Dietisalvi di Speme, « San Domenico prega per la guarigione di Reginaldo » ; « Apparizione delle sante donne a Reginaldo »

Dietisalvi di Speme (actif à Sienne entre 1250 et 1291)

  • San Domenico prega per la guarigione di Reginaldo ; Apparizione delle sante donne a Reginaldo (Saint Dominique en prière pour la guérison de saint Reginald ; Apparition des saintes femmes à saint Reginald), v. 1270.

Détails du volet gauche (face intérieure) du Dittico del Beato Andrea Gallerani (Diptyque du Bienheureux Andrea Gallerani), tempéra et or sur panneau, 127 x 75 cm (l’ensemble).

Provenance : ?

Sienne, Pinacoteca Nazionale.

Durant un séjour à Rome alors qu’il se rendait en terre sainte, le bienheureux Reginald, en provenance d’Orléans, tomba malade. Dominique de Guzman, le fondateur de l’Ordre des Frères Prêcheurs, lui rendit visite, l’invita à entrer dans l’Ordre qu’il avait fondé et pria pour sa guérison. Selon le bienheureux Jourdain de Saxe [1]« Libellus de principiis Ordinis Praed. », dans Monumenta O.P. Hist., XVI, Romae 1935, p. 25, n° 2 ;  « Libellus de principiis », o57. Le Libellus contient le récit de l’histoire de la fondation de l’Ordre des Prêcheurs et de la vie de saint Dominique par Jourdain de Saxe. Le bienheureux Jourdain y évoque aussi la prise d’habit de l’Ordre par … Poursuivre, qui succédera à Dominique comme général de l’Ordre à la mort de celui-ci, cette guérison fut miraculeuse et due à l’intercession de la Vierge, ainsi que le lui aurait confirmé le Saint lui-même à Paris, où il avait raconté l’histoire « alla presenza di molti » [2]« En présence de nombreuses personnes. ». Après quoi, Réginald aurait vu la Vierge lui apparaître accompagnée des saintes Catherine et Cécile. La Vierge lui aurait alors montré l’habit complet de l’Ordre, ce qui décida une bonne fois celui-ci à entrer parmi les Prêcheurs à son retour de Terre Sainte.

La scène est exemplaire de la manière dont la peinture de la fin du Duecento se présente libre de toute contingence autre que la nécessité d’être intelligible : au moment de représenter l’histoire, Dietisalvi procède non pas en en organisant les éléments visuels selon une logique spatiale issue de l’observation du réel, mais selon les strictes nécessités d’une logique narrative articulée sur des données plastiques, formelles et chromatiques, avec pour principale préoccupation de donner suffisamment à voir pour permettre au spectateur de comprendre l’histoire en en mettant en place chacun des éléments indispensables. Ce faisant, il ajoute à la simplicité apparente du résultat obtenu une dimension poétique, sinon féerique, qui s’apparente dans sa naïveté, à ce que l’on observe souvent dans les dessins d’enfant : tous les éléments de l’histoire sont installés selon une organisation qui privilégie la visibilité, sans déformations dues à la vision en perspective, sans que d’éventuelles superpositions dues au même principe ne viennent altérer la compréhension en oblitérant l’intégrité des formes, et enfin, en figurant les éléments selon une connaissance préalable de nature purement intellectuelle, quitte à utiliser l’échelle des choses, des figures et du paysage selon leur importance (sentimentale, religieuse,…) et non selon les règles d’une vision réglée de la réalité. Dans le cas présent, il s’agit de représenter dans un même lieu, le plan de l’image, deux épisodes d’un récit qui n’ont en commun ni le temps, ni le lieu, ni même les personnages mais qui, pourtant, sont directement liés selon la logique narrative : tandis que Dominique prie pour le salut de Reginald, survient l’apparition miraculeuse de la Vierge auprès du malade alité, selon une exactitude qui va jusqu’au détail (la Vierge présente au saint deux pièces de l’habit dominicain qu’elle l’invite à revêtir). Ici, peut importe une ressemblance probable au réel. La nature du miracle s’accorde parfaitement d’une construction qui se réfère à des déterminations successives : Dominique prie pour Reginald ; ce qui détermine son regard tourné vers le ciel ; ce qui conduit le regard du spectateur vers le haut, là où survient le miracle. Le chromatisme acidulé ajoute à l’onirisme, les éléments d’architecture figurés suffisent, dans leur économie, à signifier le cadre de l’action. L’échelle des personnages, quant à elle, est conforme au rôle qu’ils ont occupé dans l’histoire racontée, ainsi que dans le sentiment religieux qui en justifie la mise en scène.

Notes

Notes
1 « Libellus de principiis Ordinis Praed. », dans Monumenta O.P. Hist., XVI, Romae 1935, p. 25, n° 2 ;  « Libellus de principiis », o57. Le Libellus contient le récit de l’histoire de la fondation de l’Ordre des Prêcheurs et de la vie de saint Dominique par Jourdain de Saxe. Le bienheureux Jourdain y évoque aussi la prise d’habit de l’Ordre par Réginald.
2 « En présence de nombreuses personnes. »

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