule (*). » HORACE, Odes, 1, 1, 17.

    (*) La Canicule (lat. Canicula : « petite chienne »), est l’autre nom de Sirius (« l’Ardente », en grec), l’étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien. Cette étoile, qui se lève aux alentours du 24 juillet en même temps que le soleil, annonce le feu des rayons estivaux qui brûlent les plantes et dessèchent les champs. Selon Pline l’Ancien, la Canicule « allume l’ardeur du soleil » et, d’après le poète Ovide, au lever de la Canicule, « la terre, brûlée, a soif et la moisson subit une maturation précipitée » tandis que le vin « tourne » dans les celliers. Les hommes comme les bêtes ne sont pas épargnés : les citoyens s’enfièvrent et les chiens deviennent enragés.
    9 « o quid solutis est beatius curis, / cum mens onus reponit, ac peregrino / labore fessi venimus larem ad nostrum, / desideratoque acquiescimus lecto ? » (« Ô existe-t-il un plus grand bonheur, / quand l’esprit dépose son fardeau, et qu’épuisés / des fatigues du voyage nous rentrons / dans nos foyers pour nous reposer dans un lit tant désiré ? »). CATULLE, Ad Sirmium insulam (À la presqu’île de Sirmione), Poésies, 31.
    10 « Hic ver adsiduum atque alienis mensibus aestas bis gravidae pecudes » (« Ici règne un printemps continuel, et l’été en des mois qui lui sont étrangers. »). VIRGILE, Géorgiques, II, 149.
    11 « Il y a ici un calme sûr et une vie sans tromperies. » Libre adaptation de Virgile (Géorgiques, II, 467, « Éloge de la vie champêtre ») : « at secura quies et nescia fallere vita » « du moins un repos assuré, une vie qui ne sait point les tromper [tromper les paysans] ».
    12 « Pas de vils poussins nés d’œufs malsains. » Libre adaptation d’après Juvénal (Satires) : « Te nunc, delicias, extra communia censes / Ponendum, quia tu galline filius albe, / Nos viles pulli nati in felicibus ovis. » (« On t’épargnerait seul ? Ne vas-tu point te croire / Fils de la poule blanche (*), et nous de vils poussins, / Nés d’un germe fatal et sortis d’œufs malsains ? » JUVÉNAL, Satires, 13, 141-143 (trad. par Jules Lacroix, Paris, Librairie Firmin Didot Frères, 1846). S’il n’est « pas de vils poussins nés d’œufs malsains » dans ce jardin, il nous faut comprendre que ceux qui y séjournent sont eux-mêmes fils de la poule blanche, c’est à dire privilégiés.

    (*) Héritée des Romains, l’expression proverbiale fils de la poule blanche désigne un personnage privilégié. Ce sens « est très bien développé dans les vers suivants extraits de la IIIe Satire de Mathurin Régnier : « Du siècle les mignons, fils de la poule blanche, / Ils tiennent à leur gré la fortune en leur manche ; / En crédit élevés, ils disposent de tout, / Et n’entreprennent rien qu’ils n’en viennent à bout. » (Pierre-Marie QUITARD, Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes et des locutions proverbiales de la langue française, Paris & Strasbourg, P. Bertrand & Vve Levrault, 1842, pp. 611-613).

    L’allusion au sort d’une étrange poule de couleur blanche devenue fameuse est fondée sur une anecdote rapportée par Suétone dans le début de la Vie de Galba. « Un jour que Livie, peu de temps après son mariage avec Auguste, allait visiter sa maison de plaisance aux environs de Véïes, une aigle laissa tomber, du haut des airs, sur son sein, une poule blanche vivante qui tenait en son bec un rameau de laurier : accident fort singulier que les augures regardèrent comme un présage merveilleux. Aussi l’heureuse poule fut-elle prise en affection par l’impératrice et révérée à Rome à l’égal des poulets sacrés. Dès lors elle n’eut plus à craindre les serres d’aucun oiseau ravisseur, et elle pondit tranquillement ses œufs d’où l’on vit éclore une quantité de jolis poussins, qui furent élevés avec soin dans une belle ferme à laquelle on donna le nom de villa ad gallinas. » (Pierre-Marie QUITARD, op. cit,, pp. 611-613).

    13 Leoni : lions.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Guide artistique de la Province de Sienne

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture