Giovanni di Paolo, “Crocifissione”

Giovanni di Paolo (Sienne, actif de 1417 à 1482)

Crocifissione (Crucifixion), 1450.

Compartiment de prédelle du Polyptyque de Santo Stefano alla Lizza, tempera et or sur panneaux.

Provenance : Église de Santo Stefano alla Lizza. 

Sienne, Baptistère de San Giovanni. 

La scène de la Crucifixion occupe le centre de la prédelle, place d’honneur qui revient naturellement à un événement d’une si haute valeur symbolique dans le contexte de la chrétienté. Elle n’entretient aucun rapport narratif direct avec les épisodes relatifs à la vie de saint Étienne, à la découverte miraculeuse, après sa mort, de ses reliques et aux miracles advenus en leur présence. En revanche, elle forme une entité parfaitement cohérente avec les saints Jérôme et Bernardin qui, de part et d’autre, appartenant au même espace irréel, l’encadrent à la manière de deux vigies.

Cette Crucifixion est un nouvel exemple donné par Giovanni di Paolo de l’extraordinaire sophistication visuelle qui est une marque caractéristique de son art. Cette préciosité si singulière sert admirablement le propos. Ici, l’économie des moyens est totale afin de mieux concentrer l’attention sur l’intensité du drame représenté. Il importe avant tout de rendre visible, avec une acuité redoublée, le point culminant de souffrance éprouvée par le Christ qui agonise lamentablement sous les yeux des deux témoins qui se tiennent endoloris au pied de la croix. On est frappé de la capacité de l’artiste à imprimer dans les corps des personnages représentés la diversité des sentiments qui les anime. La Mère du Crucifié, dont la silhouette puissante évoque celle des matrones romaines sculptées dans la pierre, semble se tordre d’une douleur que l’on dirait sonore, les bras soulevés au-dessus de la tête. Le chagrin de Jean s’exprime d’une manière bien différente : conscient de son impuissance face à un drame dorénavant accompli, toute son attitude exprime le désespoir du renoncement.

La splendeur et la richesse des matériaux mis en œuvre et de la gamme chromatique ne peuvent rien pour adoucir le propos. Ou plutôt, par contraste, elles aiguisent l’expression du drame douloureux qui se répand comme une stridence sur toute la surface de l’image, comme réverbérée dans les lueurs de l’or clair qui couvre le fond et s’étend en largeur autour de trois uniques figures si séparées elles-mêmes qu’elles en deviennent, dans leur solitude, pareilles à des points d’exclamation. Au centre, unique figure dont la nudité se détache entièrement sur le fond d’or dans lequel elle est immergée, le Christ semble avoir déjà rejoint un univers que la précieuse matière capable de réfléchir la lumière signifie sur un mode symbolique.