Mariage mystique

L’idée de noces spirituelles et d’épousailles divines est bien antérieure à l’avènement du christianisme [1]« Que la divinité puisse s’unir à un être humain, — femme ou homme —, était une conviction du paganisme antique. Plutarque † 125 écrit qu’il ne trouve rien d’étrange à ce que Dieu s’approche d’une mortelle pour déposer en elle un germe divin. Seulement, c’est par des étreintes d’un autre genre que celles de l’homme (Les … Poursuivre. La religion catholique désigne généralement par cette expression le degré le plus élevé de la contemplation infuse et de l’union mystique de l’âme avec Dieu. Elle considère comme mariage mystique – l’expression « mariage mystique » provient du Cantique spirituel de saint Jean de la Croix [2]Jean de la Croix, saint docteur de l’Église et réformateur de l’ordre du Carmel aux côtés de Thérèse d’Avila, est reconnu comme l’un des plus grands poètes du Siècle d’or espagnol. C’est dans l’obscurité de son cachot à Tolède, où il a été enfermé en 1577 par les ennemis de sa réforme, qu’il compose mentalement son Cantique … Poursuivre – l’expérience personnelle d’une sainte dont l’amour de Dieu est réputé vécu et ressenti, et non pas objet d’une réflexion intellectuelle ; considérée comme une forme d’élévation mystique, cette expérience est assimilée à une véritable union, qualifiée de mariage avec le Christ.

Un saint peut, quant à lui, vivre le même type d’expérience mystique à l’égard d’entités allégoriques telles que les Vertus. C’est le cas, par exemple, de François d’Assise, et de son mariage mystique avec dame Pauvreté (fig. ci-dessous [3]Voir : Sassetta, Mariage mystique de saint François d’Assise avec dame Pauvreté. Chantilly, Musée Condé).).

Sassetta, « Mariage mystique de saint François d’Assise », Chantilly, Musée Condé.
Iconographie

Dans les arts visuels, pour éviter tout risque d’équivoque, les noces mystiques d’une sainte sont préférablement représentées avec le Christ enfant. On trouve néanmoins des exemples de mariages mystiques avec le Christ adulte.

Dans tous les cas, l’iconographie montre le Christ passant l’anneau nuptial au doigt de la sainte, laquelle est la plupart du temps aidée par la Vierge qui lui tient la main (manière de donner son consentement à la chose).

Notes

Notes
1 « Que la divinité puisse s’unir à un être humain, — femme ou homme —, était une conviction du paganisme antique. Plutarque † 125 écrit qu’il ne trouve rien d’étrange à ce que Dieu s’approche d’une mortelle pour déposer en elle un germe divin. Seulement, c’est par des étreintes d’un autre genre que celles de l’homme (Les symposiaques ou propos de tables, liv. VIII, q. 1, 3, éd. Didot, Paris, 1856, p. 875). Ailleurs il rapporte la légende célèbre de Numa Pompilius qui avait été jugé digne d’épouser une déesse (la nymphe Égérie) dont il était aimé, « ce qui avait fait de lui un homme bienheureux, instruit des choses divines » (Vies, coll. Budé, t. 1, Paris, 1957, p. 184). Dans une ligne plus philosophique, le juif Philon d’Alexandrie † 54 enseigne que, lorsque Dieu a commerce avec l’âme, celle-ci en reçoit une semence qui a pour effet l’enfantement des vertus et des belles actions (De cherubim 42-52, dans Œuvres, t. 3, Paris, 1963, p. 39-45). » Pierre ADNÈS, « Mariage spirituel », dans le Dictionnaire de Spiritualité ascétique et mystique. Doctrine et histoire, tome 10, Paris, Bauchesne, 1980, col. 388.
2 Jean de la Croix, saint docteur de l’Église et réformateur de l’ordre du Carmel aux côtés de Thérèse d’Avila, est reconnu comme l’un des plus grands poètes du Siècle d’or espagnol. C’est dans l’obscurité de son cachot à Tolède, où il a été enfermé en 1577 par les ennemis de sa réforme, qu’il compose mentalement son Cantique spirituel. Ces « chansons entre l’âme et l’époux » surgissent de sa nuit, et reprennent à sa façon les élans lumineux et joyeux du Cantique des Cantiques. Par ce langage poétique qui incarne une vie spirituelle bienheureuse et même sensuelle – l’âme en quête de son bien-aimé se dispose à recevoir pour être libérée – Saint Jean de la Croix parvient à exprimer l’expérience indicible de la transcendance et de la rencontre avec Dieu. » Jean de la Croix, Cantique spirituel, Paris, Illiador, 2023, quatrième de couverture.

« Le Cantique A (*) part de ce stade, fort avancé déjà, où une âme blessée d’amour par un Dieu qui se cache, mais qu’elle sent proche, cherche impatiemment la vision directe de ce Dieu : elle est bientôt comblée des joies des fiançailles spirituelles. Puis en cette âme nait parmi les fleurs qui symbolisent les vertus héroïques, le désir d’une union plus parfaite, qui lui est accordée enfin, et qui est le mariage spirituel. L’âme atteint ici “la cime de pleine transformation en Dieu” ; la pleine égalité d’amour entre Dieu et l’Epouse est réalisée.

Le Cantique B prend soin d’avertir le lecteur, dans une introduction nouvelle, que le poème suit l’âme depuis les purifications des commençants jusqu’au mariage spirituel, état où l’âme n’aspire plus qu’à l’union béatifique. Dom Chevallier marque avec force le contraste entre les deux états en disant que “le désir de la vision de gloire, point de départ en l’ancien texte, est en B le point d’arrivée”. Il n’est pas douteux que le commentaire B insiste sur l’impossibilité d’atteindre en cette vie à l’union transformante. Et changeant profondément l’ordonnance du poème, l’auteur du remaniement, quel qu’il soit, arrache un bloc de douze strophes à la description des fiançailles spirituelles pour le reporter beaucoup plus loin, en faire l’essentiel de la peinture du mariage spirituel, et le situer immédiatement avant les cinq strophes finales : celles-ci décrivant maintenant l’état des bienheureux, auquel l’âme aspire, et non l’union transformante à laquelle il lui est donné d’atteindre dès cette vie.” » Marcel Bataillon, « Dom Chevallier, moine de Solesmes, Le Cantique Spirituel de saint Jean de la Croix, Docteur de l’Eglise », dans Bulletin Hispanique, tome 33, no 2, 1931, p. 167.

(*) La version A est la version originale [un poème mystique intitulé Le Cantique spirituel] ; la version B correspond au livre [un traité de mystique] qui, en même temps que des échanges avec certaines religieuses, amène l’auteur à compléter et réorganiser les strophes de son poème pour mieux suivre le cheminement théologique de son traité). (Elisabeth ReynaudJean de la Croix : Fou de Dieu, Paris, Bernard Grasset, 1999, p. 126.). On estime que l’écriture de cet ouvrage se déroule entre 1584 et 1586.

3 Voir : Sassetta, Mariage mystique de saint François d’Assise avec dame Pauvreté. Chantilly, Musée Condé).

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