‘Il Vecchietta’, « Incoronazione di Pio II e veduta di Siena tra due chimere »

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Office de la Biccherna

Lorenzo di Pietro dit ‘Il Vecchietta’ [1]

Incoronazione di Pio II e veduta di Siena tra due chimere (Couronnement de Pie II et vue de Sienne entre deux chimères)

1460

59 x 40,5 cm.

Archivio di Stato di Siena, n° 32

Inscription :

« QUESTA È L’ENTRATA E L’USCITA DEL VENERABILE ANGNIOLO DI PIETRO DI BALDO, CHAMARLENGO DI BICHERNA AL TENPO DE’ SAVI HUOMINI FILIPO DI PIERO UMIDI, SER ANTONIO DA BANGNAIA E PETRO DI BARTOLOMEO DI CHARLO E TOMASSO D’ORBANO GIOVANNELI E TOMASSO DI MISERE GIORGIO TOMASSI E ANTONIO DI GIOVANNI PINI E LOCIO DI CHECO DE’ RONDINA E GIORGIO DI FRANCIO D’ACHARIGI TALOMEI E DOMENICO DI VENTURINO VENTURINI MCCCC.60 » 

Provenance : Commune de Sienne

A partir de cette date, la tablette change de typologie et de fonction.

Il ne s’agit plus de la simple couverture d’un registre comptable mais bien d’un véritable tableau destiné à être accroché au mur, même si les dimensions de l’ensemble demeurent relativement modestes. La tablette de bois peinte intègre dorénavant son propre encadrement.

La partie figurée représente le couronnement, advenu en 1458, du pape siennois Pie II (les italiens l’appelle « Pio secondo »), que nous avons déjà rencontré dans ce parcours à travers les biccherne sous le nom de Enea Silvio Picolomini et qui demeure une importante figure de l’histoire de Sienne. L’élection de Pie II ayant eu lieu deux ans avant la réalisation de cette tablette (le 3 septembre 1458), il est probable que le sujet du couronnement du pape ait été inspiré par la présence de celui-ci dans la ville à l’occasion des deux longs séjours qu’il y fit. Le premier, en se rendant (1459) à Mantoue où il devait réunir les principaux princes européens pour promouvoir la croisade, et le second, sur le chemin du retour vers Rome en 1460.

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Le moment représenté est celui où deux cardinaux coiffent le nouveau pape de la tiare [2]. Par la plus heureuse des circonstances, la Vierge Marie elle-même apparaît après s’être comme extraite du fond d’or, comme pour affirmer son approbation devant l’événement qui se déroule. Au même niveau, on reconnaît, à gauche, l’emblème de l’Empire, que Enea Silvio avait bien connu dans ses précédentes activités de légat et, à droite, celui de la Commune et du Peuple de Sienne.

Il n’existe pas de document affirmant avec certitude la paternité du Vecchietta sur cette œuvre. Cependant, la critique, depuis le début du XXe siècle, est unanime pour y voir la main de celui-ci. De fait la qualité de l’œuvre est exceptionnelle, tant par la précisosité du traitement des surfaces dorées qui s’apparente au travail de l’orfèvrerie, que par le traitement des figures humaines empreintes d’une étonnante expressivité.

La première des bandes horizontales situées au-dessous de l’image nous montre une vue de Sienne [3] entourée de deux chimères et des écus des familles Baldi et Umidi.

Plus bas, huit autres écus peints représentent les familles : Bagnaia, Giovannelli, Piccolomini, Tommasi, Pini, Del Rondine, Tolomei, Venturini.

Tout en bas, l’inscription traditionelle est d’une autenticité considérée comme douteuse.

[1] Lorenzo di Pietro, également appelé « Il Vecchietta » pour des raisons inconnues (Sienne, 1410-1480) : peintre et sculpteur particulièrement renommé à Sienne et en Toscane au cours de la seconde moitié du Quattrocento.

[2] La tiare est (ou était) la triple couronne portée par les papes lors des grandes cérémonies, notamment le jour de leur couronnement, jusqu’à ce que Paul VI ait renoncé à la porter.

Le sens de ce symbole n’est pas monovalent. Selon les époques, il a pu désigner :

  • le triple pouvoir du pape :
    • temporel (le pape est un souverain)
    • spirituel (le pape est chef de l’Eglise catholique)
    • l’autorité du pape sur les princes (c’était lui qui les couronnait, et il pouvait, en principe, les excommunier voir les déposer)
  • le triple pouvoir du pape :
    • pouvoir d’ordre sacré(en tant que Vicaire du Christ et successeur de Pierre, il nomme les évêques et est par excellence le « grand prêtre » ici-bas),
    • pouvoir de juridiction(en vertu du pouvoir des clefs, celui de lier et délier sur la terre et au ciel)
    • pouvoir de magistère(en vertu de l’infaillibilité pontificale).
  • les trois titres du pape, qui avaient à l’origine un accent plus « politique » :
    • Père des rois,
    • Régent du monde,
    • Vicaire du Christ
  • le triple pouvoir du pape, en tant que Vicaire du Christ doué du pouvoir de lier et de délier sur terre et au ciel (pouvoir des clefs)
    • à la tête de l’Eglise militante (sur terre),
    • à la tête de l’Eglise souffrante (au purgatoire)
    • à la tête de l’Eglise triomphante (au Ciel)
  • les trois fonctions du pape :
    • prêtre (évêque de Rome),
    • roi (chef d’État souverain)
    • enseignant (arbitre et magistère suprême, doté de l’infaillibilité).
  • le pape en tant que souverain
    • sacrificateur
    • grand juge
    • seul législateur des chrétiens

[3] Une vue de Sienne quasi identique se retrouvera dans la biccherna n° 34.