Cenni di Francesco, « L’inferno »

Cenni di Francesco (Florence, documenté à partir de 1369 – v. 1415)

L’inferno (L’Enfer), v. 1413.

Fresque

Inscription :

  • (sur les rouleaux lisibles dans les diverses cavernes) : « SUPERBIA » ; « [AVARITIA] » ; « LUXURI[A] » ; « INVIDI[A] » ; « GULA » ; « IRA » ; « [ACEDIA] »  

Provenance : In situ.

San Gimignano, église de San Lorenzo in Ponte.

La représentation des enfers occupait toute la surface des deux longues parois de la nef. Les fragments qui ont subsisté montrent encore à quel point la description de ces lieux possède la verve gouailleuse et truculente des récits médiévaux, et n’est pas exempte d’une forme de crudité qui appartient également à l’époque.

Lieu souterrain par excellence, l’enfer, tel qu’il est figuré sur la paroi gauche, prend l’apparence d’un énorme gouffre souterrain qui communique avec l’extérieur par le biais d’une large ouverture circulaire pratiquée, en bonne logique, à son sommet. Sept lieux indéfinissables, à la fois puits ou grottes caverneuses, sont assemblés selon une grille en nids d’abeilles constituée d’autant de logis creusés dans la roche. C’est ici que grouillent, parmi les flammes omniprésentes, les âmes défuntes des mortels asservis par leurs péchés au cours de leur existence. Chacun de ces péchés, enfin, est explicitement identifié au moyen d’un rouleau sur lequel s’inscrit son nom. Placés au sommet des différentes cavernes, ces rouleaux sont disposé dans un ordre lui-même déterminé par les sept lettres de l’acronyme « SALIGIA » qui résume d’un coup les sept péchés capitaux : SuperbiaAvaritia, Luxuria, Invidia, Gula, Ira, et Acedia (c’est à dire, dans l’ordre : l’orgueil, l’avarice, la luxure, la colère, la gourmandise, l’envie et la paresse).

La partie de la fresque qui représentait la caverne de l’orgueil, en haut à gauche, est presque entièrement perdue ; il n’en reste qu’un diablotin au corps de lion et dont la chair serait celle d’un poulet, le rictus n’augurant rien de bon, penché sur un éperon rocheux.

1

2
3

La scène de l’avarice, bien conservée quant à elle, est structurée selon trois scènes superposées. Dans la plus haute (1), un démon force les avares à s’humilier en s’agenouillant. En bonne place parmi eux, un cardinal est agressé par deux démons pourvus de cornes. L’un d’eux, d’une improbable couleur verte, lui arrache son chapeau rouge bien visible, tandis que l’autre, entièrement jaunâtre, déchire le gros sac de pièces qui pend à son cou. Dans la deuxième scène (2), deux démons s’acharnent sur un usurier : en proie aux morsures sanglantes des serpents, celui-ci est également contraint d’avaler une pleine louche d’or fondu. Dans la scène située immédiatement au-dessous (3), un diable, à nouveau, fouette un groupe d’avares a l’aide d’un fléau formé par l’assemblage des bourses qu’ils ont évidemment volées. Les nonnes portant encore le voile, les cardinaux, les évêques, les marchands et les religieux tonsurés figurent nombreux dans cette foule où tout est fait pour qu’ils soient aisément reconnaissables. Tout en bas de l’image, un groupe d’humains à la mine abattue s’enfonce inexorablement vers le destin qui les attend dans les flammes infernales, lesquelles, déjà, lèchent leurs corps dénudés.

Deux scènes sont consacrées à la punition du péché de luxure. Dans la plus haute des deux (5) apparaît un diable à tête de coq, symbole traditionnel de fierté ainsi que de frénésie copulatoire, portant les attributs symboliques de cette activité : une crête énorme, un bec et des caroncules [1] démesurés. En compagnie de l’un de ses congénères, il enfonce ses griffes dans les chairs des damnés et brûle leurs organes génitaux à l’aide d’une torche pareille à un lance-flammes.

4
5

Plus bas (5), des démons et des serpents se sont jetés sur un groupe de quatre femmes. Un vilain diable à tête de souris plante ses dents dans le sein de l’une d’elles. Une vieille maquerelle aux seins tombants, le corps couvert des griffures occasionnées par un démon au pattes de lion, est également mordue à l’épaule par un serpent. Un long reptile s’enroule autour d’une demi-mondaine que l’on voit persister à s’admirer vainement dans un miroir. Enfin, devenu invisible en raison d’une lacune de la surface picturale, un diable tire vers lui une jeune demoiselle en agrippant la longue tresse blonde que la belle avait coutume d’utiliser comme instrument de séduction auprès des hommes.

Dans une nouvelle enfracture de la roche, c’est au tour des coupables du péché de colère d’être tourmentés. Les détails qui ont survécu à la ruine de la fresque dépeignent une bagarre entre un homme en colère, aux cheveux raidis, et un diable qui le frappe, suivie d’un dragon mordant la tête d’une jeune femme. Au-dessous, un cortège de damnés se dirige vers les tréfonds de l’enfer.

6
7

Les goulus assemblés dans la cinquième caverne (6), se voient eux-aussi infliger des représailles à la mesure du péché qu’ils ont commis. Les amateurs de bonne chère, les gourmands invétérés se voient embrochés à leur tour, et rôtis à petit feu. Les buveurs et autres alcooliques en tout genre sont attirés par les démons au moyen d’un verre de vin rouge, et finissent écrasés sous le poids d’un énorme tonneau, où encore, forcés à avaler en quantités effrayantes le vin versé dans l’entonnoir que l’on voit enfoncé dans leur gorge.

Dans la sixième caverne (7), c’est le vice capital de l’envie qui est représenté. Les envieux sont éternellement tentés par les trésors qui ont toujours attisé leur convoitise, et pour lesquels ils se seraient damnés, ce qui tombe bien, afin de pouvoir les posséder pour eux-mêmes. À travers eux, les démons punissent à la fois la concupiscence, la jalousie malveillante, ainsi que la bouche calomnieuse de l’homme soumis à ses passions.

La septième caverne montre la manière dont est puni le péché de paresse. Ce qui reste des images ne permettent plus de détailler les différents tourments subis par les paresseux ; elles ne présentent plus que quelques lambeaux de la figure d’un diable ainsi que de corps humains qui furent un temps protagonistes de la scène.

Deux personnages figurés à une échelle plus grande que tous les autres, apparaissent dans la partie centrale de l’ensemble, légèrement à gauche au-dessus de la porte reliant l’église à l’oratoire. Leur apparence vestimentaire est celle d’un pape et d’un saint. Nous voici parvenus avec eux aux bords des enfers, dans le Purgatoire où ils interviennent pour sauver les âmes des élus.

[1] Le terme « caroncule » désigne, chez les oiseaux, une excroissance charnue de couleur vive (généralement rouge) située près du bec, ornant le front, la gorge, les sourcils. Ces excroissances jouent un rôle visuel important lors de la parade nuptiale : sous la poussée de testostérone, le mâle gonfle ses testicules et sa caroncule, tout en effectuant des mouvements circulaires de la tête. La connotation sexuelle liée à ces appendices ne peut être plus claire.