Matteo di Giovanni, « Madonna con il Bambino, due Angeli, e i Santi Giovanni Evangelista e Margherita d’Antiochia »

Matteo di Giovanni di Bartolo (Borgo San Sepolcro, v. 1430 [documenté à Sienne pour la première fois en 1452] – Sienne, 1495)

Madonna con il Bambino, due Angeli, e i Santi Giovanni Evangelista e Margherita d’Antiochia (Vierge à l’Enfant, deux anges, et les saints Jérôme et Marguerite d’Antioche), 1477- 1482 [1]Gabriele Fattorini confirme que la date d’exécution de l’œuvre doit se situer autour de 1480 « en raison d’une forte consanguinité stylistique avec le retable de Santa Barbara (*) de 1479 ». (Gabriele Fattorini, « Madonna col bambino, i santi Giovanni Evangelista, Margherita d’Antiochia e due angeli », dans Cecilia Alessi, Alessandro Bagnoli (dir.), … Poursuivre.

Tempéra et or sur panneaux, 63 x 46 cm.

Inscriptions :

  • (dans l’auréole de la Vierge) : « AVE MARIA GRATIA [PLENA] » [2]Début de la prière de l’Ave Maria, elle-même tirée de l’Evangile selon Luc : « […] et ingressus angelus ad eam dixit] have gratia plena [Dominus tecum benedicta tu in mulieribus] » : « Je vous salue, [Marie,] pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes. » (Lc 1, 28).

Provenance : Église de Sant’Eugenia fuori Porta Pispini, Sienne.

Sienne, Museo Diocesano d’Arte Sacra.

Cette œuvre, destinée au maître-autel de l’église de Sant’Eugenia (Sienne) en dépit de ses petites dimensions [3]Gabriele Fattorini, « Madonna col bambino, i santi Giovanni Evangelista, Margherita d’Antiochia e due angeli », dans Cecilia Alessi, Alessandro Bagnoli (dir.), Matteo di Giovanni. Cronaca di una strage dipinta, Sienne, Ali Edizioni, 2006, pp. 50-53., constitue l’une des nombreuses variations sur le thème de la Vierge à l’Enfant entouré de saints et d’anges réalisées par Matteo di Giovanni au cours des dernières années de sa carrière [4]Le nombre de combinaisons de ce thème, traitées dans un format analogue, un même point de vue rapproché et une même composition font de celui-ci un prototype chez Matteo di Giovanni. Voir : Typologie des Vierges à l’Enfant avec saints de Matteo di Giovanni.. Ici, la Vierge serrant son Fils dans son giron [5]Un léger voile transparent couvre les mains de Marie en signe de respect, empêchant ainsi un contact direct avec le corps de l’Enfant-Dieu. est entourée de deux saints dont l’identité n’est pas aisément reconnaissable en raison de la relative discrétion des indices laissés par le peintre ; si bien que l’intitulé de l’œuvre peut varier d’un auteur à l’autre [6]Tandis que le cartel du Musée diocésain de Sienne indique la présence des saints Jérôme et Marguerite d’Antioche, le catalogue de la Fondazione Federico Zeri (Université di Bologne) mentionne que la Madone est entourée des saints Jean l’Évangéliste et Eugenia (*). (*) Eugenia de Rome (IIIe s. ap. J.-C.) : « […] issue d’une famille païenne de Rome, elle entend les prêches … Poursuivre. S’agissant de la sainte placée à droite, la tête d’un dragon vue de profil, la gueule ouverte, et dont les mâchoires hérissées de dents pourraient être assimilées à une ouverture dans l’encolure de la sainte, désigne selon toute vraisemblance Marguerite d’Antioche [7]La légende de la sainte raconte que par le seul effet du signe de la croix, elle serait sortie indemne du ventre du dragon qui l’avait engloutie un instant auparavant.. On notera le stratagème du peintre et l’insistance avec laquelle il figure la sainte la tête baissée et le regard rivé sur la gueule du montre dont elle a été délivrée, invitant ainsi le spectateur à repérer à son tour ce que cette jeune fille regarde avec un intérêt aussi évident. À gauche, le saint à la chevelure grisonnante, qui laisse apparaître un pan de son manteau aux tons rosés, s’apparente davantage à Jean l’Évangéliste qu’à Jérôme, comme le souligne la plume de l’auteur présumé d’un évangile ainsi que de l’Apocalypse, de même que le livre tenu dans sa main gauche, qui en sont les attributs iconographiques habituels [8]L’habit rouge de cardinal, attribut habituel de Jérôme de Stridon, tel que l’on peut l’observer dans la version de la Galleria Sabauda de Turin (Madonna con Bambino e i santi Gerolamo e Bernardino, fig. 1) peut difficilement être reconnu dans le pan de tissus rose apparent sur la silhouette de l’apôtre dans la présente version..

1. Matteo di Giovanni di Bartolo (Borgo San Sepolcro, v. 1430 [documenté à Sienne pour la première fois en 1452] – Sienne, 1495), « Madonna con Bambino e i santi Gerolamo e Bernardino », v. 1465, tempéra et or sur panneau, 48 x 39,5 cm. Turin, Galleria Sabauda.

Tenendo conto di tali considerazioni, ritengo si possa confermare una datazione agli anni a cavallo del 1480, in ragione di una forte consanguineità stilistica con la pala di Santa Barbara del 1479, evidenziata soprattutto nella predilezione per una resa estetizzante di bionde figure femminili, dai sottili occhi socchiusi e levigate dalla luce, e nella raffinata preziosità di un dipinto che colpisce soprattutto nella straordinaria lavorazione dell’oro e di certi dettagli (dalla rarefatta trasparenza dei veli, al lucente riflettere tanto del diadema e della metallica acconciatura della santa, quanto delle unghiette e del braccialetto di corallo del Bambino). Non si può terminare senza un accenno alla straordinaria fortuna di questa tavola presso i ‘pittori di quadri antichi della Siena della prima metà del Novecento : Icilio Joni deve averla avuta in testa nel comporre un dipinto già appartenuto al barone Thyssen-Bornemisza (G. Mazzoni, 2001, p. 409 fig. 152) ; Umberto Giunti copiò la testa della santa Margherita nell’angelo di una tavola ‘alla Matteo di Giovanni’ ora in una raccolta privata senese (ivi, p. 371 fig. 61) ; Bruno Marzi la studiò alacremente, traendo da essa copie e derivazioni.

En tenant compte de ces considérations, je crois pouvoir confirmer une datation vers 1480, en raison d’une forte consanguinité stylistique avec le retable de Santa Barbara de 1479, soulignée surtout par la prédilection pour un rendu esthétique de figures féminines blondes, aux fines les yeux mi-clos et lissés par la lumière, et dans la préciosité raffinée d’un tableau qui frappe surtout par l’extraordinaire travail de l’or et de certains détails (depuis la transparence raréfiée des voiles, jusqu’à l’éclat brillant reflètent à la fois le diadème et la coiffure métallique du saint, ainsi que les petits clous et le bracelet de corail de l’Enfant). Nous ne pouvons terminer sans évoquer l’extraordinaire succès de ce panneau parmi les peintres de peintures anciennes de Sienne dans la première moitié du XXe siècle : Icilio Joni a dû l’avoir en tête en composant un tableau qui avait déjà appartenu au baron Thyssen-Bornemisza ( G. Mazzoni, 2001, p.409 fig. Umberto Giunti a copié la tête de Sainte Marguerite dans l’ange d’un panneau « à la Matteo di Giovanni » maintenant dans une collection privée siennoise (ibid., p. 371 fig. 61) ; Bruno Marzi l’a étudié attentivement, en tirant des copies et des dérivations.

Notes

Notes
1 Gabriele Fattorini confirme que la date d’exécution de l’œuvre doit se situer autour de 1480 « en raison d’une forte consanguinité stylistique avec le retable de Santa Barbara (*) de 1479 ». (Gabriele Fattorini, « Madonna col bambino, i santi Giovanni Evangelista, Margherita d’Antiochia e due angeli », dans Cecilia Alessi, Alessandro Bagnoli (dir.), Matteo di Giovanni. Cronaca di una strage dipinta, Sienne, Ali Edizioni, 2006, p. 53).

(*) Voir : Santa Barbara con le sante Maria Maddalena e Caterina d’Alessandria. Sienne, Basilique de San Domenico.

2 Début de la prière de l’Ave Maria, elle-même tirée de l’Evangile selon Luc : « […] et ingressus angelus ad eam dixit] have gratia plena [Dominus tecum benedicta tu in mulieribus] » : « Je vous salue, [Marie,] pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes. » (Lc 1, 28).
3 Gabriele Fattorini, « Madonna col bambino, i santi Giovanni Evangelista, Margherita d’Antiochia e due angeli », dans Cecilia Alessi, Alessandro Bagnoli (dir.), Matteo di Giovanni. Cronaca di una strage dipinta, Sienne, Ali Edizioni, 2006, pp. 50-53.
4 Le nombre de combinaisons de ce thème, traitées dans un format analogue, un même point de vue rapproché et une même composition font de celui-ci un prototype chez Matteo di Giovanni. Voir : Typologie des Vierges à l’Enfant avec saints de Matteo di Giovanni.
5 Un léger voile transparent couvre les mains de Marie en signe de respect, empêchant ainsi un contact direct avec le corps de l’Enfant-Dieu.
6 Tandis que le cartel du Musée diocésain de Sienne indique la présence des saints Jérôme et Marguerite d’Antioche, le catalogue de la Fondazione Federico Zeri (Université di Bologne) mentionne que la Madone est entourée des saints Jean l’Évangéliste et Eugenia (*).

(*) Eugenia de Rome (IIIe s. ap. J.-C.) : « […] issue d’une famille païenne de Rome, elle entend les prêches des chrétiens et décide de quitter son foyer. Afin d’entrer dans une communauté monastique dont l’abbé refuse les femmes, elle se travestit. Plus tard, elle devient abbé de ce même monastère et est accusée par une femme, Mélanthia, de conduite indécente. Pour prouver son innocence, elle révèle sa nudité en public et convertit ensuite sa famille au christianisme. Eugénie retourne à Rome où elle fonde une communauté religieuse féminine, avant d’être torturée et de mourir en martyre […]. Bien que l’iconographie initiale [de la sainte] ne puisse être retracée, des mosaïques de Ravenne datant du Ve-VIIe siècle démontrent sa représentation en tant que martyre. Ce modèle iconographique a survécu et s’est développé comme le suggère une fresque du XVe siècle commandée par Bessarion. Dans ses représentations ultérieures, Eugénie est également placée à proximité de la Vierge ou d’autres saintes, fait qui souligne davantage sa féminité que la figure ambiguë d’une sainte travestie. » Andrea-Bianka Znorovszky, Saint Eugenia Outside-Inside-Outside Rome: An Iconographic Continuity? En ligne : https://trivent-publishing.eu/history/ambiguouswomen/5.%20Andrea-Bianka%20Znorovszky.pdf

7 La légende de la sainte raconte que par le seul effet du signe de la croix, elle serait sortie indemne du ventre du dragon qui l’avait engloutie un instant auparavant.
8 L’habit rouge de cardinal, attribut habituel de Jérôme de Stridon, tel que l’on peut l’observer dans la version de la Galleria Sabauda de Turin (Madonna con Bambino e i santi Gerolamo e Bernardino, fig. 1) peut difficilement être reconnu dans le pan de tissus rose apparent sur la silhouette de l’apôtre dans la présente version.

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