Duccio di Buoninsegna, « Strage degli Innocenti »

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Duccio di Buoninsegna (Sienne, vers 1260 – vers 1318/19)

Massacre des Innocents

Tempera et or sur bois, 42,5 x 43,5 cm.

Sienne, Museo dell’Opera Metropolitana del Duomo.

Dans l’ordre de la narration, le massacre des Innnocents se produit après qu’Hérode, qui a été placé sur le trône de Jérusalem par les Romains, ait appris qu’un « roi des juifs » venait de naître en Galilée et menaçait par là-même la pérennité de ce même trône. A cette nouvelle, il « envoya tuer tous les enfants jusqu’à l’âge de deux ans à Bethléem et dans toute la région » afin d’éliminer tout risque de se voir un jour confronté à un rival temporel.

Sur la gauche, un groupe de femmes éplorées recueille les enfants qui viennent d’être passés au fil de l’épée. Le spectacle de l’amoncellement des petits corps sanguinolents que l’on voit à droite, au pieds de l’estrade d’où Hérode impassible assiste au carnage qu’il a lui-même ordonné, est plus dramatique encore tant émane de ce monstrueux entassement de chaires blessées la sensation d’une brutalité aveugle et bestiale. Voyez les bourreaux qui parachèvent leur épouvantable besogne : l’un d’eux, à droite, semble reproduire machinalement un geste qu’il a déjà effectué cent fois et enfonce méthodiquement, et sans en paraître seulement ému, un glaive dans la poitrine du nourrisson qu’il vient d’attraper à bras le corps. Au centre, d’une brutalité plus bestiale encore s’il se peut, un autre exécutant des basses œuvres se détourne un instant de l’acte effroyable qu’il est en train de commettre, dans une attitude d’autant plus révoltante qu’il ne semble pas même conscient de la barbarie impardonnable d’un geste qui l’inscrit à jamais au ban de l’humanité.