Duccio di Buoninsegna, « Incrédulité de Thomas »

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Duccio di Buoninsegna (Sienne, vers 1260 – vers 1318/19)

Incredulità di San Tommaso (Incrédulité de saint Thomas)

Tempera et or sur bois, 58 x 53,7 cm.

Sienne, Museo dell’Opera del Duomo.

Thomas n’était pas présent lors de la première Apparition du Christ aux apôtres, selon Jean qui rapporte les deux épisodes. Lorsque « huit jours plus tard, les disciples se [trouvèrent] de nouveau dans la maison, et « Thomas [étant] avec eux », Jésus vint une nouvelle fois dans la maison où ils étaient réunis, « alors que les portes étaient verrouillées. » L’instant représenté est celui où Thomas, s’avançant vers le Christ qui a ouvert sa toge et levé le bras à cette intention, s’apprête à faire ce que lui a commandé le Christ : « […] avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. » Devant ce spectacle, les apôtres (qui ne sont pas tous dotés de l’auréole de circonstance, comme nous l’avons vu dans la scène précédente) manifestent des sentiments mêlés d’étonnement et d’admiration devant le prodige qui s’accomplit. Et Thomas, un peu tard se déclare – il faut qu’existe un personnage comme celui-ci pour permettre à une humanité dubitative, tout comme lui, de s’identifier à lui et, peut-être, de le suivre dans sa démarche vers la foi. C’est seulement après avoir vu et touché les preuves indispensables que Thomas, à voix haute, à l’attention de Jésus comme à celle de l’ensemble des présents [1], professe sa foi : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

A part, peut-être ceux de Thomas, qui s’élance vers le Christ en un curieux mouvement croisé des jambes, les pieds des personnages ne sont pas fermement posés au sol, ainsi que cela adviendra au début du XVe s., lorsque la représentation de l’espace aura atteint un degré de rigueur qui diminuera parfois d’autant la poésie des images. L’emplacement du Christ lui-même est difficilement localisable sur le plan horizontal où se déroule la scène, et sur les deux côtés droit et gauche, une étrange lévitation semble s’être emparée des apôtres qui ont perdu tout contact avec le sol. Faut-il, une nouvelle fois, juger ce constat comme une maladresse ?

Le format originel est conservé ; il n’a pas été découpé, comme cela fut le cas pour la plupart des autres compartiments du couronnement du polyptyque après sa dislocation au XVIIIe s. Outre la forme originale de ces compartiments, nous pouvons constater la façon dont Duccio utilise la forme cuspidée pour y intégrer logiquement un élément d’architecture adapté au format (le fronton triangulaire qui somme la porte et la désigne au regard).

[1] Et probablement aussi à l’attention des spectateurs de l’œuvre qui, à travers une logique fondée sur le mimétisme, peuvent assimiler leur propre incrédulité à celle de l’apôtre, mais aussi leur foi une fois le miracle avéré.