‘Il Pintoricchio’, « Enea Silvio è incoronato poeta dall’imperatore Federico III »

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Bernardino di Betto, dit ‘Il Pintoricchio’ (Perugia, vers 1452 – Siena, 1513)

Enea Silvio est couronné poète par l’empereur Frédéric III

Fresque

Inscriptions : « HIC AENEAS  A FOELICE. V. ANTIPAPA LEGATUS AD FEDERICUM. III. CAESAREM  MISSUS LAUREA CORONA DONATUR ET INTER AMICOS EIUS AC SECRETARIUS ANNUMERATUR ET PRAEFICITUR » [1]

Derrière l’orateur Enea, se cache, on le sait, un poète doublé d’un écrivain qui demeure, aujourd’hui encore, objet d’admiration pour son caractère humaniste et, par dessus tout, pour sa merveilleuse capacité à raconter dans les plus petit détails aussi bien la vie journalière à la cour papale que les randonnées familières effectuées en compagnie de membres de la Curie sur les pentes du mont Amiata [2], à la recherche de la fraicheur qu’offre le site durant les chaudes journées d’été, des sources d’eau gazouillantes [3] et des savoureux fromages de chèvre fabriqués sur place. On se prend à imaginer le spectacle du lent convoi, de ces lourds cardinaux à chapeaux rouges montés sur des mules, gravissant les chemins pierreux accrochés aux pentes, à la recherche des mets les plus succulents à déguster sous les ombrages des grands chênes, récompense de l’incroyable effort accompli …

Quelque cent ans auparavant, Pétrarque, déjà, avait été couronné poète sur le Capitole, à Rome. Si la cérémonie qui s’accomplit dans l’image qui nous occupe n’a pas la même valeur que la précédente, elle représente pour Enea Silvio, grâce à l’acquisition d’un titre impérial, une étape cruciale qui lui, permet notamment de s’introduire à la cour, et d’y bénéficier d’un titre qu’il conservera jusqu’à son accession à l’épiscopat.

Agenouillé devant le souverain qui a revêtu pour l’occasion un manteau de brocard d’or, et a été coiffé de la couronne fermée des empereurs, notre poète reçoit à l’instant des mains impériales la couronne de laurier qui le récompense et lui ouvre de nouvelles perspectives. La boite d’où provient cette couronne que le jeune page, à gauche de l’image, vient de mettre entre les mains de l’empereur, cette boîte git encore entrouverte sur la première marche du trône. La première marche du trône, tout un symbole !

Le spectacle qui se déroule à l’arrière plan n’est pas moins intéressant et grouille de détails qui constituent sans doute le souvenir de choses vues : un prélat ventripotent ne suit nullement le déroulement de la cérémonie, plus attiré par un petit événement secondaire dont nous ne connaîtrons jamais la nature ; des jeunes gens en armes ont davantage l’air de parader dans leurs beaux atours que d’assurer la garde de l’empereur (mais celui-ci est-il seulement menacé d’un quelconque péril ?) ; plus loin, au pied de l’escalier monumental qui monte vers une architecture purement utopique, deux hommes bien vêtus semblent en train de conclure une affaire ; deux autres devisent tranquillement assis sur les marches, et ainsi de suite : toute une humanité oisive, ou qui paraît l’être, évolue aussi indifférente à la cérémonie qui se déroule pourtant sous nos yeux que le couple d’oiseau qui traverse l’image et en sortira bientôt, et se donne en spectacle dans le contexte d’une réalité rêvée qui est aussi une sorte d’hommage rendu au poète qu’un empereur, maintenant, récompense.

Sienne, Duomo, Libreria Piccolomini.

Pinturrichio

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[1] « Ici, Enea, envoyé par l’antipape Félix V à l’Empereur Frédéric III en qualité de légat se voit remettre la couronne de poète et, comme secrétaire, compté dans le nombre de ses amis les plus intimes. »

[2] Le Monte Amiata est un volcan éteint depuis longtemps, qui domine de sa haute et majestueuse silhouette toutes les vallées qui l’environnent, mais qui appartient surtout au paysage si particulièrement beau de la Val d’Orcia.

[3] Ces sources, hélas, ont aujourd’hui disparu afin de permettre de collecter l’eau pour en garantir la distribution jusque dans la ville de Sienne et ses environs.