Giovanni di Stefano, « Ermete Trismegiste »

Giovanni di Stefano (Sienne, 1444 – v. 1511)

Ermete Trismegiste (Hermès Trismégiste), 1488 [1]La marqueterie a été entièrement refaite au XIXe s..

Marqueterie de marbres.

Inscriptions :

  • dans le cartouche du bas : « HERMIS MERCURIUS TRISMEGISTUS CONTEMPORANEUS MOYSI » [2]« Hermès Mercure Trismégiste, contemporain de Moïse ».
  • dans le second cartouche porté par deus sphinges : « DEUS OMNIUM CREATOR  SECUM DEUM FECIT VISIBILEM ET HUNC FUIT PRIMUM ET SOLUM QUO OBLECTATUS EST ET VALDE AMAVIT PROPRIUM FILIUM QUI APPELLATUR SANCTUM VERBUM » [3]« Dieu, créateur de toutes choses, fit un autre Dieu visible et celui-ci est le seul qui fit ses délices et qu’il aima, qui se nomme le Saint Verbe ».
  • (sur les pages du livre ouvert tenu par Hermès) : « SVSCI/PITE O LI/CTE/RAS ET LE/GES EGI/PTII » [4]« Recevez les lettres et les lois, ô Égyptiens ». Référence au rôle d’Hermès par rapport à l’Égypte, siège de la sagesse ancienne, à laquelle les deux sphinges se réfèrent sans doute également.

Provenance : In situ.

Sienne, Cathédrale de Santa Maria Assunta, pavement.

Au centre de la scène, vêtu d’un costume orientalisant tel que les contemporains de l’œuvre avait sans doute eu l’occasion de le voir porté par les membres de diverses ambassades reçues à Sienne, Hermès Trismégiste, d’un geste large, tend vers deux hommes que nous devons identifier comme étant des Égyptiens de l’Antiquité, un livre sur lequel on peut lire : « Recevez les lettres et les lois, Ô Égyptiens ». Par ce seul geste, le Trismégiste prend la parole en même temps qu’il donne le livre contenant les lois. De la main droite, il prend appui sur une pierre rectangulaire portée par deux sphinges (nous sommes en Egypte !), sur laquelle on peut lire un texte (voir note 2) dont l’origine se trouve dans le Discours Parfait [5]« Discours parfait, ou Asclépius » (Logos teleios, ê Asklêpios ) et autres traités du Corpus hermeticum , compilation ésotérique née de la rencontre des idées religieuses de l’Égypte et des superstitions savantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.)., traité attribué à Hermès Trismégiste dans lequel, dialoguant avec Asclèpios qui l’interroge (« Pourquoi donc fallait-il, ô Trismégiste, que l’homme fût placé dans le monde, au lieu de jouir de la suprême béatitude dans la partie divine de son être ? »), le sage répond : « […] Le seigneur et l’auteur de toutes choses, que nous appelons Dieu, créa un second Dieu, visible et sensible ; je l’appelle ainsi non parce qu’il sent lui-même, car ce n’est pas ici le lieu de traiter cette question, mais parce qu’il est perçu par les sens. Ayant donc créé cet être unique, qui tient le premier rang parmi les créatures et le second après lui, il le trouva beau et rempli de tous les biens, et il l’aima comme son propre enfant [6]Hermès Trismégiste, Discours parfait (4, 6, 3-4). Le texte, qui circulait à l’époque dans sa traduction latine, est le suivant : « [Dominus et] omnium creator, [quem] deum [vocare censemus], [quia] secundum deum fecit visibilem et [sensibilem] […] [quoniam] hunc fecit primum [et unum] et solum, [bonus autem eu visus est et plenissimus omnium honorum] oblectatus est et valde amavit … Poursuivre ».

La référence à Moïse que l’on peut lire dans le cartouche qui figure au bas de l’image (« Hermès Mercure Trismégiste, contemporain de Moïse ») est loin d’être anecdotique. Non seulement elle établit une correspondance entre les deux personnages, mais encore, elle révèle la signification du parcours qui doit conduire le fidèle marchant dans l’immense champ d’images, depuis la porte de l’église jusqu’à l’autel. Le tableau de marbre marque le point de départ de cette lente progression. La correspondance qu’il établit entre Hermès et Moïse, les deux fondateurs des lois, le premier pour avoir fait connaître au peuple hébraïque les lois de Dieu, le second, pour avoir fait connaître aux Égyptiens les lois de la science, trouvera son expression concrète plus loin dans la cathédrale : si le second a droit à une place à l’entrée du temple de la Vierge [7]Tandis que Moïse apparaît comme le législateur divin, Hermès œuvre selon des lois dictées par un savoir qui, bien qu’élevé, n’est pas fondé sur la révélation du vrai Dieu. Ce rôle lui vaut cependant de figurer dans l’immense ensemble de marbres qui couvre le sol de la Cathédrale, mais loin de l’autel, contrairement à Moïse, le premier, préfiguration tout autant symbole du Christ, sera représenté par Beccafumi à proximité immédiate du maître-autel. Dans son cheminement vers celui-ci, le fidèle, en foulant les images inscrites dans l’épaisseur du sol, sera soumis à un véritable parcours initiatique avant d’approcher de la table d’autel.

Notes

Notes
1 La marqueterie a été entièrement refaite au XIXe s.
2 « Hermès Mercure Trismégiste, contemporain de Moïse ».
3 « Dieu, créateur de toutes choses, fit un autre Dieu visible et celui-ci est le seul qui fit ses délices et qu’il aima, qui se nomme le Saint Verbe ».
4 « Recevez les lettres et les lois, ô Égyptiens ». Référence au rôle d’Hermès par rapport à l’Égypte, siège de la sagesse ancienne, à laquelle les deux sphinges se réfèrent sans doute également.
5 « Discours parfait, ou Asclépius » (Logos teleios, ê Asklêpios ) et autres traités du Corpus hermeticum , compilation ésotérique née de la rencontre des idées religieuses de l’Égypte et des superstitions savantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.).
6 Hermès Trismégiste, Discours parfait (4, 6, 3-4). Le texte, qui circulait à l’époque dans sa traduction latine, est le suivant : « [Dominus et] omnium creator, [quem] deum [vocare censemus], [quia] secundum deum fecit visibilem et [sensibilem] […] [quoniam] hunc fecit primum [et unum] et solum, [bonus autem eu visus est et plenissimus omnium honorum] oblectatus est et valde amavit [quasi] proprium filium ». On reconnaît sans peine le texte présent dans la marqueterie de marbre, en dépit de ses coupures, indiquées entre crochets et de quelques retouches. Voir Roberto Guerrini, « Ermete e le sibille. Il primo riquadro della navata centrale e le tarsie delle navate laterali », dans Marilena Caciorgna, Roberto Guerrini, Il pavimento del duomo di Siena. L’arte della tarsia dal XIV al XIX secolo, fonti e simbologia. Sienne, Monte dei Paschi di Siena, 2004, pp. 13-14. Également : Roberto Guerrini, « Fluc[tus]. Intertestualità ed iconografia nella tradizione classica », Lexis: poetica, retorica e comunicazione nella tradizione classica (atti del Convegno internazionale Intertestualità: il dialogo fra testi nelle letterature classiche, Cagliari, 24-26 novembre 1994). A.M. Hakkert, 1995, pp. p. 251 sq. (http://www.lexisonline.eu/wordpress/wp-content/uploads/2016/07/Lexis13_Guerrini.pdf).
7 Tandis que Moïse apparaît comme le législateur divin, Hermès œuvre selon des lois dictées par un savoir qui, bien qu’élevé, n’est pas fondé sur la révélation du vrai Dieu. Ce rôle lui vaut cependant de figurer dans l’immense ensemble de marbres qui couvre le sol de la Cathédrale, mais loin de l’autel, contrairement à Moïse
%d blogueurs aiment cette page :