Bartolo di Fredi Cini, “Adorazione dei Magi”

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Bartolo di Fredi Cini (Sienne, vers 1353 – 1410)

Adorazione dei Magi (Adoration des mages), env. 1380.

Tempéra sur panneau, dimensions : 195 x 163 cm.

Inscriptions : /

Provenance : inconnue.

Sienne, Pinacoteca Nazionale.

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1

Le cortège des Rois Mages a accompli un long périple avant de parvenir jusqu’au devant de la scène pour permettre aux trois souverains de se prosterner aux pieds de l’Enfant Jésus et d’offrir les présents qu’ils ont apportés de leurs lointaines contrée. Le cortège apparaît en haut, dans le coin droit de l’œuvre, dans le lointain, et s’apprête à parcourir la totalité du chemin contenu dans l’espace figuré. Le cortège s’oriente vers la gauche afin de contourner une montagne élevée et se dirige vers une première ville dont on aperçoit la silhouette à l’horizon. Puis nous le voyons revenir dans notre direction et faire étape dans une seconde ville : c’est Sienne (fig. 1) avec sa cathédrale bicolore reconnaissable entre toutes et ses murailles crénelées de la couleur de la brique dont elles sont faites. Ils sont descendus de cheval et on les voit dissertant sous la loggia où les accueille l’hôte qui va leur offrir le gîte. Le cortège quitte enfin la ville par l’une des portes percées dans les hauts murs de défense et disparaît hors du champ de l’image, avant de parvenir au premier plan où les attend la sainte famille.

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2

Gentile da Fabriano, autre immense artiste de la Renaissance florentine, se souviendra peut-être – l’a-t-il vue ? – de l’Adoration des Mages de Bartolo lorsque, une cinquantaine d’années plus tard, il représentera le même sujet (fig. 3), en jouant lui aussi de l’espace représenté pour allonger un interminable cortège sur tout le parcours compris dans la profondeur du paysage et au delà même des limites matérielles de l’oeuvre.

Gentile da Fabriano. Adoration des Mages

3 [1]

Chez Bartolo, ce qui se déroule au premier plan (et qui occupe la moitié de la surface de l’œuvre) est le fait d’une foule compacte et bruyante qui vient de mettre pied à terre dans le vacarme des chevaux.

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4

Ceux-ci, encore sous le coup de la longue cavalcade qui vient de prendre fin, manifestent la plus grande agitation ; l’un d’eux secoue furieusement la tête en hennissant tandis qu’un autre, devant nous, piétine impatiemment le sol et nous donne à voir un admirable profil vu de trois quart arrière, à qui une légère disproportion de la tête et du col donne l’air d’un cheval comme on ne les rencontre que dans les contes. Les palefreniers peinent à tenir les bêtes. Dans un même mouvement, les trois rois se sont agenouillés vers la Vierge et s’apprêtent chacun à leur tour à embrasser les pieds de l’Enfant après avoir remis leurs offrandes entre les mains de Joseph. Dans la précipitation, celui de gauche a déposé son corps de chasse devenu inutile, tandis que celui que l’on voit le plus proche de l’Enfant Jésus a, quanta lui, déposé sa couronne en marque de respect.

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5

Comme toujours dans la peinture médiévale, l’espace et le temps sont figurés, l’un sans préoccupation de réalisme (terme est d’ailleurs parfaitement anachronique dans ce contexte), l’autre, le temps, sans souci d’unité. Ce qui importe, c’est de signifier, de raconter, quitte, par exemple, à situer le spectateur à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du bâtiment dans lequel sont reçus les rois mages lors de leur halte à Sienne ; ou encore, quitte à représenter simultanément plusieurs épisodes d’une même narration à la fois, bien que ceux-ci soient séparés dans le temps. À ce titre, le long cortège qui se développe dans l’espace, du plus lointain jusqu’au plus proche, est particulièrement significatif ; si l’on y prête attention, on remarquera qu’outre les rois, que l’on y voit représentés deux fois, avant leur arrivée mais aussi au moment même de la rencontre avec la sainte famille, certains membres de leur escorte bénéficient du même régime (ils sont d’autant mieux identifiables qu’ils portent des coiffures particulièrement reconnaissables).

L’œuvre est unanimement considérée comme le chef-d’œuvre de Bartolo di Fredi, y compris par les historiens de l’art qui, jugeant superficielle la description de cette scène d’Epiphanie, le qualifient moins comme un grand artiste que comme un « très agréable illustrateur [2]». Faut-il insister sur la splendeur et la richesse des couleurs qui déversent à profusion des rouges, des verts et des bleus les plus purs, contribuant ainsi à faire de cette scène la vision magnifique d’un irréel qui s’apparente aux rêves ?

[1] Gentile da Fabriano, Adoration des Mages. Florence, Uffizi.

[2] TORRITI 1977, p. 165.