Les Vertus dites « cardinales »

« Aristote est le père de la morale centrée sur les vertus. A la fois source de bonheur et de justice, la vertu est ce juste milieu qui permet à chacun de vivre avec bonheur tout en tenant compte des autres. Les vertus en sont les modalités. Ce sont des dispositions à agir d’une façon plutôt que d’une autre, comme le vice d’ailleurs. Elles sont apprises socialement.

Pour Aristote, les vertus cardinales sont celles de la justice et de la tempérance, de la sagesse et du courage. Dit comme cela, le catalogue semble arbitraire et peu argumenté. Parfois, Aristote nous livre davantage de vertus que ces quatre-là, quand il définit la vertu comme un juste milieu entre deux excès. [1] »

Les vertus dites « cardinales », célébrées depuis l’Antiquité grecque, sont au nombre de quatre : Prudence, Tempérance, Force d’âme, Justice.

Aux quatre vertus cardinales sont ajoutées trois vertus dites « théologales » (Foi, Charité et Espérance) pour former les sept vertus chrétiennes.

Sources textuelles

Voir lien ci-dessus.

Iconographie
Taddeo di Bartolo, « PRUDENTIA », fresque. Sienne, Palazzo Pubblico, Anticapella.
  • Prudence (Prudentia)

Prudence est représentée sous les traits d’une femme identifiable à ses attributs symboliques :

  • le serpent qui l’accompagne trouve sa raison d’être dans un verset de l’Évangile selon Matthieu : « Soyez prudents comme les serpents et simples comme les colombes [2] ”
  • le miroir ; ce miroir de la Prudence ne doit pas induire en erreur ; il ne constitue nullement ici un symbole de vanité mais celui de l’examen de conscience qui doit présider à toute action sage ; le miroir réfléchit notre image ; il nous permet de voir au plus profond de nous même, de sonder notre propre conscience pour en tirer la meilleure décision à prendre. De plus, à l’instar du rétroviseur (!), il nous permet de voir derrière nous, de méditer le passé pour construire l’avenir
Taddeo di Bartolo, «FORTITUDO », fresque. Sienne, Palazzo Pubblico, Anticapella.
  • Force d’âme (Fortitudo)

La Force dont il est ici question n’est pas la force physique mais bien la force d’âme (Fortitudo en latin). Les attributs qui accompagnent le plus souvent l’allégorie de la Force sont :

  • le bouclier : arme défensive par excellence. Il protège la Force des peurs et doutes qui l’assaillent
  • la colonne : comme symbole de la force d’âme la colonne trouve sa source dans un passage de l’Apocalypse : « Tiens ferme ce que tu as, afin que personne ne prenne ta couronne. Celui qui vaincra, j’en ferai une colonne dans le temple de mon Dieu [3] » ; elle est souvent brisée par allusion à l’exploit de Samson, héros biblique, qui incarne dans sa lutte contre les Philistins, un exemple de la force non seulement physique mais aussi morale.
  • la peau de lion : elle est l’attribut traditionnel d’Hercule, modèle de courage qui affronta les douze travaux imposés par Erystée en vue d’expier la faute qui l’avait conduit à massacrer sa femme et ses enfants
  • Tempérance

Tempérance est la vertu de la mesure et de l’équilibre. Celle qui permet à l’homme de se maitriser et de modérer ses passions afin qu’elles ne l’emportent pas sur sa raison. La jeune femme qui personnifie la tempérance est généralement représentée :

  • versant un liquide d’un vase à l’autre, ce même geste qui permet, à l’occasion, de couper du vin avec de l’eau (élémentaire symbole de la sobriété)
Taddeo di Bartolo, «IUSTITIA », fresque. Sienne, Palazzo Pubblico, Anticapella.
  • Justice (Iustitia)

Justice est une vertu qui conduit l’homme à vouloir donner à chacun ce qui lui est universellement dû. L’allégorie de la Justice tient ses attributs habituels :

  • d’une main l’épée, symbole du pouvoir exécutif de la Justice qui frappe le coupable
  • de l’autre la balance, dont les deux plateaux sont en parfait équilibre afin de signifier l’impartialité qui caractérise cette vertu
  • parfois, les livres où sont inscrites les lois
Taddeo di Bartolo, «MAGNANIMITAS », fresque. Sienne, Palazzo Pubblico, Anticapella.
  • Magnanimité (pour Aristote : « grandeur d’âme » [lat. : magna anima, « grande âme », d’où magnanimitas]) C’est l’une des deux vertus qui viennent s’ajouter aux quatre vertus cardinales ; elles sont propres aux chefs selon un modèle vertueux ; la seconde est l’humilité …

[1] Michel Meyer, « L’éthique selon la vertu : d’Aristote à Comte-Sponville ». Dans Revue internationale de philosophie 2011/4 (n° 258), pages 57 à 66.

[2] Évangile de Matthieu (Mt 10, 16).

[3] Apocalypse, 3, 11-12.