Adoration des (rois) mages

Adoration des Mages, Adoration des rois ou Adoration des rois mages [1]Le thème est abordé dans La Légende des Rois mages, écrite vers 1370 par le carme Jean de Hildesheim. « Au XIVe siècle, l’Historia trium regum de Jean de Hildesheim, comme on peut s’y attendre d’après le titre, utilise systématiquement l’expression reges. […] Ces trois rois étaient si grands clercs qu’ils étaient appelés mages, ce qui revient à dire philosophes. […] … Poursuivre, la scène, associée à la fête de l’Epiphanie, se fonde sur l’Evangile selon Matthieu (2, 1-12).

L’épisode évangélique se situe après celui de l’adoration des bergers : à travers les venues successives des bergers, puis des rois mages, la nature messianique de Jésus est d’emblée reconnue, aussi bien par le petit peuple que par les plus hauts personnages de l’aristocratie, autrement dit, par la société humaine tout entière.

Bartolo di Fredi, « Adorazione dei Magi ». Sienne, Pinacoteca Nazionale. [2]Illustration : Bartolo di Fredi, Adorazione dei Magi. Sienne, Pinacoteca Nazionale.
I. Sources écrites de l’épisode

Voir lien ci-dessus.

II. Iconographie de l’Adoration des mages

Cette scène d’adoration est l’un des thèmes les plus populaires et les plus anciens de l’iconographie chrétienne. Visuellement, elle s’inspire du modèle des représentations impériales romaines et byzantines, dans lesquelles on peut voir des rois barbares apportant des offrandes à l’empereur. Y figurent par principe :

  • Marie et l’Enfant-Jésus Marie. porte généralement l’Enfant sur ses genoux. Celui-ci bénit les rois mages et, en premier lieu, celui d’entre eux prosterné à ses pieds.
  • Joseph. Absent dans certaines représentations anciennes, il viendra rapidement rejoindre la Sainte Famille. La plupart du temps, son action se limite à observer la scène.
  • Les mages. Les premières représentations ne distinguent guère les rois mages dont le nombre est fixé à trois au Ve siècle. A l’origine, ils sont tous vêtus de costumes « barbares » (tuniques courtes et bonnets phrygiens), et souvent imberbes ; au cours du IVe siècle, on commence à différencier leur âge en représentant un ou deux des mages barbus. Très tôt, ils sont associés aux trois âges de la vie, leur nombre augmentant à quatre dès lors que l’Enfant intègre le décompte. Le roi le plus âgé est généralement représenté prosterné devant l’Enfant, formant avec lui un couple permettant d’articuler symboliquement l’ancienne et la nouvelle ère. Plus tard, ils adoptent un costume assimilé à ceux des rois contemporains, et portent une couronne (peut-être une influence byzantine ?) ; au XIIe siècle, se fixent leurs caractères distinctifs (âge, couleur de peau).
  • Les offrandes. De même que les mages eux-mêmes, les présents qu’ils offrent sont réputés être au nombre de trois : l’or, l’encens, la myrrhe [3]Cette triple offrande des richesses les plus recherchées de l’Orient est interprétée diversement selon les auteurs. Selon Maxime de Turin, elle signifie que les Mages reconnaissent le pouvoir du Christ sur le cosmos (l’or symbolise la terre dont il est tiré), l’encens (le ciel vers lequel il monte) tandis que la myrrhe est l’image des funérailles et renvoie au lieu du … Poursuivre qui renvoient symboliquement à la royauté, à la divinité et à l’humanité du Christ (illustrée par la myrrhe qui permet d’embaumer les morts).

Parmi les éléments figurés dans l’épisode, on peut généralement voir :

  • L’étoile. Dans l’Évangile selon Matthieu, l’apparition d’une étoile annonce aux rois mages la naissance du Messie. Contrairement aux bergers qui auraient été conduits par un ange [4]L’étoile des mages ne peut donc être confondue avec celle des bergers.. c’est ce même astre qui les guide ensuite vers Jérusalem et Bethléem où, une fois parvenus, ils viennent déposer leurs offrandes au pied de l’enfant Jésus. Si l’Évangile de Matthieu, dans son récit de la Nativité fait mention de cette étoile, le prolixe Jacques de Voragine (La Légende dorée) en précise l’apparence : celle-ci, nous apprend-il, avait « la forme du plus bel enfant, sur la tête duquel brillait une croix. »
  • Un cortège. Alors qu’ils offrent leurs présents, les mages sont suivis, à partir du XIVe s. d’un cortège aux proportions grandissantes.
  • Des chameaux. Dans le cortège des mages, ainsi qu’à proximité, un ou plusieurs chameaux rappelle que ces animaux leur ont servi de monture (plus tard, ils finiront par disparaître presque complètement au profit des chevaux).
  • Des figurants. D’abord réduit aux seuls protagonistes de la scène, le nombre de figurants augmente avec le temps jusqu’à parfois envahir la scène. Celle-ci prend place peu à peu dans un paysage, sur le lieu présumé de la Nativité (grotte, étable, plus tardivement, architecture en ruine) où figurent :
    • La mangeoire. Avec le temps, son apparence formelle évoque de plus en plus explicitement un tombeau.
    • Le bœuf et l’âne

Notes

Notes
1 Le thème est abordé dans La Légende des Rois mages, écrite vers 1370 par le carme Jean de Hildesheim. « Au XIVe siècle, l’Historia trium regum de Jean de Hildesheim, comme on peut s’y attendre d’après le titre, utilise systématiquement l’expression reges. […] Ces trois rois étaient si grands clercs qu’ils étaient appelés mages, ce qui revient à dire philosophes. […] On assiste […] à une sorte de « retournement de situation ». Jean parle d’abord des rois, avant d’évoquer leur statut original qui est celui de mages et qu’il expliquera par une série d’équivalences du genre « clercs, devineurs, philosophe ». Comme beaucoup d’auteurs médiévaux, il a donc soin de préciser que le terme de mages n’a rien de péjoratif […]. » Jacques Poucet, « L’Évangile selon Jean d’Outremeuse (XIVe siècle). Autour de la Naissance du Christ (Myreur, I, p. 307-347 passim). Texte, traduction et commentaire. » Extrait de Folia Electronica Classica, t. 28, juillet décembre 2014, https://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/30/NAISS2/04.Mages.htm
2 Illustration : Bartolo di Fredi, Adorazione dei Magi. Sienne, Pinacoteca Nazionale.
3 Cette triple offrande des richesses les plus recherchées de l’Orient est interprétée diversement selon les auteurs. Selon Maxime de Turin, elle signifie que les Mages reconnaissent le pouvoir du Christ sur le cosmos (l’or symbolise la terre dont il est tiré), l’encens (le ciel vers lequel il monte) tandis que la myrrhe est l’image des funérailles et renvoie au lieu du séjour des morts. D’autres auteurs anciens voient dans la triple offrande une annonce des trois états du Christ. Ainsi selon Fulgence de Ruspe, « l’or, habituel tribut payé par les vassaux, évoque le Christ roi véritable et son pouvoir de délivrer les captifs ; l’encens, offrande à Dieu du culte ancien, fait voir la figure du Christ grand prêtre qui purifie l’homme ; la myrrhe symbolise le Christ homme en sa passion et son pouvoir de ressusciter les morts » (Sermon 6 sur l’Epiphanie, cité dans Martine DulaeySymboles des évangiles (Ier-VIe siècles) : Le Christ médecin et thaumaturge, Paris, Hachette, 2007 (Le Livre de Poche, coll. Références, Inédit Histoire, série Antiquité 613). Chez Irénée de Lyon, l’or est le signe de la royauté du Christ, l’encens, le signe du sacerdoce, la myrrhe, le signe de sa mort et de son ensevelissement. « Or, d’après Matthieu, des mages vinrent de l’Orient et dirent : “Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l’adorer.” Puis, ayant été guidés par l’étoile vers la maison de Jacob jusqu’à l’Emmanuel, ils firent voir, par les présents qu’ils offrirent, quel était Celui qu’ils adoraient. La myrrhe signifiait que c’était lui qui mourrait et serait enseveli pour l’humanité ; l’or, qu’il était le Roi dont le règne n’aurait pas de fin ; l’encens, enfin, qu’il était le Dieu qui venait de se faire connaître en Judés et de se manifester à ceux qui ne le cherchaient point. » (Irénée de Lyon, Contre les Hérésies, Livre 3). La myrrhe était effectivement utilisée pour l’embaumement des corps, mélangée à du cinnamone, du roseau, de la casse et de l’huile d’olive.
4 L’étoile des mages ne peut donc être confondue avec celle des bergers.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Guide artistique de la Province de Sienne

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture