Duccio di Buoninsegna, « Le Christ devant le grand prêtre Anne »

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Panneau 5 : Duccio di Buoninsegna, Le Christ devant le grand prêtre Anne et Le Reniement de Pierre

Les deux scènes représentées ici (Le Christ devant le grand prêtre Anne et le Reniement de Pierre) sont superposées l’une sur l’autre au sein d’un même panneau à l’instar de la quasi totalité des autres scènes de la Passion peintes au revers de la Maestà. Ce panneau, pourtant, possède un statut particulier. Il s’agit, en effet, pour Duccio, de rendre compte de la simultanéité de la narration des deux scènes lisibles dans l’Évangile de Jean (Jn 18, 13-24). Dans ce texte, le reniement de Pierre se produit au moment même où le Christ est parvenu devant Anne et que son interrogatoire va commencer. Grâce à un magnifique – et simple ! – subterfuge visuel, Duccio parvient à traduire le caractère simultané des deux événements en les plaçant dans un même lieu, conformément aux Écritures : un escalier relie la cour où Pierre renie Jésus à la salle du palais où Jésus comparaît devant Anne. Dans la cour, se trouvent Pierre, un second disciple, des serviteurs et des gardes qui tous se réchauffent autour d’un feu de braise. Grâce à cet escalier, le lien entre les deux scènes est établi visuellement, ou, si l’on préfère, la contemporanéité des deux moment représentés est vérifiable au moyen de ce simple effet ; non seulement les deux espaces (la cour et la pièce où se tiennent Anne et le Christ) appartiennent bien à un même lieu (le palais du grand prêtre) mais il est possible d’aller et venir indifféremment de l’un à l’autre en utilisant mentalement ce même escalier par lequel, selon toute vraisemblance, les personnages que nous voyons maintenant au premier étage du bâtiment sont parvenus il y a un instant, avant que ne débute l’interrogatoire conduit par Anne.

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Duccio di Buoninsegna (Sienne, vers 1260 – vers 1318/19)

Cristo davanti al sacerdote Anna (Le Christ devant le grand prêtre Anne)

Tempera et or sur panneaux, 49,5, x 53,5 cm.

L’interrogatoire du Christ par Anne est en cours et déjà, dans une fidélité parfaite au texte de l’Évangile, on peut voir l’un des gardiens lever la main vers le Christ pour le gifler : il s’agit de le punir pour la manière avec laquelle il vient de répondre au grand prêtre. Un geste auquel Jésus répond par les mots suivants : « Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal ? Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? ». [1]

[1] Jean (Jn 18, 13-24).