Taddeo di Bartolo, « Trittico della Compagnia di Santa Caterina della Notte »

Taddeo di Bartolo (Asciano, 1363 – Sienne, 1422)

Madonna col Bambino, i santi Giovanni Battista e Andrea. Trittico della Compagnia di Santa Caterina della Notte (Vierge à l’Enfant, saint Jean Baptiste et saint André. Triptyque de la Compagnie de Santa Caterina della Notte), v. 1400-1405.

Tempera sur panneau, 150 x 71 cm. (panneau central), 118 x 36 cm. (panneaux latéraux).

Inscriptions :

  • (sur le socle) : « TADDEUS BARTOLI DE SENIS PINXIT HOC OPUS AN[N]I D[OMI]NI MILLE CCC[…] »
  • (dans l’auréole de la Vierge) : « MATER PULCHRE DIL[E]CTIONIS »
  • (sur l’encolure de la Vierge) : « AVE GR[ATIA] »
  • (dans l’auréole du Christ » : « IHS XPO »
  • (dans l’auréole de l’ange de gauche) : « ANGELUS GABRIEL »
  • (dans l’auréole de l’ange de droite) : « ANGELUS MICHAEL »
  • (dans l’auréole de l’ange de Jean Baptiste) : « SAN[C]CTUS IOVANNES BATISTA »
  • «(sur le phylactère de Jean Baptiste) : « ECCE AGNUS DEI QUI TOLLIT P[…] »
  • (dans l’auréole de l’ange d‘André) : « SAN[C]TUS ANDREAS APOSTOLUS »
  • (dans les auréoles des angelots aux ailes rouges) : « SERAFIN »

Provenance : Compagnia di San Michele Arcangelo, Ospedale di Santa Maria della Scala, Sienne.

Sienne, Ospedale di Santa Maria della Scala, Oratorio di Santa Caterina della Notte.

Le plus inhabituel donné à voir dans ce polyptyque n’est pas tant la présence des deux anges musiciens agenouillés au pied du trône de la Vierge que l’identité de ces deux musiciens, qu’explicitent les inscriptions lisibles dans leurs auréoles respectives. L’un des deux joue d’un instrument à cordes frottées (une viole ?) : c’est Gabriel, l’interlocuteur de la Vierge le jour de l’Annonciation ; le second pince les cordes d’une harpe portative : vêtu d’un habit d’or, c’est Michel, que l’on est davantage accoutumé à voir non pas jouant suavement une mélodie céleste mais en tant que guerrier, commandant des milices célestes ou pesant les âmes des défunts le jour du Jugement dernier. Sa présence ici est certainement liée au fait que l’œuvre, originairement, a été commandée à Taddeo par la Compagnia di San Michele dédiée à l’assistance des mourants, laquelle officiait elle aussi sotto le volte (« sous les voûtes ») de l’Ospedale di Santa Maria della Scala (c’est-à-dire ici même) avant d’être fusionnée avec la Compagnia di Santa Caterina peu après la canonisation de la sainte (1461).

Au-dessus des deux archanges musiciens, la Vierge porte son fils sur les genoux. Selon une iconographie habituelle à première vue, elle présente au monde l’enfant divin. Ce qui est beaucoup moins habituel, c’est l’attitude que l’enfant adopte, celle, précisément, d’un enfant : selon un motif que Taddeo importe de Gènes où il a travaillé au cours de la même décennie, plutôt que de bénir les fidèles probablement à genoux devant l’œuvre, cet enfant attrape son petit pied comme le ferait naturellement n’importe quel enfant de son âge, ajoutant une touche de naturalisme encore peu fréquente dans la peinture siennoise en dépit des nombreuses innovations apportées dans ce domaine près d’un siècle plus tôt, notamment par les frères Lorenzetti. Le message symbolique, toutefois, demeure évidemment présent puisqu’il s’agit bien de présenter celui que les fidèles connaissent comme le futur Rédempteur de l’humanité : cet enfant divin martyrise donc un oiseau, comme il se doit, en guise d’évocation de la Passion.

Cette œuvre est parvenue jusqu’à nous dans un état de conservation exceptionnel, et n’a pas subi le démembrement de ses éléments constitutifs contrairement à nombre d’autres œuvres de Taddeo. Son encadrement très élaboré, peut-être dû à l’artiste lui-même, de style typiquement siennois avec ses hautes cuspides gothiques, est presque entièrement d’origine (quelques parties ont été refaites au XIXe siècle.