Marie l’Egyptienne (Alexandrie, vers 344 – 421 ?) : nonne et ermite égyptienne, l’une des rares figures d’ermites connues, est vénérée par les trois religions catholique, orthodoxe et copte. D’abord prostituée d’Alexandrie au Ve siècle, sainte Marie l’Égyptienne se convertit grâce à l’intercession de la Vierge Marie dans l’église de la Résurrection à Jérusalem. Le rôle d’intercesseur « de la Théotokos est évoqué dans le récit de la Vie de Marie l’Égyptienne, attribuée à Sophrone, évêque de Jérusalem (560-638) [1]M. KOULI, « Life of St. Mary of Egypt », dans Holy Women of Byzantium: Ten Saints’ Lives in English Translation, Washington, D. C., éd. A.-M. Talbot, 1996, pp. 64-93.. Courtisane à Alexandrie, elle suit un jour un groupe de pèlerins qui se rend à Jérusalem, lieu de l’expérience mystique à l’origine de sa repentance. Le jour de l’Exaltation de la Croix [2]L’Exaltation de la Croix désigne la fête où chrétienne de la célébration de la croix sur laquelle Jésus a été crucifié. Ce jour, le 14 septembre, commémore également la découverte de la Vraie Croix, sa restauration à Jérusalem et la commémoration des églises construites sur le Saint-Sépulcre et le mont Calvaire., dans la basilique de la Résurrection, elle est repoussée, interdite d’entrée dans l’édifice par une force surnaturelle. Elle se tourne alors vers l’icône de la Mère de Dieu située à l’entrée et la supplie d’intercéder en sa faveur [3]Jacques de Voragine, qui semble aussi bien informé que s’il avait été témoin de la scène, donne la parole à la sainte : « soudain et sans subir d’action visible, je me sentis repoussée et fus empêchée d’entrer à l’intérieur. Encore et encore, je parvins au seuil de la porte, en subissant aussitôt l’affront d’être repoussée. Et pourtant, comme tous … Poursuivre. C’est alors qu’elle peut pénétrer dans l’église. Suite à cet événement, elle se retire dans le désert du Jourdain pendant quarante-sept ans. » [4]Maréva U, « Images et passages dans l’espace ecclésial à l’époque médiobyzantine », dans Sulamith BRODBECK et Anne-Orange POILPRÉ (dir.), Visibilité et présence de l’image dans l’espace ecclésial. Byzance et Moyen Âge occidental, Paris, Éditions de la Sorbonne, pp. 303-327.. Elle fait partie des brouteurs, ou boskoi (gr. ancien : βοσκοί / boskoí), une catégorie d’ermites et d’anachorètes, hommes et femmes, qui se développe dans le premier millénaire de l’ère chrétienne, principalement dans l’Orient chrétien, principalement en Palestine et en Syrie.
Marie l’Égyptienne est vraisemblablement l’une des différentes femmes qui ont conduit à l’élaboration de la figure de Marie Madeleine [5]Sur Madeleine, « figure composite, composée avec des traits appartenant à des figures différentes […] fruit d’une condensation », voir Daniel ARASSE, On n’y voit rien, Paris, Gallimard, 2003, p. 84 et plus généralement tout l’article « La toison de Madeleine », pp. 79-93..
Iconographie
Les représentations de Marie l’égyptienne sont très proches de celles de Marie Madeleine, au point qu’il existe un risque de confusion. L’une et l’autre apparaissent le visage émacié, habillée de haillons, ou nue recouverte d’une longue et épaisse chevelure, elle a tantôt la peau sombre, tantôt la peau claire et est parfois accompagnée d’anges ou de démons. On les distingue cependant grâce à la présence d’un pot d’onguent pour Marie Madeleine et des trois pains que Marie l’Égyptienne a emporté dans le désert [6]Jacques de Voragine, une fois encore, raconte que lorsqu’elle implora la Vierge et parvint à entrer dans la basilique de la Résurrection, elle entendit une voix qui lui dit : « Quand j’eus adoré avec beaucoup de dévotion la sainte Croix, quelqu’un me donna trois pièces d’argent, avec lesquelles j’achetai trois pains. Et j’entendis une voix qui me disait : … Poursuivre.
Scènes de la Légende de la sainte
- Sa rencontre avec le moine Zosime venu la visiter au soir de sa vie. Les icônes byzantines montre Zosime vêtu de l’étole sacerdotale, donnant à Marie la communion, faite de pain trempé dans le vin, à l’aide de la cuillère liturgique à long manche en usage dans l’Église byzantine. La sainte ouvre la bouche pour recevoir le sacrement qu’elle accepte d’un geste de la main droite. Son bras gauche replié sur sa poitrine cache sa nudité dans un geste de pudeur.
- Marie l’égyptienne est portée en terre par Zozime aidé d’un lion. Zosime revenu un a plus tard, découvre la sainte couchée sur le sol, morte, la tête tournée vers Jérusalem. Près d’elle se trouve un message lui demandant de l’ensevelir à la place où elle se trouve. Mais le sol du désert est trop sec et trop dur, et Zosime ne parvient pas à creuser la tombe. Un lion s’approche, le saint lui demande de l’aide. Le lion creuse la fosse avec ses pattes, et Zosime peut enterrer Marie.
Notes
| 1↑ | M. KOULI, « Life of St. Mary of Egypt », dans Holy Women of Byzantium: Ten Saints’ Lives in English Translation, Washington, D. C., éd. A.-M. Talbot, 1996, pp. 64-93. |
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| 2↑ | L’Exaltation de la Croix désigne la fête où chrétienne de la célébration de la croix sur laquelle Jésus a été crucifié. Ce jour, le 14 septembre, commémore également la découverte de la Vraie Croix, sa restauration à Jérusalem et la commémoration des églises construites sur le Saint-Sépulcre et le mont Calvaire. |
| 3↑ | Jacques de Voragine, qui semble aussi bien informé que s’il avait été témoin de la scène, donne la parole à la sainte : « soudain et sans subir d’action visible, je me sentis repoussée et fus empêchée d’entrer à l’intérieur. Encore et encore, je parvins au seuil de la porte, en subissant aussitôt l’affront d’être repoussée. Et pourtant, comme tous trouvaient un libre accès et que personne ne subissait le moindre empêchement, je fis retour sur moi et pensai que cela m’arrivait en raison de l’énormité de mes crimes. Je me mis alors à me frapper la poitrine de mes mains, à répandre des larmes amères et à pousser de profonds soupirs du fond de mon cœur. En regardant autour de moi, je vis là une image de la sainte Vierge. Alors, je me mis en pleurant à la prier d’obtenir le pardon de mes péchés et de me permettre d’entrer pour adorer la croix. Je promis que je renoncerais au siècle et que je demeurerais désormais dans la chasteté. Quand j’eus ainsi prié et reçu confiance dans le nom de la Vierge, j’allai à nouveau vers la porte de l’église et pus y pénétrer sans obstacle. » Jacques de VORAGINE, La Légende dorée (éd. sous la direction d’Alain BOUREAU, Paris, Gallimard [Bibliothèque de la Pléiade], 2004), « Sainte Marie l’égyptienne », p. 299. |
| 4↑ | Maréva U, « Images et passages dans l’espace ecclésial à l’époque médiobyzantine », dans Sulamith BRODBECK et Anne-Orange POILPRÉ (dir.), Visibilité et présence de l’image dans l’espace ecclésial. Byzance et Moyen Âge occidental, Paris, Éditions de la Sorbonne, pp. 303-327. |
| 5↑ | Sur Madeleine, « figure composite, composée avec des traits appartenant à des figures différentes […] fruit d’une condensation », voir Daniel ARASSE, On n’y voit rien, Paris, Gallimard, 2003, p. 84 et plus généralement tout l’article « La toison de Madeleine », pp. 79-93. |
| 6↑ | Jacques de Voragine, une fois encore, raconte que lorsqu’elle implora la Vierge et parvint à entrer dans la basilique de la Résurrection, elle entendit une voix qui lui dit : « Quand j’eus adoré avec beaucoup de dévotion la sainte Croix, quelqu’un me donna trois pièces d’argent, avec lesquelles j’achetai trois pains. Et j’entendis une voix qui me disait : « Si tu franchis le Jourdain, tu seras sauve. » Je passai le Jourdain et vins en ce désert, ou j’ai passé quarante-sept ans sans voir aucun être humaın. Or les trois pains que j’avais emportés avec moi durcirent avec le temps, devinrent comme des pierres et me suffirent pendant ces quarante-sept années où je m’en nourris. » Jacques de VORAGINE, op. cit., p. 299. |
