Duccio di Buoninsegna, « Entrée à Jérusalem »

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Panneau 1 : Duccio di Buoninsegna (Sienne, vers 1260 – vers 1318/19)

Ingresso a Gerusalemme (Entrée à Jérusalem)

Tempera et or sur panneaux, 100 x 57 cm.

Sienne, Museo dell’Opera del Duomo.

Le cycle de la Passion du Christ commence par la scène de l’Entrée du Christ à Jérusalem,  dont la narration se rencontre dans les quatre évangiles canoniques, avec quelques variantes. C’est pour fêter le ‘premier jour de la fête des pains sans levain’ que le Christ se rend à Jérusalem, dans une maison dont le propriétaire a été prévenu par avance de son arrivée.

Tous les éléments de la narration de cette entrée dans la ville sont représentés par Duccio avec une précision merveilleuse, à commencer par l’ânesse (suivie de son ânon) que chevauche le Christ alors qu’il s’apprête à passer l’une des portes d’accès dans Jérusalem qui évoque immanquablement la Porte Romaine de Sienne  ; il est salué en tant que roi par une foule en liesse dont les textes ont aussi évoqué les chants d’allégresse ; « à mesure qu’il avançait, les gens étendaient leurs vêtements sur le chemin » (Lc, 19,36) et nous voyons un personnage étendre devant l’animal un manteau rouge comme une marque honorifique. Certains ont apporté des palmes pour les déposer sur le parcours (« les gens prirent des branches de palmiers » [Lc, 12, 13]), d’autres ont grimpé aux arbres pour mieux voir la scène ; les apôtres suivent Jésus (ils ne sont que onze et non douze : Judas s’est déjà éclipsé à la rencontre des grands-prêtres pour ourdir son complot).

Le cortège se dirige vers l’entrée de la ville selon une oblique qui évoque par anticipation l’ordre de lecture des scènes à venir dans les panneaux que nous nous apprêtons nous-mêmes à parcourir du regard. Au-delà de l’enceinte fortifiée, on devine les toits de Jérusalem. Duccio se garde de représenter les édifices orientaux que dépeignait Cimabue mais « inaugure ici une représentation du décor qui atteindra dans la peinture siennoise de la première moitié XIVe siècle, surtout avec Les Effets du bon gouvernement d’Ambrogio Lorenzetti, des sommets inégalés dans toute la peinture européenne. » [1] Luciano Bellosi ajoute que « cette représentation de l’espace relève d’une conception très différente de celle des disciples florentins de Giotto, plus systématiques, mais beaucoup plus abstraits [on pense ici à la fresque du Miracolo del santo che chiude la fauci al drago e resuscita due maghi uccisi dall’alito del mostro de Maso di Banco dans l’église de Santa Croce] : elle (la représentation de l’espace de Duccio) vise au contraire à ce qu’on a qualifié avec bonheur de ‘portait d’ambiance’, qui fournira tant d’informations aux historiens sur le paysage au XIVe s. »

Et toujours ce ciel doré qui se moque résolument des incidences du temps qui passe.

[1] BELLOSI 1997, p. 15.