Duccio di Buoninsegna, « Les pèlerins à Emmaüs »

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Panneau 14 : Duccio di Buoninsegna, Noli me Tangere et Les pèlerins d’Emmaüs

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Duccio di Buoninsegna (Sienne, vers 1260 – vers 1318/19)

Incontro a Emmaus (Les pèlerins à Emmaüs)

Tempera et or sur panneaux, 51 x 57 cm.

Sienne, Museo dell’Opera del Duomo.

Le jour-même de la Résurrection, peut après sa rencontre avec Marie Madeleine, il apparaît à deux apôtres faisant « route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem » [1]. Vêtu d’un costume de pèlerin, peau de bête sur les épaules et chapeau à larges bords en bandoulière, il fait alors mine de s’enquérir du sujet qui semble alimenter leur discussion. Sans reconnaître la personne qui les interroge, les deux disciples (ils ne sont pas nommés) s’étonnent de l’ignorance de leur interlocuteur au sujet d’un fait, survenu le jour même, d’une aussi grande gravité que la crucifixion de Jésus-Christ ; surpris des propos qu’il prononce en retour, ils l’invitent à passer la nuit à l’abri en leur compagnie. Ce n’est que lors du repas du soir que les deux disciples reconnaitront celui qui les a interpellés, alors qu’il rompra le pain après avoir prononcé les paroles usuelles de bénédiction. Nous n’assisterons pas à ce repas qui ne figure pas parmi les scènes peintes sur les panneaux centraux consacrés au cycle de la Passion, dont la narration s’achève ici.

Si le contexte de la scène demeure sommaire, si le fond d’or envahit l’image à la place du paysage, il n’en demeure pas moins que nous situons sans difficulté l’action aux portes d’une ville fortifiée et aux allures siennoises, que nous assimilons cependant volontiers à celle d’Emmaüs. Le chemin qui y mène est pavé de pierres et conduit directement à l’entrée. Il suffira de passer la porte pour trouver le repos et un refuge pour la nuit, après un voyage à pieds de quelques heures sous un soleil que l’on imagine avoir été de plomb. Il suffira ? L’expérience a été tentée dans le film Maestà. La Passion du Christ réalisé par Andy Guérif en 2015. Dans ce film, l’auteur reconstitue en autant de tableaux vivants les vingt six épisodes successifs qui peuplent la partie centrale du revers de la Maestà de Duccio. Il n’est que de constater, dans le dernier tableau du film, la difficulté avec laquelle, après avoir escaladé le décor qui reprend en volume le profil de la cité représentée par Duccio, les voyageurs en viennent à se bousculer avant de parvenir à s’introduire tant bien que mal dans la ville, à travers une ouverture beaucoup trop petite pour eux. L’expérience, amusante et instructive, si elle démontre abondamment l’inexactitude de la perspective au sens strict de la géométrie dans l’espace, ne remet nullement en cause, au contraire, le génie d’un artiste tel que Duccio. Plus d’un siècle avant qu’un type de représentation fondé sur la géométrie – la perspective – ne commence à se stabiliser dans les arts, il parvient, avec les moyens dont il dispose (il est vrai qu’ils sont grands), à se passer de cette technique et à créer cependant une illusion spatiale empirique et parfaitement crédible.

[1] Luc (Lc, 24, 13).