Duccio di Buoninsegna, « Le Christ prend congé des apôtres »

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Panneau 3 : Duccio di Buoninsegna, Pacte de Judas et Le Christ prend congé des apôtres

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Duccio di Buoninsegna (Sienne, vers 1260 – vers 1318/19)

Congedo dagli apostoli (Le Christ prend congé des apôtres)

Tempera et or sur panneaux, 50 x 53 cm.

Museo dell’Opera del Duomo.

Le décor nous est dorénavant connu, presque familier : il n’a pas changé depuis que les apôtres, réunis autours du Christ, ont partagé un dernier repas avec lui. Selon les textes évangéliques, le lieu de cette rencontre, dont la scène des Adieux constitue l’épilogue éminemment symbolique, est situé dans la maison d’un homme habitant Jérusalem (il est demeuré anonyme), au premier étage, précise Marc (Mc, 14, 13-15).

Si le linge continue son lent séchage et si la porte demeure perpétuellement entrouverte, nous sommes passés subitement à la dernière scène de l’acte. Les apôtres, regroupés de manière à créer la situation la plus propice à l’événement, écoutent attentivement le Christ qui s’exprime devant eux. On notera l’introduction d’un meuble que nous n’avions pas encore vu jusqu’ici : c’est la chaire sur laquelle est assis Jésus que nous voyons drapé dans son manteau, dissertant doctement, à la manière d’un professeur, le doigt levé pour accompagner d’un geste son enseignement. Il est littéralement en chaire. C’est-à-dire dans une configuration qui convient parfaitement à la scène représentée puisqu’il est véritablement en train de délivrer aux apôtres une leçon magistrale, d’une manière qui serait parfaitement à la dignité universitaire, si l’on exceptait l’absence de sièges destinés à l’auditoire assis à même le sol, dans une position d’humilité qui n’est en rien anodine. Ce que leur apprend le Christ, nous le savons grâce à Jean (Voir ici).

La profondeur de la pièce est toujours aussi efficacement suggérée. En revanche, la représentation en perspective de la chaire sur laquelle le Christ a pris position n’est pas exacte au sens scientifique du terme : au lieu de converger vers l’arrière de la scène, les deux côtés de l’estrade qui surélève le siège le font vers l’avant. Qu’importe ! Nous sommes saisis d’admiration devant l’économie des moyens visuels par lesquels Duccio parvient à mettre en scène la tension palpable qui parcourt le cercle des auditeurs de l’exposé christique.

Un détail doit cependant nous frapper par son exactitude : les apôtres ne sont plus que onze à écouter la parole du Christ. Il en manque donc un. L’absent s’est éclipsé à l’issue du repas et nous ne tarderons pas à le retrouver en train de négocier, et d’obtenir le prix de sa trahison.